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Le Cercle des Experts

«Malheur donc à ceux qui prient…»: Un plan de relance qui soutient l’assistanat

Par Younes MAAMAR | Edition N°:5861 Le 09/10/2020 | Partager

Ingénieur de l’Ecole centrale des mines de Nantes, post-graduate du Commissariat à l’énergie atomique en France, Younes Maamar a exercé pendant dix ans auprès de la Banque mondiale, dans le développement énergétique pour la région Moyen-Orient Afrique. Puis il a intégré l’ONE (Office national de l’électricité au Maroc), qu’il fallait redresser (ce qui n’est toujours pas fait), Maamar en a été débarqué deux ans plus tard, après ce qui sembla être une querelle sur les choix d’investissement. Il y aurait eu aussi un projet en direction de l’Afrique, qui aurait pu mettre l’ONE en pole position sur ce domaine. Maamar est considéré dans le monde comme faisant partie des meilleurs connaisseurs du secteur de l’énergie, y compris ses financements (Ph. Privée)  

La prochaine loi de finances PLF21 arrive dans un contexte très particulier. Elle doit poser les jalons de la relance d’une économie déjà gangrenées par son vieux mal que la Covid n’a fait que rendre plus putride: l’économie de la rente.  Elle doit aussi donner corps au dernier discours royal concernant les orientations de relance.

Il s’agit en somme d’un New Deal marocain où, à l’instar du New Deal yankee des années 30, la relance passerait, entre autres, par la dépense publique.

L’Etat à la peine

A cela l’Etat se prépare comme il peut, il emprunte sur les marchés internationaux, il tente de se mettre en rang de bataille. Il peine toutefois à mettre en place de vrais outils de gouvernance, comme si la volonté n’y était pas. Mais cela est un autre sujet. Quel dommage, en effet, qu’il ait décidé d’un rétropédalage embarrassant sur le traitement fiscal des dons au fonds Covid.  Quel dommage qu’il n’ait pas jugé utile d’avoir une communication de substance sur les dépenses de ce même fonds pour lequel l’appel à la solidarité nationale a été fortement écouté. Un jour peut-être daignera-t-il expliquer la mascarade des masques par exemple.

Mais pour revenir au New Deal, l’ébauche de notre new deal semble faire l’impasse sur le second pan, pourtant crucial et qui permit aux Etats-Unis de sortir de la crise de 1929: l’impôt.

Rappel: Les années 20 ont vu une explosion des très hautes rémunérations et de nouvelles grosses richesses aux Etats-Unis. Quand le président Roosevelt arrive au pouvoir, le taux marginal de l’impôt sur les revenus les plus élevés est de 25%. Il le fera passer à 90%. C’est ce qui s’appelle des mesures fortes pour faire face à une menace forte dans un contexte de mobilisation de tous.  Ces mesures n’ont pas tué l’économie américaine. Ils l’ont sauvée. La suite est de l’Histoire.

Qui parle des impôts?

Chez nous, nous continuons d’observer une avalanche de propositions d’acteurs tous horizons confondus relative au PLF21. Les partis politiques y vont de leurs batteries de mesures, les acteurs privés et en particulier la CGEM ressortent une liste de desiderata de ce que l’Etat doit faire et tous font l’impasse sur l’impôt. Personne ne semble juger nécessaire d’y mettre du sien et tous comptent à une ou deux exceptions près sur un Etat-providence à la manne infinie. L’antipode du patriotisme. L’exacerbation de l’assistanat.

Le patriotisme ce n’est pas s’égosiller sur 11 paires de jambes qui courent derrière un ballon, ni de mettre la photo du Roi en background à chaque sortie sur les réseaux de communication. Le patriotisme c’est donner à son pays. Le patriotisme c’est être UN quand le Roi dit «en marche!». Or à circonstances exceptionnelles, il faut une mobilisation exceptionnelle.

Demander à l’Etat d’investir sans lui en donner les moyens par ses rentrées fiscales c’est tronquer une politique en son milieu et lui faire perdre tout son sens.
 Mais tronquer une politique en son milieu, l’État aussi l’a fait: Alors que la doctrine économique plaide pour un désengagement du champ de l’investissement au profit du privé tout en renforçant la gouvernance, il s’est arrêté au premier chef et a fait l’impasse sur le second.

Sans gouvernance et sans renforcement des fonctions de régulation, nous sommes devenus, fatalement, une économie de rente, gangrenée par la corruption, son corollaire naturel.
«Malheur donc à ceux qui prient; tout en négligeant leurs prières» (Sadaqa Allah al Adim). Mon ami le cynique me rétorque et m’oppose la dilapidation des deniers publics, la faillite de l’enseignement, celle de la santé publique. Il a raison, malheureusement.

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Les 3es assises de la fiscalité en 2019: les demandes d’exonération ont été telles qu’elles ont fini par indisposer l’opinion publique, et ce d’autant plus que les secteurs les plus demandeurs ont la réputation d’être les plus fraudeurs. Le secrétaire général du ministère des Finances s’est fortement élevé contre ces demandes abusives (Ph. L’Economiste)

                                                                     

Quatre mesures

Voici quatre idées, composées de trois mesures fiscales et une mesure monétaire:
1. Augmenter, de manière graduelle sur une période de 5 ans, le taux d’imposition marginal supérieur sur les hauts revenus jusque 75% et permettre (accessoirement) la déductibilité des dons au fonds Covid. S’engager à revenir dans 10 ans aux taux actuels.
 2. Instaurer une taxe d’importation de disons 2% de la valeur importée, totalement déductible au titre de l’IS. Cette mesure, inspirée de nos frères du sud, permettrait en plus de lisser les rentrées fiscales, de pousser les importateurs, y compris ceux de l’informel, à faire des déclarations fiscales et ainsi élargir la base d’imposition.
3. Passer l’IS des banques, des assurances, des télécoms et toutes activités assimilées opérant sous licence à 60% pour une période de 5 ans. Ce n’est pas cher payer, je vous assure.
4. Changer les billets de banques et donner 3 mois pour la conversion, par voie de bancaire, des anciens billets déclarés obsolètes. Il y a plus de 300 milliards de dirhams hors système bancaire (Cf. L’Economiste du 5 juin 2020).

 

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