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Le Cercle des Experts

Covid, la singulière épopée des banques marocaines

Par M’Fadel EL HALAISSI | Edition N°:5857 Le 05/10/2020 | Partager

Administrateur de nombre de sociétés du groupe d’Othman Benjelloun, Finances.com, directeur général délégué de Bank of Africa, M’Fadel El Halaissi a gardé de ses premières armes professionnelles dans la recherche en France le goût de la réflexion académique productrice de systèmes et de concepts. Revenu au pays, il a fait toute sa carrière marocaine au sein de la BMCE, devenue Bank of Africa, pour marquer ses ambitions continentales. Il s’exprime à titre personnel (Ph. Privée)

Tout au long des deux dernières décennies, l’économie marocaine a montré son dynamisme et sa résilience face aux diverses crises économiques et sociales; on espère qu’il en sera de même pour le coronavirus. De quels ingrédients la recette de cette résilience a-t-elle été composée?

Il est indéniable que les fondations de la solidité et l’agilité de l’économie marocaine résident dans la stabilité et la légitimité de son système politique. Celui-ci étant le terreau où foisonnent les substrats suivants, population jeune et dynamique, structure du PIB diversifiée, inflation maîtrisée, déficit budgétaire sous contrôle, taux d’investissement très élevé et croissance économique honorable.

Néanmoins, derrière cette façade attirante, se cachent des limites et contraintes comprimant sa croissance en réduisant les avantages des effets multiplicateurs positifs de chaque élément qu’aurait pu apporter singulièrement et collectivement. L’élément fondamental constituant l’épine dorsale de cette «arrière-boutique» étant le sous-emploi de la population active (voir spécialement M’Fadel El Halaissi «La résilience marocaine passe par l’emploi chez les TPE-PME» du 24 août 2020).

Une vraie démonstration de force fut déployée, donnant une légitimité au système bancaire marocain, à ses extensions géopolitiques et à son renforcement continental, après le succès des réalisations nationales (bancarisation intensive des citoyens, financement global de l’économie, maîtrise de l’inflation, contrôle du taux de change et du taux d’intérêt, et diversification des produits bancaires adressés aux PME-TPE, etc.)

Une institution publique a joué un rôle primordial, la CCG (Caisse centrale de garantie). Cette institution a énormément gagné en crédibilité auprès des banques en qualité de garant des crédits, dont le rôle a été renforcé par l’application des règles prudentielles imposées par Bank Al-Maghrib en termes d’octroi de crédits, avantageant ceux couverts par la garantie CCG, et enfin, un foisonnement de produits CCG couvrant tous les besoins de financement de la PME-TPE. Ce savoir-faire sera mis en œuvre contre les effets de la Covid-19.

Deux produits bancaires «phares» Oxygène et Relance, immortaliseront cette singulière épopée des banques nationales.

L’économie marocaine a forgé ces dernières décennies un système financier sain, dynamique et compétitif, celui-ci devient, au fil des ans, son vecteur de développement, sa dynamo et le carburant de sa résilience.

Ainsi, il est fondamental pour le Royaume de poursuivre la politique économique visant le renforcement de son secteur financier et à sauvegarder son système bancaire pour mener à bon port l’arrimage de notre économie à travers les turbulences de ces deux premières décennies de ce troisième millénaire!

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Jamais des mesures économiques de cette ampleur n’auraient pu être conçues, partagées et acceptées par toute la communauté, déployées et mises en place en un temps record au profit des bénéficiaires finaux (PME-TPE), sans l’existence de la maturité, le patriotisme et le professionnalisme de tous les acteurs du système financier du Royaume! Grâce à ses banques, le Royaume a su déployer rapidement des mesures: mise en place des outils, aussi bien pour la protection de l’emploi, de la consommation, de la précarité sociale, que pour la relance de l’économie, n’est que l’expression criante de la performance du système de financement de la PME-TPE (Ph. Casa-Invest)

                                                                                                

Trois axiomes et un gros problème

1- Plus de 95% du tissu économique des entreprises au Maroc est constitué des PMI-PME et TPE
2- La création des emplois nouveaux est quasiment l’œuvre des PMI-PME, TPE et auto-entrepreneurs.
3- Le rapport coût d’investissement/emploi créé le plus avantageux est bien celui qui recèle cette catégorie des moyennes, petites et très petites entreprises.
L’économie marocaine consent un effort très élevé en investissement. Avec un taux de 34% du PIB consacré à la FBCF, le Royaume se place en tête du classement mondial.
Ce taux soutenu depuis le milieu des années 2000 n’a pas eu les retombées espérées en termes d’emploi, ni en termes de croissance. La raison fondamentale est que la majorité de ces investissements a été l’œuvre de l’Etat ou d’entreprises publiques dans les secteurs d’infrastructure avec un très faible impact positif sur l’emploi.

                                                                                                

Changer les choix budgétaires

Une profonde réforme des choix budgétaires s’impose plus que jamais. La politique d’allocation des ressources doit à présent obéir à une priorité au-dessus de toutes les priorités, celle de la création d’emploi.
L’économie marocaine a atteint un niveau d’équipement d’infrastructures au-dessus de ses besoins nécessaires, au regard de son niveau de développement.
L’optimisation de l’usage des biens collectifs en infrastructure passe nécessairement par la croissance de la demande effective, qui passe par l’augmentation de l’emploi. Autrement, le seuil de rentabilité et la maximisation de la valeur marginale de l’usage de ces infrastructures restent bien loin à atteindre.
Ainsi, les constats sont multiples, mais la conviction est unique! L’économie marocaine doit créer plus d’emploi pour pérenniser son développement et sa croissance.

                                                                                                

Budget, modèle fatigué

Certains économistes considèrent que l’économie de marché est structurellement tributaire de la consommation, donc de la demande effective au sens keynésien du terme, donc du pouvoir d’achat qui s’exprime sans discontinuité sur le marché.
La consommation est comme l’énergie d’un moteur; le moteur tournera tant que son énergie, qui est la consommation, continue de l’alimenter sans arrêt!
Or, la consommation est tributaire de l’emploi, et l’emploi dépend de la croissance qui dépend de la consommation; bref, un véritable cycle infernal d’un cercle trigonométrique en constante interaction car intrinsèquement et profondément interdépendants.
Si le modèle économique suivi par le Royaume du Maroc depuis les deux dernières décennies s’essouffle actuellement après plusieurs années de réussite et de succès, c’est que l’équilibre de ce cercle trigonométrique a été rompu au fil des ans, se traduisant par moins d’emplois, moins de consommation et moins de croissance. Ainsi, le cercle vertueux des années 2000 à 2010 se transforme en cercle vicieux pour une économie dont la quasi-totalité des indicateurs macroéconomiques sont au vert.

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A l’instar de nombreux pays à économie émergente, le Royaume affiche une économie à capillarité dominée par le segment des PMI-PME et TPE, tout en restant dans ses singularités. Le modèle basé sur un taux élevé d’accumulation du capital public fixe stimule mal la croissance au Maroc. Ce modèle est à revoir, la croissance a besoin de la demande, et la demande ne peut s’exprimer qu’à travers l’emploi!

 

 

 

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