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Economie

D’où viennent les pétards de Achoura?

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5835 Le 03/09/2020 | Partager
Leur commercialisation est interdite par une loi promulguée en décembre 2019
Le port de Casablanca pourrait constituer le point d’entrée principal
4,5 tonnes saisies par les services de la Douane sur les 3 dernières années

Chaque année, c’est le même scénario. A l’approche de la fête de Achoura, pétards de tous genres et feux d’artifice inondent le marché. Pendant la semaine précédant l’évènement, c’est la foire des «artifices de divertissement».

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Dans la nuit de samedi à dimanche derniers, 157 individus, dont des mineurs, ont été interpellés au niveau national pour leur implication présumée dans des actes de vandalisme, jets de pierres, résistance aux forces de l’ordre et incendie de pneus sur la voie publique. Parmi les forces de l’ordre, 28 blessés sont à déplorer, sans compter les dégâts touchant des biens publics et privés

Comme souvent, dérapages et accidents accompagnent les célébrations. Cette année, Casablanca et Rabat en ont particulièrement fait les frais. Des foules en furie, faisant fi des contraintes sanitaires, se sont déchaînées contre les forces de l’ordre, utilisant au passage leurs stocks d’artifices. A la capitale, les violences ont atteint un niveau dangereux, notamment à Yakoub Al Mansour, où les attaques des jeunes ont fait plusieurs blessés parmi les forces de l’ordre.

Comment donc ces produits dangereux ont-ils été introduits sur le territoire national, alors que leur importation et leur commercialisation sont interdites par la réglementation en vigueur? Toute une loi (22-16) réglementant les produits explosifs à usage civil, les artifices de divertissement et les matériels contenant des substances pyrotechniques a été présentée en 2018. Elle a été publiée au BO du 9 décembre 2019.

«Les pétards et les feux d’artifice font partie de la famille des artifices de divertissement qui sont classés, selon cette loi, en quatre catégories: C1, C2, C3 et C4», explique un responsable du ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement.

«Les pétards et autres articles utilisés pendant Achoura appartiennent à la catégorie C1, et la loi en question prévoit l’interdiction pure et simple de leur importation, leur fabrication, leur stockage et leur commercialisation. Donc, notre département n’a jamais autorisé ni leur importation, ni leur stockage, ni leur vente et ni leur utilisation, et ce pour les raisons sécuritaires liées à ces produits», conclut le responsable.

D’où viennent donc ces produits? La réponse à cette question reste un mystère pour les départements et services impliqués dans ce dossier. «Entre les textes et leur application sur le terrain, il y a un gouffre», regrette un expert dans le domaine. «En plus de l’anticipation des mesures destinées à maîtriser la célébration de la fête d’Achoura, il faudrait établir un contrôle sévère au niveau des points d’entrée au pays, en vue de lutter contre l’introduction de ces articles», recommande-t-il.

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Pour l’expert, avec l’arrêt du trafic arrivant de Sebta et Melilia, le port de Casablanca pourrait constituer le point d’entrée principal de ces produits, généralement dissimulés avec d’autres marchandises arrivant souvent de pays asiatiques. Il est, également, impératif d’achever la publication des textes réglementaires. Le responsable du département de l’Energie et des Mines rappelle la publication de deux décrets d’application de la loi 22-16. Les deux restants sont dans le circuit d’approbation.

«Auparavant, ces produits étaient introduits à travers les postes frontaliers de Bab Sebta et Melilia, par des piétons à même le corps, ou à bord de véhicules, dissimulés dans des cachettes, et occasionnellement, via des importations légales mais soigneusement cachés.

Le poste frontalier de Guergarate a également connu des tentatives d’importations illicites», explique l’administration des douanes. Les saisies opérées au cours des trois dernières années ont porté sur plus de 4 tonnes et demie, dont près de deux tonnes dissimulées dans des marchandises importées légalement.

Jeunesse désœuvrée

L’image des jeunes affrontant les forces de l’ordre avec des jets de pierres et de pétards a suscité une vague d’indignations. «Outre les mesures sécuritaires à envisager, il faudrait aller plus loin pour s’attaquer aux origines de ce problème de délinquance, dont la responsabilité incombe à toutes les composantes de la société: école, famille, médias, sociétés civiles…», recommande Mohssine Benzakour, psychosociologue et professeur universitaire. «A l’exception du foot, on enregistre une quasi-absence de programmes et activités culturelles et sportives destinées aux jeunes et adolescents», regrette-t-il. Une politique culturelle de proximité, c’est ce que défend un élu de l’arrondissement de Yakoub Al Mansour. «Cela permettrait de favoriser l’épanouissement des jeunes à travers la pratique de certaines activités: théâtre, musique, jeux, compétitions collectives…», ajoute-t-il. Pour leur part, les jeunes du quartier Al Akari déplorent le déficit énorme en infrastructures culturelles de proximité, comme les maisons de jeunes, les théâtres, les bibliothèques…

Noureddine EL AISSI

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