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Société

Jabrane : Une poétesse sur les planches

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5829 Le 26/08/2020 | Partager
Artiste, militante engagée, elle marquera le théâtre marocain de son empreinte
Des pièces qui rompent avec les clichés stéréotypés

De la ferveur, de l’intensité, de la sensibilité… C’est définitivement ce qui aura marqué le jeu de l’une des plus grande comédiennes que le Maroc aura jamais connu. Touria Kraytif Jabrane n’est plus. Emportée, trop jeune, par la maladie, celle qui aura inspiré metteurs en scènes, cinéastes, écrivains et poètes, s’est éteinte le lundi 24 août à l’âge de 68 ans.

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Touria Jabrane a été l’une des premières artistes marocaines à tenter avec brio le «One woman show»

Le poète Mostafa Nissaboury évoque «une artiste en état de grâce» alors qu’Abdellatif Laabi lui confie son poème «Le soleil se meurt» qu’elle interprétera magistralement au théâtre en 1993. Son amour pour la poésie la mènera vers des collaborations prestigieuses avec Adonis, Mahmoud  Darouich, Mohamed Berrada, Mohamed Khair Eddine.... des poètes qui partagent le même engagement, le même souci créatif.

Artiste avant-gardiste, Touria Jabrane a été l’une des premières actrices à exercer et exceller dans le One woman show au Maroc, traitant, très tôt, de sujets comme le harcèlement contre les femmes ou la détresse des petites gens. Un engagement qui lui vaudra le respect du grand public mais également quelques déboires.

L’artiste, attendue dans une émission télévisée dont elle était la principale invitée, a été kidnappée par des inconnus qui lui ont rasé la tête. Beaucoup de regards s’étaient tournés, à l’époque, vers le tout puissant ministre de l’intérieur, avec qui, les relations, disait-on n’étaient pas au beau fixe.

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Nommée ministre de la Culture en 2007, Touria Jabrane s’est montrée très préoccupée par le sort des acteurs et comédiens (Ph. FIFM)

L’artiste débutera sa carrière en 1972 en rejoignant la troupe de la compagnie Mâamora  sous la direction de Farid Ben Barek, puis celle «Masrah Ennas» (Le théâtre des gens), aux côtés d’un autre mastodonte du théâtre: Tayeb Saddiki. Elle entame également une carrière à la TVM couronnée par une multitude d’émissions, tous genres confondus : téléfilms, animation et production d’émissions, soirées… Ses prestations à la télévision attirent l’attention des réalisateurs marocains et étrangers.

Elle campe son premier rôle au cinéma en 1978, sous la direction de Mustapha Akkad, dans le film «Omar Al Mokhtar». Suivront d’autres rôles, notamment dans «Absence» de Saad Chraïbi (1982), «Titre provisoire» de Mustapha Derkaoui (1982), «Bamou» de Driss Mrini (1982), «Noura» de Driss Kettani (1983), «Une Histoire d’amour» de Philipe Carrel (1992)…  

Dans les années 80, elle fonde avec son époux Abdelouahed Ouzri  «Masrah Alyoum»  (le théâtre d’aujourd’hui), un théâtre engagé qui a présenté des pièces avant-gardistes, rompant avec les clichés stéréotypés d’un théâtre de divertissement qui avait les faveurs des autorités de l’époque.

Une entreprise périlleuse, qui se fera au prix de grands sacrifices, mais qui livrera des spectacles de très bonne qualité avec des pièces remarquables comme «Hikayat Bila Hodoud», inspirée de l’œuvre du grand écrivain syrien Mohamed Al Maghout, «Boughaba», inspirée de l’œuvre de Bertlod Brecht (1989), «Contes sans frontières» (1987), «Les Fous sont parmi nous» (1990)…Actrice reconnue dans le monde arabe, elle décrochera en 1985 à Bagdad le prix de la meilleure comédienne, quatre ans plus tard, elle sera honorée  au Festival de Carthage, qui lui décernera une deuxième fois  la mention spéciale et le prix de meilleure interprétation féminine en 1991.

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La comédienne a été sollicitée par le cinéma où elle a campé des rôles dramatiques dans des films nationaux et internationaux

Au Festival international du théâtre expérimental du Caire, elle recevra un «Hommage spécial» pour l’ensemble de son œuvre. Touria Jabrane a été décorée par Feu le Roi Hassan II du Wissam du mérite national, elle recevra des mains de SM le Roi Mohammed VI le Wissam Chevalier du mérite national en 2011.

Elle est également chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres de la République française. Elle a reçu le prix Vermeil de l’Académie des «Arts Sciences Lettres» à Paris. Auréolée de tous ces succès Touria Jabrane sera nommée ministre de la Culture en 2007, au gouvernement Abbas El Fassi, qu’elle quittera en 2009, pour des raisons de santé. Elle sera moins active à partir de cette date, mais restera, à jamais inscrite dans nos mémoires comme une  grande dame de la culture.

A.Bo

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