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Tribune

En marge d’une loi de finances rectifiée

Par Pr. Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5812 Le 27/07/2020 | Partager

Pr Mohammed GERMOUNI est économiste et politologue, qui a exercé dans le secteur de la Banque, de la haute administration et enseigné dans plusieurs établissements universitaires au Maroc et à l’étranger. Il a publié quelques ouvrages dont notamment «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard» éditions L’Harmattan, Paris, 2015, et récemment, «Economies et Sociétés du XXIe siècle, en forme de chroniques», édition Maroc Livres, Casablanca, 2019 (Ph. Privée)

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Les pouvoirs publics ont eu recours à une loi rectificative, décision exceptionnelle, pour modifier profondément les engagements adoptés initialement par la loi de finances 2020 déjà votée, suite aux évolutions économiques  et financières imprévues intervenues du fait de la pandémie du Covid-19. L’exercice n’est pas nouveau, et il va de soi qu’il s’agit d’une appréciation politique légitime, donnant satisfaction à certains groupes parlementaires, dans le cadre d’une lecture des  dispositions de la Loi organique des lois  de finances qui certes le permettent. Cependant, n’aurait-il pas mieux valu attendre le projet de loi de finances 2021, déjà en cours de préparation d’ailleurs, afin de prendre en charge l’ensemble d’une conjoncture encore en évolution, évitant ainsi une double tâche en un temps relativement court? 

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La problématique de la santé des populations, que des circonstances critiques ont fini par imposer sur le devant de la scène, mérite d’être traitée avec audace et capacité technique par une équipe au-dessus des calculs et clivages politiciens, sûrement légitimes en d’autres circonstances

L’adoption d’un collectif budgétaire ne clôt pas le sujet pour autant mais suscite surtout un utile débat, quant aux divers changements techno politiques susceptibles d’intervenir à  court terme. Ainsi, entre une  possible «Union politique sacrée» qui n’a pas que des inconvénients évoquée par quelques-uns, qui a réussi à certaines phases d’évolution du pays par le passé, et un simple «toilettage formel» d’une équipe en charge de la marche des affaires souffrant de l’usure rapide du pouvoir en pareille période et  souhaitée par d’autres, diverses formules peuvent être inspirées par une réalité encore dominée par la sortie complexe de la crise sanitaire et  de la dépression économique.
Il en est ainsi de façon peut-être impérieuse des missions pouvant être dévolues à quelques départements ministériels qui requièrent en tout cas une redéfinition appropriée, en raison des décisions qui s’imposent et de l’agilité requise de leurs  responsables, dans l’hypothèse d’une forme atténuée de la dépression économique en cours. 
Tout en préservant d’ailleurs l’architecture majoritaire des résultats des urnes, une équipe post-confinement, revue pour affronter les divers défis d’une reprise difficile de l’activité économique sur le terrain, paraît plus que s’imposer. Des raisons à la fois politiques et techniques qui dépassent une mission s’apparentant à une simple expédition des affaires les plus urgentes, avec une impression de sous-estimation des possibles écueils.
A un moment nécessitant des choix essentiels et des arbitrages sensibles multiples, dont celui de laisser notamment filer le déficit, il peut paraître préoccupant de maintenir une simple «Commission de veille», devenue dans les faits une sorte de gouvernement technique. Abritée au département des  Finances, et ayant joué un rôle certes fort utile et opportun au moment d’une période de grande incertitude, en s’appuyant sur du conseil externe, ses principales décisions ont été jusqu’ici pratiquement entérinées par le budget rectifié, cependant sans un débat élargi ni une évaluation technique et financière a posteriori. 
Dans un contexte de sortie graduelle de crise, appelé vraisemblablement à se poursuivre encore quelque temps pour des raisons exogènes, à défaut d’un médicament efficace et dans l’attente d’un réel vaccin dans l’immédiat, des reconfigurations innovantes autour de quelques missions essentielles ne pourraient que soutenir un tel effort.
En premier lieu, la problématique de la santé des populations, que des circonstances critiques ont fini par imposer sur le devant de la scène, mérite d’être traitée avec audace et capacité technique par une équipe au-dessus des calculs et clivages politiciens, sûrement légitimes en d’autres circonstances. Ceci en vue d’éviter tout retour au confinement comme solution aux risques d’épisodes  épidémiques répétitifs et de leurs conséquences néfastes pour l’ensemble de la société et de l’activité économique. La mise en place des structures médicales publiques et  surtout la formation de cohortes des soignants et de leurs aides qualifiées requiert une programmation de cinq à sept ans pour donner ses premiers résultats sur le terrain des soins et de la prévention des populations, si la feuille de route est respectée. Il s’agira d’un département rénové  et décentralisé assurant le suivi des fonctions de recherche médicale, d’alerte et de soins dispensés à un large public, supervisé par une équipe cohérente, de ministre et secrétaires d’Etat, choisie pour ses qualités professionnelles et humaines en premier, par-delà la répartition habituelle des portefeuilles.
Un département ministériel coordonnant les grandes décisions économiques sur l’ensemble du territoire, agissant horizontalement, a fortement besoin d’un éclairage prévisionnel à court et à moyen terme, en s’adjoignant de façon active les divers services techniques appropriés de prévision dont ceux du Plan. Le Maroc dispose en cette matière d’une expérience non négligeable de gestion planifiée et de façon souple, dont il convient de redécouvrir les outils techniques en ces temps  de choix sensibles, au profit du devenir économique national et de la relance surtout de l’emploi. Le Conseil économique et social pourrait assister utilement à l’amélioration et à l’apport d’une pertinence additionnelle aux principaux choix urgents à effectuer par-delà les divers lobbies actuellement en action et limiter les cas de risques de délits d’initiés en pareille conjoncture d’investissements publics massifs. 

Mise au point d’un indicateur approprié d’inflation

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La question sensible de la hausse des prix des biens et services, en rapport avec une tendance quasi générale de faiblesse, de baisse  et de plus en plus d’absence de revenus d’une bonne partie des ménages, doit être aussi au centre des priorités

Non des moindres, la question sensible de la hausse des prix des biens et services, en rapport avec une tendance quasi générale de faiblesse, de baisse  et de plus en plus d’absence de revenus d’une bonne partie des ménages, doit être au centre des soucis de cette nouvelle structure. La mise au point rapide d’un indicateur approprié d’inflation, crédible et neutre, en cette période de mutation observée de la demande, et en coordination étroite avec les Autorités monétaires, constitue un impératif de la période.  
Une articulation administrative réussie des niveaux central et régional sera un atout majeur, pour surmonter progressivement les graves inégalités économiques et sociales notoires entre régions, qui ont été  encore plus visibles en périodes de crises. Elle facilitera les transformations pour les rendre effectivement opérationnelles. Un conseil supérieur associant personnel politique et technique pourrait améliorer la coordination et garantir une évolution ressentie au niveau des régions, à travers un département ministériel bénéficiant d’une certaine autonomie et servie par des responsables ayant une expérience reconnue du service aux collectivités.

Nouvelle configuration d’animateurs

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Une articulation administrative réussie des niveaux central et régional sera un atout majeur, pour surmonter progressivement les graves inégalités économiques et sociales notoires entre régions, qui ont été  encore plus visibles en période de crises 

Enfin, sur un plan social à proprement parler, les populations longtemps confinées doivent éprouver un besoin compréhensible de changements positifs touchant à leur vie future en accordant leur préférence à plus de technicité et de professionnalisme des responsables. De nouveaux profils et compétences émergeant de la sphère civile nationale ou expatriée, relevant du monde des sciences et des techniques doivent être intégrés pour accompagner le mouvement. Les technologies nouvelles, la recherche fondamentale et appliquée au service de la production agricole, industrielle et des services  de base aux populations, outre l’amélioration de l’efficacité et de la maintenance des infrastructures existantes, seront autant d’activités phares de relance pour le devenir du pays.
 A l’image d’une certaine «alternance», qui fut naguère concédée à certaines franges de l’échiquier politique national, dans un contexte historique particulier, à la fin du siècle dernier, avec quelques succès  et des échecs, l’étape actuelle recèle également diverses incertitudes économiques et sociales appelant à une nouvelle configuration d’animateurs du champ technique et politique. Cette phase semble recommander, à son tour, une souplesse  de l’agenda politicien habituel, permettant ainsi de  réunir compétence, technicité et résultats qui  doivent être attendus de nouveaux profils de responsables  et qui s’astreignent au contrôle politique régulier des Chambres existantes. 


Un nouvel enseignement pour une nouvelle ère

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L’échec devenu évident de notre système d’enseignement en général, objet de tant de controverses depuis l’Indépendance du pays, qu’il convient de corriger de fond en comble, profitant de cette période de transition exceptionnelle, pour arrêter une politique simple et lisible pour les élèves, les étudiants, les enseignants et les parents. La responsabilité de cette mission pourrait être dévolue de préférence à une Autorité morale et scientifique nationale assistée de responsables politiques initiés. Un nouvel enseignement pour une nouvelle ère, combinant un enseignement in situ et à distance, en bénéficiant des apports du numérique, permettrait au pays de combler quelque peu l’énorme besoin de formation et de qualification de ses populations jeunes en particulier.

 

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