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Tribune

Covid-19: Quels enjeux pour l’intégration africaine

Par Pr. Nabil JEDLANE | Edition N°:5791 Le 26/06/2020 | Partager

Nabil Jedlane est professeur universitaire et chef de département management et responsable d’équipe de recherche «Économie et Management des risques» à l’École nationale de commerce et de gestion de Tanger (ENCGT) (Ph. Privée)

A l’instar de l’économie mondiale, les économies africaines sont en hibernation, ce qui implique l’arrêt partiel ou total de la production et donc de la distribution des revenus. Ces crises d’offre et de demande internes et la fermeture des frontières ont provoqué le dysfonctionnement des chaînes de valeur mondiales, la chute des échanges internationaux, des recettes touristiques, des transferts des migrants et des IDE.

L’interdépendance économique des pays renforcée par le processus de mondialisation est un facteur de propagation aussi bien du virus que du choc économique. Dans les pays émergents et en plus des effets du confinement sur l’activité économique, cette crise a été renforcée par une forte augmentation de l'aversion pour le risque au niveau mondial et une réduction brutale des flux de capitaux étrangers (Sudden stop). La crise sur les marchés de matières premières et en particulier pétrolier n’a pas arrangé les choses surtout pour les pays membres de l’Opep.

Plusieurs initiatives ont été lancées pour aider le continent africain à traverser cette pandémie notamment celle du secrétaire général des Nations unies (200 milliards de dollars américain, soit 10% du PIB et le gel généralisé de la dette des pays africains qui ne peuvent pas en assurer le service). Ce sont sans doute des décisions louables mais insuffisantes, il fallait prendre ce type de décisions depuis longtemps et ce n’est pas seulement pour faire face à la pandémie, c’est surtout pour libérer les forces potentielles de l’Afrique qui permettrait partiellement au monde entier de dépasser la crise. L’Afrique est un marché très vaste et très jeune (2,5 milliards d’habitants majoritairement jeunes en 2050).

Un exportateur de matières premières et de compétences vers le reste du monde. C’est également une société très connectée. Dois-je rappeler encore une fois qu’au jour d’aujourd’hui les statistiques montrent que l’Afrique se comporte en général mieux face à la pandémie et au choc économique que d’autres pays développés et émergents.

Quelques analystes attribuent cette performance africaine à l’insuffisance des tests effectués! En plus, la prise en charge des malades, le manque d'infrastructures médicales et une pénurie importante de matériel sanitaire restent les défis majeurs pour les pays africains. C’est peut-être vrai! Mais plusieurs mois après le déclenchement de cette pandémie, les résultats sont là! A l’exception de quelques pays africains, les autres ont instauré des stratégies très efficaces qui leur ont permis de dépasser même le pic et se préparent à lever progressivement le confinement.

Prenons à titre d’exemple le cas marocain, en un temps record, on a pu créer un fonds spécial de lutte contre Covid-19 collectant ainsi plus de 32,7 milliards de dirhams soit presque 3% du PIB. On a pu soutenir financièrement les salariés et les entreprises du secteur formel et les ménages du secteur informel. Les hôpitaux ont été équipés, des usines se sont converties à la production des masques et des appareils de respiration artificielle. Un élan de solidarité au sein de la société s’est déclenché en faveur des plus démunis. Cet élan a dépassé même les frontières puisqu’on a assisté au lancement de plusieurs initiatives africaines de lutte contre cette pandémie et je cite à titre d’exemple l’initiative des chefs d’État africains de lutte contre l’impact de la pandémie Covid-19 lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Ce qui permettrait le renforcement de l’intégration africaine.

Si on prend le cas marocain, le PIB réel devrait chuter selon le FMI de 3,4%. A l’exception de l’industrie du phosphate et ses dérivés, tous les autres secteurs seraient impactés par la pandémie surtout que la saison agricole est mauvaise. C’est pour cette raison que le gouvernement marocain s’est déjà engagé dans la préparation d’un plan de relance économique en concertation avec les différents agents économiques. Le gouvernement procédera par la suite à la promulgation d’un projet de loi de finances rectificative en prenant en considération de nouvelles hypothèses.

Tout cela intervient en un moment où le Maroc est en train de revoir son modèle de développement économique. Je crois que malgré le côté négatif de cette crise, celle-ci permettrait au Maroc de prendre en considération dans son nouveau modèle de développement ce nouveau contexte plein de nouveaux risques et d’incertitudes mais également d’opportunités.

Le Maroc a montré au monde entier une capacité d’autonomie et d’adaptation exceptionnelle, ce qui renforcerait encore plus sa crédibilité au niveau international, et par conséquent son attractivité aux IDE. Sa position géographique, son intégration à l’économie africaine mais également sa capacité à gérer les crises sont des points forts à exploiter pour réduire l’impact de cette pandémie.

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«La prise en charge des malades, le manque d’infrastructures médicales et une pénurie importante de matériel sanitaire restent les défis majeurs pour les pays africains. C’est peut-être vrai! Mais plusieurs mois après le déclenchement de cette pandémie, les résultats sont là! A l’exception de quelques pays africains, les autres ont instauré des stratégies très efficaces qui leur ont permis de dépasser même le pic et se préparent à lever progressivement le confinement» (Ph. AFP)

L’un des points faibles de l’économie marocaine est le secteur informel. Les ménages de ce dernier ont dû recevoir des aides financières sur la base de déclarations qu’ils ont faites au niveau du ministère des Finances. Ce qui normalement devrait faciliter leur intégration dans l’économie formelle pour pouvoir bénéficier d’un certain nombre d’aides et d’avantages mais également à terme de contribuer au développement économique du pays. La réforme de la Caisse de compensation et le passage à un système de ciblage direct des populations dites «pauvres» devient plus facile à instaurer ainsi qu’une réforme fiscale capable de permettre à notre économie d’être plus compétitive.

De nouveaux business models de banques africaines devraient émerger pour répondre aux défis tels que les faibles taux d’inclusion financière et de pénétration bancaire, l’utilisation massive des liquidités, la faible couverture par les bureaux de crédit et le faible maillage géographique d’agences physiques et de guichets automatiques. Les banques africaines gagneraient beaucoup à renforcer et accélérer leurs efforts de digitalisation. Le confinement imposé par la pandémie a amorcé une nouvelle ère où la digitalisation joue un rôle important. De façon générale, la banque devrait revoir son business model. Le développement de banques d’affaires nationales et régionales pourrait améliorer nettement l’accès des TPME au financement.

Les stratégies anti-Covid-19

Beaucoup de gouvernements sont déjà très endettés et une politique monétaire non conventionnelle serait nécessaire. La plupart des pays développés où l’inflation est trop faible ont lancé des programmes de relance et d’assouplissement quantitatif «quantitative easing». Sur le plan théorique, des concepts ont refait surface comme par exemple la monnaie hélicoptère qui consiste à distribuer directement aux ménages et aux entreprises de la monnaie créée par la banque centrale sans aucune contrepartie, contrairement à ce qui se fait lors de l’utilisation de la «planche à billets» où elles créditent le compte du Trésor public. Ces techniques sont très difficiles à utiliser dans le cas des pays africains (notamment du Maroc) qui ont des régimes de change fixe et qui souffrent également de ce qu’on appelle le «péché originel». Il faut également s’assurer que la création de cette demande artificielle ne soit utilisée pour soutenir la demande externe et donc aggraver le déficit commercial et accélérer la dépréciation (dévaluation) des taux de change. Ces politiques (notamment celle de la baisse des taux directeurs et la libération complète de réserve obligatoire) pourraient être temporairement efficaces tant que le différentiel d’inflation par rapport aux principaux partenaires commerciaux est en faveur de l’économie nationale et où la demande nationale est satisfaite en grande partie par une offre interne. Le taux d’endettement externe et les avoirs officiels de réserve (AOR) sont aussi des variables à prendre en considération. La crise dans le système capitaliste est une chose tout à fait normale, c’est la fin d’une période et le démarrage d’une autre. Quel que soit l’instrument choisi par les pays africains et notamment au Maroc, son efficacité serait impactée par le taux élevé de l’économie informelle et la faible inclusion financière.  De façon générale, les modèles de développement économique actuels en Afrique ont été essoufflés et méritent d’être révisés pour permettre à tous les citoyens du continent de profiter de la croissance économique. Instaurer une croissance inclusive ne peut se faire sans une intermédiation financière inclusive et la Covid-19 en est une opportunité.

 

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