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Economie

L’UM6P veut tirer la recherche vers le haut

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5791 Le 26/06/2020 | Partager
L’Université de Benguerir participe à un fonds dédié avec la Fondation OCP et l’Education nationale
Bientôt un réseau e-learning sur tout le territoire avec les universités publiques
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Hicham El Habti, SG de l’Université Mohammed VI Polytechnique: «Le temps de la recherche est long. Il faut d’abord constituer une masse critique. Nous sommes sur la bonne voie, nous comptons une centaine d’enseignants-chercheurs et bientôt 200 doctorants» (Ph. UM6P)

Elle est jeune mais ses ambitions sont grandes. L’Université Mohammed VI Polytechnique, lancée en 2017, entend se positionner en locomotive de la recherche et de l’innovation au Maroc et même en Afrique. Aujourd’hui elle partage son expertise e-learning avec les universités publiques. Elle participe également au lancement d’un fonds R&D qui financera des projets dans des secteurs stratégiques pour le Maroc. Son secrétaire général, Hicham El Habti, nous en livre les détails.

- L’Economiste: Votre partenariat avec l’Enseignement supérieur prévoit un fonds pour la recherche appliquée. A quelle hauteur sera-t-il financé et qui pourrait en bénéficier?

- Hicham El Habti: Les détails sont en cours de finalisation. Une convention spécifique sera signée incessamment. Le fonds, qui procèdera par appels à projets, sera destiné à l’ensemble des chercheurs des universités et centres de recherche. Il sera alimenté par des contributions financières de la Fondation OCP, du ministère de l’Education nationale et des universités. Les axes de recherche choisis sont au cœur de l’actualité: biotechnologies, agriculture intelligente, énergies renouvelables, gestion durable des richesses minières, sciences de la santé, eau, nanomatériaux...

- Un Centre national de digitalisation et d’enseignement à distance est également au menu. Quelle sera sa mission?
- Des efforts considérables ont été consentis en enseignement à distance durant la crise, et des savoir-faire ont été développés pendant cette courte période. L’idée est d’aller encore plus loin dans le domaine, à travers ce centre qui sera basé à l’UM6P tout en étant connecté à l’ensemble des universités publiques. Il sera question de définir une stratégie marocaine pour l’enseignement supérieur à distance, de mettre en place un réseau e-learning pour partager les meilleures pratiques et d’aménager des studios d’enregistrement et plateformes IT. Une nouvelle ingénierie pédagogique et des formations des intervenants sont nécessaires pour accompagner tout ceci. L’objectif étant de produire un contenu de qualité permettant à l’ensemble des étudiants d’accéder à une offre pédagogique de haut niveau.

- L’UM6P a-t-elle développé une expertise dans le domaine?    
- Dès sa naissance, le digital est au cœur de son approche pédagogique. L’UM6P dispose de quatre studios d’enregistrement dernier cri. Des partenariats ont également été noués avec des institutions connues pour leur expérience en enseignement digital, à l’instar de l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) et du MIT.
Nous avons commencé à digitaliser le parcours des classes prépas il y a plus d’un an, avec une nouvelle approche pédagogique consistant à transformer le parcours de deux ans en capsules de 6 à 7 minutes. Un véritable défi. Ceci nous a permis de créer une plateforme, «prepadigitale.com», mise à la disposition des étudiants des classes prépas, afin de leur assurer une continuité pédagogique et de les aider à préparer les concours qui ont démarré cette semaine.
L’UM6P fait, par ailleurs, partie du réseau d’une plateforme de MOOC, edX, développée par Columbia, le MIT et Harvard. Nous avons été l’une des premières universités africaines à y adhérer. 

- En trois ans d’existence, quelles ont été les principales innovations de l’UM6P?
- Sur la partie éducation, nous avons opté pour une approche de learning by doing. Nous sommes passés d’une méthode hypothéticodéductive à une démarche inductive.
L’étudiant est plongé dans des problèmes qu’il résout lui-même pour ensuite en tirer des apprentissages. Nous y procédons particulièrement en électronique, où l’étudiant ne reçoit pas de cours théoriques, mais un cahier des charges. Il lui est par exemple demandé, dans le cadre d’un travail de groupe, de fabriquer en 6 mois un robot avec des caractéristiques techniques précises. Il est plongé dans ce projet même s’il n’a jamais vu cela de sa vie. Evidemment, il échoue souvent. Cela permet de démystifier l’échec. En parallèle, il apprend à apprendre et acquiert définitivement ces connaissances qu’il a passé six mois à assimiler en essayant de trouver des solutions.

- C’est un peu à l’image de la méthode de l’école 1337…
- En effet, sauf qu’à 1337 nous avons poussé l’innovation plus loin, puisque l’école n’a pas de profs, son modèle est basé sur le peer learning, ainsi que sur la gamification.  
Au niveau de la recherche, nous avons misé sur des sites d’expérimentation à échelle réelle. Au-delà de la recherche fondamentale, nous poussons nos chercheurs à s’investir dans la recherche appliquée, afin de répondre à des questions pratiques. Pour cela, ils doivent sortir de leur laboratoire. Par exemple, nos chercheurs en agriculture travaillent avec les fermiers de la province de Rhamna, et notre école d’architecture avec la ville de Benguerir. Nous sommes très liés aux territoires, et nous demandons à nos chercheurs d’être connectés aux questions qui ont un intérêt pour la communauté. Nous les invitons, par ailleurs, à devenir des chercheurs-entrepreneurs et à industrialiser leurs trouvailles.

- Quels sont vos objectifs R&D?
-  Le temps de la recherche est long. Il faut d’abord constituer une masse critique. Nous sommes sur la bonne voie, nous comptons une centaine d’enseignants-chercheurs et bientôt 200 doctorants travaillant sur des sujets divers, tels que l’intelligence collective, l’eau, les mines, l’agriculture, les sciences sociales, les sciences cognitives… L’an dernier, nous avons remporté le prix de la meilleure jeune université en termes de recherche d’impact. Notre objectif est d’être une université reconnue par la qualité de sa recherche au Maroc et en Afrique.

Réveiller la R&D en trois mesures

Il est clair que pour une révolution R&D au Maroc tout un écosystème doit être pensé et érigé. Il est, néanmoins, possible de donner un coup d’accélérateur au secteur à travers quelques mesures ciblées. Hicham El Habti en préconise notamment trois. Tout d’abord, garantir une implication forte du secteur privé dans la recherche, à travers des incitations fiscales. Le SG de l’UM6P donne l’exemple des contrats Cifre (Convention industrielle de formation par la recherche) permettant aux entreprises d’engager des doctorants sur une durée déterminée pour travailler sur un projet de recherche. La rémunération des doctorants est subventionnée par une association (ANRT) au nom de l’Etat, et leurs travaux sont éligibles à un crédit d’impôt recherche. Le deal est win-win, profitant à la fois à l’entreprise et au doctorant. Le dispositif a été importé au Maroc en 2017, dans le cadre d’un partenariat entre le Maroc et la France (voir L’Economiste N°4960 du 14 février 2017), mais la portée en est restée limitée.
La dépense R&D globale doit, également, être impérativement revue à la hausse. «Nous en sommes encore à moins de 0,8% du PIB, or il faudrait monter à au moins 2%. Avec la participation du public et du privé, nous pouvons aller très loin», souligne El Habti. Enfin, il est important de motiver les doctorants à travers des bourses confortables leur permettant de se concentrer sur la recherche, sachant que les universités font face à des taux d’abandon de thèse monstres (9/10 au total et 4/10 parmi les boursiers). A l’UM6P, par exemple, les doctorants bénéficient d’une bourse de 10.000 DH par mois.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

                                                                 

Déjà 1.800 étudiants sur le campus de Benguerir

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Ph. UM6P

En seulement trois ans d’existence, l’UM6P a pu s’imposer en force sur le paysage de l’enseignement supérieur au Maroc. L’offre de formation de la jeune université, plutôt discrète à ses débuts, couvre trois pôles: sciences et technologie (sciences de l’ingénieur, architecture, chimie, industrie 4.0, sciences de la santé…), sciences humaines (économie, sciences politiques, relations internationales et sciences comportementales) et business.  
Sur son campus à Benguerir, elle accueille près de 1.400 étudiants, auxquels se rajoutent 400 autres relevant de l’antenne de l’école 1337. La majorité sont boursiers. Elle compte en outre une centaine d’enseignants-chercheurs. L’UM6P a mis le paquet pour attirer des profils de renommée internationale. Et pour cause, elle ambitionne de jouer sur la cour des grands. Environ le quart est formé d’internationaux. Les talents dénichés parmi la diaspora sont également nombreux (42% des enseignants-chercheurs marocains). Les fonds misés à l’université sont conséquents, mais nous n’aurons pas de précision, l’on préfère parler, dans cette «phase de construction», d’un budget «évolutif», en fonction des projets de recherche et formations lancés chaque année. L’université intègre déjà sept établissements, bientôt enrichis par deux nouvelles écoles:
• Deux écoles d’ingénieurs (management industriel et sciences de l’agriculture)
• Une école d’architecture, planning et design
• Une école de commerce (Africa business-school)
• Une faculté de gouvernance et sciences économiques et sociales
• Un institut de sciences, technologie et innovation
• Un institut de développement humain (Mahir)
• Une école d’intelligence collective qui ouvre bientôt ses portes (une première mondiale)
• Une école de management hôtelier certifiée par l’école hôtelière de Lausanne, dont le dossier d’ouverture sera déposé avant la fin de l’année.

 

 

 

 

 

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