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Economie

Algérie, l’armée pour diriger des industries?

Par Nadia SALAH | Edition N°:5788 Le 23/06/2020 | Partager
Sauver la sidérurgie d’Annaba, fleuron du développement industriel «autocentré»
Les «nettoyages» judiciaires gênent l’activité
Le pays est tenté par le repli sur soi

A Alger, plus encore que le coronavirus, la politique industrielle a été une des grandes discussions politiques autour du projet de loi de finances complémentaire, (loi «rectificative», dans le vocabulaire institutionnel marocain). Les débats ont montré qu’il n’y avait pas de changements significatifs dans les modes de raisonnements économiques.

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Le premier souci du management, dont 37 cadres sont interrogés par la gendarmerie, est de trouver où stocker la production. Elle est difficilement exportable par manque de qualité. Selon Al Watan, l’Etat a dépensé un milliard de dollars pour tenter de redresser l’entreprise. (Ph. Al Watan)

Le gouvernement proposait un changement, voire jusqu’à une suppression du «49/51». Il s’agit de l’obligation faite aux investisseurs étrangers de prendre un associé algérien pour au moins 51% des parts de l’entreprise. Le Maroc a eu une disposition semblable avec la marocanisation du début des années 1970; le texte a été abrogé en 1986. Seules les terres agricoles font encore l’objet de restrictions, sous forme de location. Le système a été abandonné car il décourage les investisseurs et développe la pratique des hommes de paille.

Pour l’Algérie, il restera en vigueur dans les domaines industriels et diverses autres activités. Mais, la politique industrielle peut aller jusqu’à faire appel à l’armée.

Règlements de compte par voie de justice

C’est ainsi que le sauvetage du complexe sidérurgique d’Annaba, s’il se fait, devra s’inscrire dans ce projet. Le ministre de l’industrie et des mines, Ferhat Aït Ali, a officiellement constaté la faillite de Sider El Hadjar, qui emploie 6.000 personnes en direct et autant en indirect. Le PDG a été changé en avril. L’ancien est aujourd’hui sous enquête de la gendarmerie. On lui reproche d’avoir gonflé les factures d’achats. Ce qui ne veut pas forcément dire que ce soit exact. La corruption est, depuis l’été 2019, la plus fréquente des accusations permettant d’écarter les cadres ayant déplu, ou bien d’envoyer des hauts dignitaires de l’armée en prison. A titre d’exemple, le général major Abdelghani Hamel vient d’écoper 12 ans de prison ferme pour avoir modifié l’emploi d’un terrain agricole de 1.400m2 et d’avoir usé de son influence pour ce faire (un terrain de foot compte entre 4.050 et 10.800m2).

Un fleuron de l’industrie

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Le logo du complexe sidérurgique algérien, implanté à El Hadjar, près d’Annaba, re-inauguré par Houari Boumediene et Fidel Castro en 1972. A l’époque, les Algériens avaient toutes les raisons d’être fiers de cet outil (une fois et demi plus puissant que Sonasid) et qui fut équipé de nombreuses infrastructures annexes

Pour ce qui est du complexe Sider El Hadjar, ouvert en 1969, ses difficultés sont un coup dur, car elle a été le fleuron de l’industrialisation algérienne dans les années 1970-80. Elle était l’exemple de la doctrine de «l’industrie industrialisante». Arcelor Mital, en prend le contrôle suite à la privatisation, puis l’abandonne en 2016 après des séries de différends avec l’Etat algérien, qui lui reproche de ne pas produire assez.

Après la renationalisation, Sider El Hadjar enchaîne des mécomptes et les pannes, jusqu’à l’arrêt complet dû au confinement de la coronavirus. Ses comptes sont actuellement saisis par la caisse d’assurance sociale.

Néanmoins, le ministre de l’industrie et des mines veut relancer l’activité. Il a indiqué que cela pourrait se faire en rattachant ce complexe à l’armée: «cette infrastructure a besoin entre autres, de discipline et de vision dans la gestion» a déclaré le ministre, pour expliquer sa proposition.

Dans la même veine, Ferhat Aït Ali, souhaite «chasser les étrangers» utilisant les ports secs, et économiser 4 milliards de dollars sur les 12 que l’Algérie consacre aux importations de produits transformés et de consommation. Il souhaite constituer une base de données pour répertorier tous les produits dont son pays a réellement besoin. Rabat avait caressé un projet similaire au tout début des années 1980. Il a vite été abandonné: infaisable à cause de l’immense diversité des produits existants déjà à l’époque.

L’industrie industrialisante

L’industrie industrialisante est un concept de développement économique, issu du monde marxiste. Il fut à la mode dans les années 1960-70. Il a été posé par un universitaire français, Gérard Destanne de Bernis, qui fut conseiller du gouvernement algérien de Houari Boumediene.
Il a laissé peu de traces écrites de sa théorie, sauf dans un livre collectif, «L’Afrique de l’indépendance politique à l’indépendance économique».
L’idée est que, quel qu’en soit le coût, chaque pays doit produire tout ce dont il a besoin. Pour y arriver, il faut commencer par l’industrie lourde, la sidérurgie, puis descendre toute la filière en passant par les machines-outils, jusqu’au simple clou. Le symbole de cette théorie fut justement le complexe sidérurgique algérien Sider El Hadjar.
En suivant la théorie de l’industrie industrialisante, Alger a, d’une part gaspillé les ressources des hydrocarbures et, d’autre part abandonné son agriculture.

N.S.

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