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Tribune

Prospective monde et Maroc post-corona: Ce qui va changer, ce qui doit changer

Par Najib MIKOU | Edition N°:5773 Le 02/06/2020 | Partager

Najib Mikou est consultant en Prospective et Etudes stratégiques

À en croire des voix et des plumes qui foisonnent par-ci et par-là, le post-corona sonnera et résonnera la fin d’une planète mondialisée, où les pays ont délocalisé toute activité non compétitive sur leur sol, pour un retour aux États forteresses, attachés à leur souveraineté et à leurs productions nationales dans tous les domaines, quel qu’en soit le prix.
Coronavirus oblige, personne ne veut plus entendre parler d’une Chine lointaine qui fournit l’essentiel du monde, du fin détail de ses besoins domestiques, jusqu’au plus complexe de ses besoins technologiques. L’on ne parle plus que de relocalisations à outrance ou à défaut, de relocalisations de Chine mixée avec délocalisations partielles dans la périphérie immédiate des pays «relocalisateurs».
Face à ces réactions épidermiques et à chaud, il est nécessaire de rappeler une vérité et une complexité, avant de tenter une projection de l’avenir proche.
Pour la vérité, les «déménagements» d’industries de Chine, est un processus qui a été enclenché par les grandes multinationales depuis au moins dix ans. Il a même été  attisé davantage avec l’avènement de Trump à la tête des Etats-Unis d’Amérique.
L’on assiste depuis lors à un redéploiement vers d’autres pays asiatiques tels que le Vietnam, le Bangladesh, le Népal, la Malaisie, l’Indonésie et même l’Inde. Sans compter les quatre NPI qui font partie aujourd’hui des pays développés, à savoir la Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hong Kong.
Quant à la complexité, les relocalisations ne se décrètent malheureusement pas par coup de baguette magique et des abracadabra. Elles se mesurent par leur opportunité réelle, leur coût, les nouveaux bassins d’accueil potentiels et le temps qu’elles devraient prendre pour devenir effectives.
Le monde est allé bien trop loin dans une logique de division du travail, de coût de revient, de compétitivité, de prix et de pouvoir d’achat, qui va au-delà du seul aspect économique et financier, déjà très favorable pour l’Asie, pour avoir des imbrications et des soubassements politiques et sociaux très complexes.  

L’humanité n’avance jamais à reculons

Concernant la tentative de projection de l’avenir proche, rien n’est évidemment jamais immuable, il n’y a même d’éternel que le changement. Mais le retour du monde à la situation d’avant la mondialisation n’est pas seulement inconcevable, il est suicidaire, hors de prix à tous points de vue, miné d’embûches. Et par conséquent, rien ne pourra le provoquer, quand bien même un coronavirus aussi dévastateur. L’enjeu est civilisationnel. L’humanité n’avance jamais à reculons. Elle le fait par accumulations progressives et non par déconstructions compulsives. C’est juste le temps du futur qui change de vitesse sous l’effet des évolutions scientifiques et technologiques.
Après la fièvre du coronavirus, les esprits vont se calmer, la terre restera dans son orbite, les retours massifs au bercail originel, de grandes enseignes internationales, n’auront pas lieu et les superpuissances rebondiront de plus bel, quoique avec des égratignures ou écorchures ou même de profondes cicatrices pour les uns, et des plumes et des griffes de plus pour d’autres.
Par ailleurs, le background et les enjeux sont tellement grands, tellement imbriqués, que personne n’a la capacité ni les conditions réunies en sa faveur aujourd’hui, pour enterrer l’autre. Chacun a même peur de perdre son ennemi du moment, de peur qu’il ne se retrouve seul face au chaos ingérable. Chacun est en train de compter ses moindres pas, alors même qu’il est noyé jusqu’au cou dans cette affreuse et puante mélasse provoquée par ce maudit coronavirus.
Mais, est-ce à dire que rien ne va changer, alors que les ravages sont inédits, tout comme les amateurismes dans la propagation et la gestion de ce coronavirus?!!
L’essentiel des changements prévisibles et même nécessaires se fera bien plus dans le sens d’une meilleure sécurisation que d’une relocalisation de  l’approvisionnement des marchés internationaux, et d’une «remondialisation» plus juste que d’une mondialisation de dupes.
Les Etats-Unis d’Amérique iront jusqu’au bout dans leur guerre commerciale avec la Chine pour en tirer... les moindres pertes pour elles. La préférence nationale refera surface et gagnera du terrain au fur et à mesure, au grand profit des économies nationales. La propriété intellectuelle sera plus jalousement protégée. Les accords multilatéraux et bilatéraux seront davantage revus et corrigés, et par conséquent, des barrières tarifaires vont être de nouveau érigées à des niveaux différenciés, ainsi que les barrières extratarifaires qui seront davantage sophistiquées et remises à l’ère du temps.
En outre, les mouvements de redéploiements ciblés et non de relocalisations massives vont continuer. Les uns pour des raisons de réduction de dépendance du mono-fournisseur pour moult raisons, les autres pour des considérations d’expansion et d’infiltration géostratégique.
Quelles qu’en soient les raisons des uns et des autres, de grandes fenêtres d’opportunités vont s’ouvrir à notre pays avec justement les uns et les autres, de Pékin à Washington. De même que de grandes perspectives s’offriront à notre pays grâce à une «remondialisation» apaisée, et lui permettront notamment, de développer, de renforcer et d’élargir ses performances économiques.
- Nos sept priorités stratégiques majeures:
Mais notre pays ne peut envisager son post-corona avec des yeux totalement rivés sur les seules fenêtres que lui ouvrirait le monde extérieur, et avec des moyens intégralement mobilisés au profit de ces seules perspectives. Il a dans le même  temps, besoin des sept socles stratégiques prioritaires ci-après, pour répondre à ses propres ambitions endogènes et aux obligations de son statut d’Etat souverain. Les deux aspects étant d’ailleurs complémentaires, se croisent et se renforcent mutuellement.
1- Le socle stratégique sanitaire pour protéger la santé de ses populations à travers une santé publique performante, gratuite et accessible. Mais encore pour développer un véritable écosystème de l’industrie sanitaire qui offre à nos concitoyens et aux marchés internationaux leurs besoins dans ce domaine.
2- Le socle stratégique alimentaire pour subvenir à l’essentiel de ses besoins alimentaires et fournir aux marchés mondiaux nos produits frais biologiques, halal et conventionnels, nos produits végétaux et animaux transformés, nos produits de terroir qui jouissent de diversité et d’authenticité.
3- Le socle stratégique énergétique pour disposer du seuil stratégique nécessaire en la matière, de ses propres outils de régulation et d’approvisionnement stratégique, pour étendre et développer davantage ses énergies renouvelables et adapter les infrastructures de leur acheminement vers le consommateur national et international.
4- Le socle stratégique numérique en se dotant des infrastructures productrices du très haut débit et en accédant de plain-pied, à l’ère de la digitalisation tous azimuts, afin d’améliorer les performances de notre tissu économique, de profiter des très grandes opportunités du commerce électronique et de moderniser et fluidifier notre gouvernance publique.
5- Le socle stratégique social en formant les ressources humaines nécessaires en nombre et en compétences pour doter nos secteurs économiques et sociaux, actuels et en perspective, des profils et effectifs idoines, et en mettant en place les outils adéquats de motivation pour les maintenir dans leur pays et pour convaincre le plus grand nombre de nos compétences nationales à l’étranger de rejoindre leur pays. De même que parmi les composantes du socle social, figurent le nécessaire bien-être individuel et collectif, le transfert de la juste part du capital vers le travail, l’élargissement de la classe moyenne, le développement du monde rural, et la mise en place de filets sociaux à mailles très fines pour endiguer toutes nos vulnérabilités sociales.
6- Le socle stratégique des réserves de change, en insufflant une véritable culture de l’export, en développant ses secteurs d’exportation actuels et en perspective, notamment par un régime incitatif au moins similaire à celui de nos principaux concurrents, en élargissant d’une façon significative son offre touristique à son patrimoine culturel et à sa grande diversité florale, aux côtés du balnéaire, et en mettant en place tous les outils d’attractivité des fonds en devises, aussi bien de nos compatriotes résidents à l’étranger que d’investisseurs étrangers potentiels.
7- Le socle stratégique écologique notamment, en entamant la conversion de segments industriels en industrie verte, en développant un parc conséquent de mobilité verte, en réalisant les autoroutes hydriques et les centrales hydriques, et en renforçant notre parc forestier par la plantation et le renouvellement de millions d’hectares de forêts qui constitueront dans le même temps, le noyau focal d’un nouvel écosystème industriel.
Tout, absolument tout, prédestine le Maroc aujourd’hui, à transformer le «set» et faire du post-corona une véritable opportunité d’essor économique, de développement social et de positionnement international.
Mais tout ceci ne suffira malheureusement pas si notre gouvernance globale ne se mettra pas en musique et au diapason des défis de la tâche, dans le cadre d’une démocratie «génération 2.0», fortement insufflée par le mode de gouvernance et les acquis de la crise du coronavirus, que nul parmi nous n’est prêt ni d’oublier ni encore moins d’abandonner.
Reposant sur tous nos atouts (voir encadré Nos sept atouts majeurs) et nos priorités stratégiques (notre gouvernance doit prendre le cap de la création d’au moins autant de BNB (Bonheur national brut) que de PNB (Produit national brut)), autant de justice sociale que de croissance forte et durable, autant de biens communs que de biens privés et de méritocratie, autant de connaissances, d’intelligence, de diversité culturelle, de compétences et d’universalité que de biens matériels, autant de sérénité et de cohésion intérieures que de rayonnement international, autant de patriotisme, d’altruisme, de don de soi et de rage à servir le Maroc que d’ambitions propres, méritoires et légitimes. Ce dont il s’agit là s’appelle un Etat, une Nation millénaires.

«Remondialisation» vs «démondialisation»

L’exigence des Etats se fera dorénavant sur les deux registres suivants:
- Corona ou pire que corona, toutes les conditions doivent être réunies et assurées pour que l’amont production et la supply chain soient totalement fiables, verrouillées, imperturbables. Le niveau d’exigence et donc d’effort, sera par conséquent porté sur les pays fournisseurs qui seront jugés sur leur capacité à se conformer à des cahiers des charges normalisés, très contraignants et très stricts. C’est à ce prix que les pays importateurs pourront se protéger contre l’imprévisible et rassurer leurs citoyens aujourd’hui affolés par l’amateurisme découvert subitement à cause du coronavirus.
- La mondialisation va graduellement cesser d’être un marché de dupes, dont profitent quelques nations au dépend de tout le reste. L’on assistera plutôt à une «remondialisation» qu’à une «démondialisation».

                                                                         

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Nos sept atouts majeurs

Le Maroc est aujourd’hui, plus que jamais auparavant, un réceptacle d’atouts multidimensionnels considérables. Il compte à lui seul, les sept atouts majeurs et complémentaires ci-après, qui lui permettent de cocher les principales cases nécessaires au choix, par les différentes puissances économiques mondiales, de bassins de redéploiements alternatifs stratégiques:
1- Il a pour lui sa position géographique d’ancrage, d’intime proximité et de passage obligé avec l’Afrique, l’Europe, le Monde arabe, l’Amérique et l’Asie.
2- Il a pour lui sa stabilité politique bien assise et garantie par son régime politique plusieurs fois centenaire et fortement ancré dans sa culture indélébile, bien plus que dans sa nature.
3- Il a démontré au monde combien il est capable d’anticiper, de gérer, de réagir, de tenir avec la force de ses mains, de ses compétences et de son sens du devoir et du don de soi, la pire crise qui puisse s’abattre sur l’humanité, sur lui, alors qu’il n’est ni une superpuissance économique ni énergétique.
 

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4- Il a pour lui son ouverture économique et commerciale sur le monde à travers des accords de libre-échange avec l’essentiel des grands marchés mondiaux. De même qu’il s’est fait la main des décennies durant, dans les marchés les plus exigeants au monde, en termes de régularité d’approvisionnement en qualité et quantités.
5- Il dispose d’infra-structures financières, autoroutières, portuaires, aéroportuaires, de télécommunications, des plus performantes au monde, le prédisposant à jouer le rôle de hub financier, logistique et commercial de premier choix.
6- Il a des infrastructures de production aussi bien agricoles qu’industrielles, qui rivalisent en termes de process de qualité, avec des pays développés. Sans occulter ses capacités de production exprimées et dormantes.
7- Il a une population et une jeunesse, tout aussi tolérantes et ouvertes à «l’étranger», que prêtes à mordre pour produire, investir, s’en sortir, gagner de l’argent, avancer vers un nouveau cap de développement et de justice sociale.

 

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