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Economie

Covid-19, dommages plus que collatéraux pour la culture

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5773 Le 02/06/2020 | Partager
Plus de 100.000 emplois menacés
70% des entreprises impactées

En cette période de confinement, l’accès à la culture est tout sauf évident. Pour autant, jamais celle-ci n’a été aussi nécessaire pour nous aider à supporter et à contrer les effets psychologiques de notre isolement. Que serions-nous devenus sans la musique, les livres, les films, les séries..? Comment aurions-nous pu échapper au flux d’information en boucle et aux statistiques anxiogènes, de fuir l’ennui ou même l’angoisse?

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La place de la culture dans l’essor du tourisme n’est plus à démontrer. La place Jamaâ El Fna, désespérément vide de ces artistes et des touristes qui constituent leur principal public, nous donne une idée de la situation désastreuse créée par la crise sanitaire mondiale (Ph. A. Mokhtari)

Les acteurs du monde de la culture, au Maroc, comme partout dans le monde se sont mobilisé pour nous offrir un chemin jusqu’aux différentes œuvres, via des outils numériques. Cyber-concerts, talks, expositions virtuelles, conférences… Bien plus que cela, beaucoup d’artistes ont participé à l’élan de solidarité nationale, bien que la situation actuelle ait précipité un grand nombre d’entre eux vers la précarité.

En effet depuis le déclenchement de la crise du Covid-19 au Maroc, le secteur des industries culturelles, créatives (ICC) et événementielles est à l’arrêt. Toutes les filières sont concernées: cinéma, édition, arts visuels, audiovisuel, spectacles vivants, concerts, théâtre, tournées, galeries, festivals, événementiel. Partout dans le pays, salles de cinémas, théâtres, galeries et espaces culturels et événementiels sont restés fermés depuis le 14 mars 2020.

Des centaines d’événements, de tournages et de festivals ont été annulés. La Fédération des industries culturelles et créatives (FICC) de la CGEM estime que 100.000 emplois ont été directement impactés par cette crise sans précédent. Environ 1.100 entreprises ont accusé 70% de baisse de leur chiffre d’affaires en moyenne.

Des associations culturelles structurantes ont dû cesser leur activité. Plusieurs milliers de professionnels indépendants, d’artistes et de techniciens qui constituent l’écosystème de la création et de la production culturelle au Maroc, se sont retrouvés sans travail. 

«Même avec une carte professionnelle, l’artiste est considéré comme «un travailleur de l’informel» dans le cadre du découpage retenu pour la distribution des aides monétaires directes, décidées pour lutter contre les effets économiques et sociaux du Covid-19», précise la FICC qui estime l’impact économique de cette crise sur le secteur à 2 milliards de DH.

D’autant plus que ces industries sont essentielles pour la reprise d’une vie sociale «normale» et pour la relance de secteurs stratégiques comme le tourisme, à travers l’animation des villes et des régions. Plusieurs pays et régions dans le monde ont déjà annoncé la mise en place de fonds d’aide, dotés de plusieurs millions d’euros, pour la relance du secteur des ICC.

La ville de Paris à elle seule a débloqué 15 millions d’euros pour soutenir les acteurs culturels de la capitale, quand la ville de Berlin a mis en place un programme d’aide exceptionnelle d’1,7 milliard d’euros sur trois mois. Le gouvernement fédéral allemand a pour sa part annoncé un vaste programme d’aides de 50 milliards d’euros pour soutenir les artistes indépendants, les petites entreprises culturelles et créatives, ainsi que les médias.

Qu’en est-il au Maroc, toutes proportions gardées bien sûr? Si la Fondation nationale des Musées a annoncé une enveloppe de 6 millions de DH pour le soutien des artistes visuels marocains, et que le ministère de la Culture, lui, a débloqué quelque 13 millions de DH, il ne s’agit en réalité que du déblocage du budget, déjà prévu,  d’acquisition des œuvres pour la fondation ainsi que les arriérés de subventions de 2016 et 2017 pour le ministère.

Du côté des collectivités territoriales, grandes bénéficiaires d’évènements culturels d’envergure, c’est silence radio. Pourtant l’impact de ses activités sur les Régions est loin d’être négligeable, particulièrement comme levier du secteur touristique. A titre d’exemple, il est nécessaire de rappeler l’étude menée par la Fondation Valyans, en 2014,  sur les retombées économiques générées par le festival Gnaoua et musiques du monde au profit de la ville d’Essaouira.

Pour chaque dirham investi, le festival en a généré 17 pour la cité des Alizés. Les budgets cumulés du festival ont atteint 100 millions de DH en 16 éditions, ce qui équivaut à 1,7 milliard de DH pour la ville. Partant de ce constat, la FICC considère que la crise du Covid-19 est une opportunité pour accélérer la réforme du secteur, ce à travers l’adoption de deux axes stratégiques, complémentaires et plus bénéfiques à l’avenir.

Le premier, basé sur une approche sociale, propose de  faciliter l’accès aux espaces de vie culturelle et sociale aux jeunes, pour stimuler leur potentiel créatif et favoriser leur épanouissement. Le second axe repose sur le développement des Industries créatives et culturelles, pour que les entreprises et professionnels qui opèrent dans ces filières bénéficient d’un écosystème favorable à l’émergence d’une réelle économie de la création. Une économie qui pour se construire a besoin de vision, d’ambition, de professionnalisation, de mobilisation.

                                                                     

34 mesures d’urgence pour sauver le secteur

Face à l’urgence de la situation causée par la crise du Covid-19, et en attendant l’annonce d’une date et d’une décision autorisant les rassemblements pour la reprise de l’activité, la Fédération des industries culturelles et créatives propose 34 mesures d’urgence, transversales ou par filière, afin de préserver les emplois et assurer la relance du secteur des ICC.
Parmi ces mesures, citons:
Exonérer les entreprises pendant 6 mois des charges liées à l’IR, la CNSS et l’AMO de juin à décembre 2020, pour préserver les revenus des salariés du secteur ;
■ Créer un fonds spécial d’urgence et de rebond pour soutenir les professionnels du secteur et la création toutes filières confondues ;
■ Inciter les régions et collectivités territoriales à engager rapidement les budgets dédiés aux activités  culturelles et créatives de l’année 2020;
■ Accompagner les porteurs de projets pour la reprogrammation des événements reportés ou annulés à cause de la crise du Covid-19 et mise en place d’un calendrier événementiel adapté aux conditions de déconfinement;
■ Accélérer la modernisation du secteur par: l’adoption des textes législatifs qui doivent voir le jour  (contrat artiste, loi BMDA, extension de l’AMO aux professionnels…), améliorer les process d’attribution des cartes d’artistes, développer des plateformes digitalisées pour la diffusion des créations et productions culturelles, engager un programme de formation professionnelle; ...
La Fédération a également adressé aux autorités de tutelle une série de recommandations spécifiques, adaptées aux besoins et aux contraintes de chaque filière intégrant 18 mesures spécifiques pour la sauvegarde des emplois, le déblocage et la simplification des procédures et l’octroi de subventions ainsi que l’accompagnement des filières en difficulté.

Amine BOUSHABA

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