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Tribune

Le Covid-19, une opportunité pour le Maroc

Par Khalid AZZOUZI | Edition N°:5772 Le 01/06/2020 | Partager

Khalil Azzouzi, conseil en fusions & acquisitions et stratégie d’entreprises et fondateur du fonds d’investissement Azur Innovation. Il cumule plus d’une trentaine d’années d’expérience professionnelle dans le secteur industriel, en corporate banking et en private equity (Ph. Privée)

La crise sanitaire que nous vivons actuellement a donné un coup de frein aussi bien à l’offre qu’à la demande. Ceci n’est pas sans peser lourdement sur les finances de l’état, des entreprises et des ménages. Les entreprises se verront obligées de procéder à des coupes budgétaires, à commencer par la réduction aussi bien de leurs dépenses d’investissement que de fonctionnement.

Aussi, la consommation un des piliers principaux pour la relance économique sera fortement impactée du fait de la dégradation des revenus. Les budgets des états se verront mis à mal du recul de leurs recettes fiscales la forte sollicitation par leurs économies respectives pour le financement de la crise.

Plusieurs secteurs d’activité se trouvent touchés de plein fouet par cette crise sanitaire, certes à des degrés différents, mais à forts dommages collatéraux du fait de la corrélation des activités intra- sectorielles.

Face à un marché international qui devra connaître une période longue de convalescence et une demande intérieure en manque de revenus, conjugués à une refonte probable de l’ordre économique mondial conduite par des relocalisations stratégiques avec le leitmotiv «La préférence nationale», des mesures de relance économique aussi bien aux plans  budgétaires que monétaires devraient d’ores et déjà être mises en place par le Maroc pour anticiper la déprime post-Covid-19.

Il est certain que l’équation économique s’avèrera difficile à résoudre sans l’intervention de l’état qui devra malheureusement faire des arbitrages vu que la stimulation d’une composante économique peut en pénaliser une autre.

La situation actuelle nous incite à faire fonctionner plusieurs leviers à la fois tout en boostant l’investissement public et privé, la consommation et les exportations. Ceci appelle à beaucoup d’imagination et de courage politiques en matière de choix budgétaire, monétaire avec à la clé des objectifs quantitatifs et qualitatifs de nos fondamentaux socio- économiques sur le court, moyen et long terme. Le recours au déficit budgétaire et l’endettement extérieur utile pour le financement des investissements créateurs de richesse conjugués à l’assouplissement des contraintes prudentielles BAM seraient des options à envisager pour une sortie de la récession.

Au-delà de la vision stratégique  induite par la nouvelle économie, elle constitue une opportunité d’investissement public dans les secteurs de l’administration publique, de la santé et de l’éducation principaux moteurs de développement du pays. Ces derniers devront connaître leur révolution par l’adoption de la digitalisation grâce aux nouvelles technologies de l’information. Leur pilotage par un organe dédié serait d’un apport majeur pour le suivi des réalisations eu égard aux objectifs qui leur seront assignés.

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Les unités industrielles sont appelées à investir dans les mesures de sécurité pour éviter la propagation du coronavirus. Ce qui représente un surcoût (Ph. L’Economiste)

L’instauration de l’administration électronique apportera sans nul doute de l’efficacité, un meilleur rendement, de la transparence et une meilleure qualité de service au citoyen. L’adoption des nouvelles technologies (télémédecine, informatisation  du système de santé, etc.)  par le déploiement du travail en réseau pour améliorer la prise en charge sanitaire des personnes grâce à la traçabilité des patients et les synergies des compétences ainsi qu’une meilleure connaissance du système de soins par les pouvoirs publics et les organismes d'assurance maladie en particulier. Cette révolution technologique est d’autant nécessaire que la population vivant dans les contrées lointaines souffre d’un manque d’accès aux soins médicaux rudimentaires.

De même, la e-éducation devrait constituer une véritable solution aux problèmes que vit notre système éducatif, qui à ce jour peine à trouver sa voie, et ce grâce à la démocratisation de l’accès à l’éducation à toutes les franges de la population et en particulier à la population féminine se trouvant dans le monde rural qui souffre d’un taux élevé de décrochage scolaire pour des raisons souvent culturelles et matérielles. La e-éducation devra constituer également une solution idoine pour le renforcement de capacité et la montée en compétence du corps enseignant grâce au système de e-learning.

Il va sans dire que la réussite du déploiement de l’économie 4.0 réside dans l’anticipation de l’évolution du marché de l’emploi durant la prochaine décennie et ce par la formation de la population aux nouveaux métiers. Plusieurs métiers traditionnels se verront obligés de disparaître par  l’automatisation et la robotisation des tâches. Notre école et notre université gagneront à anticiper leur mue en s’offrant de nouvelles compétences et de nouveaux contenus de formation basés sur le développement combiné du savoir faire et du savoir être (hard skills and soft skills) avec une ouverture sur le monde extérieur par l’apprentissage intensif des langues étrangères. Notre école, en l’occurrence l’école publique,  devra jouer pleinement son rôle dans le développement humain et économique de notre pays.

L’investissement privé devra quant à lui s’accélérer sous l’impulsion de la nouvelle économie dans les secteurs de l’Agritech, l’agro-industrie, les énergies renouvelables, le pharmaceutique et parapharmaceutique, le textile intelligent, la logistique, l’aéronautique, l’automobile, l’électronique et l’électricité et les technologies de l’information. Ce sont autant de secteurs dans lesquels le Maroc jouit de véritables atouts.

Il n’en demeure pas moins que nous assisterons à une reconfiguration des zones de pouvoirs économiques par la relocalisation des industries stratégiques à leurs pays d’origine. Le mouvement économique conduit par la «préférence nationale»  renforcera les regroupements régionaux et dressera des barrières aux marchés extérieurs.

Pour ce faire, la mise en place de fonds d’investissements sectoriels public-privés multilatéraux / bilatéraux de tailles conséquentes avec des pays partenaires pour le co-investissement dans des projets stratégiques communs pourrait être une option à envisager pour des partenariats économiques régionaux gagnant-gagnant afin d’anticiper les relocalisations industrielles et les fermetures potentielles de certains marchés.

Des mesures d’incitations structurelles orientées et inscrites dans la durée (fonciers, financiers, fiscaux, code du travail, etc.) devraient d’ores et déjà être envisagées pour accompagner la dynamique d’investissement projetée.

De même, la mise en place des systèmes de rémunération basés sur le rendement par l’instauration des primes/bonus et leurs exonérations fiscales constitue à mon sens un levier incontournable pour variabiliser la masse salariale publique et privée et accroître les revenus des ménages/consommation. L’objectif de ce système de rémunération, qui sera facilité avec le déploiement de la digitalisation et des systèmes d’information, est aussi de créer un nouvel état d’esprit au sein de nos organisations pour convertir l’employé d’un simple salarié passif à un véritable entrepreneur/intrapreneur.

Une bonne nouvelle

La bonne nouvelle pour le Maroc est que la crise provoquée par le Covid-19 constitue une véritable opportunité pour activer le pivotage stratégique de notre économie et assoir un nouveau modèle économique à travers l’accélération du déploiement de la nouvelle économie 4.0 (économie numérique, réalité augmentée, objets connectés, robotisation, Intelligence artificielle, machine learning, etc.). La prise de conscience collective instaurée par cette crise sanitaire sur les challenges sanitaires et socio-économiques à venir de notre pays s’avère un bon catalyseur pour une conduite de changement sans encombre de notre modèle économique. Les stigmates de cette crise sanitaire nous dicteront désormais de nouveaux modes de consommation et de nouveaux choix d’investissement.

                                                                                

Les mesures à court terme

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Depuis sa mise en place en mars dernier jusqu’au 14 mai, 7,3 milliards de DH de crédits ont été garantis via Damane Oxygène (Ph. Ministère des Finances)

Les mesures prises à ce jour par le gouvernement, en l’occurrence la mise en place du produit «Damane Oxygène», la prise en charge des charges salariales, et le report de certaines charges fiscales, sont louables et ont permis de soulager la trésorerie des entreprises pendant la période de confinement. Toutefois, la reprise normale de l’activité à l’échelle mondiale, suivant les dires des experts, ne pourra être envisagée qu’à partir de fin 2021.

Pendant  cette période de turbulences, les entreprises devront faire face à des pertes d’exploitation  et des pressions sur leur trésorerie générées aussi bien par leurs charges de structure que par leurs engagements vis-à-vis de leurs créanciers (dettes bancaires / leasing et fournisseurs). Cette situation risquerait de mettre et par effet domino beaucoup d’entreprises en défaut de paiement en  l’absence de solutions financières adéquates.

Afin d’anticiper une détérioration du risque bancaire et partant du pays, la mise en place d’outils financiers pour le  rééchelonnement des dettes en cours avec un différé de paiement  de 3 à 4 années combiné à des financements par des dettes seniors payables in fine à des conditions avantageuses et souples moyennant garantie de l’état devraient apporter un souffle nouveau aux entreprises afin de les maintenir à flot et renforcer leurs assises financières pour le maintien de leurs activités et leurs emplois et opérer le pivotage stratégique de leur modèle économique via de nouveaux investissements qui s’avèreraient vitaux pour s’adapter aux nouvelles donnes du marché après Covid-19.

 

 

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