×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

«Tout dépendra de la capacité des Etats à réagir très rapidement …»

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5760 Le 13/05/2020 | Partager
hamza-saoudi-060.jpg

Hamza Saoudi: «Lors de la période de déconfinement, les pays auront besoin de relancer l’économie dans plusieurs secteurs de manière efficace, fluide et rapide…»  (Ph: Policy Center for the New South)

La crise engendrée par la pandémie du Covid-19 a bouleversé l’ordre de l’économie mondiale. Elle montre à quel point les économies sont très interdépendantes, vulnérables et ne sont pas préparées à faire face à un choc sanitaire de cette ampleur.

Même les pays développés et les grandes puissances économiques mondiales en ont été très négativement impactés. Hamza Saoudi, économiste au Policy Center for the New South (un think tank marocain) et auteur de la publication «Covid-19, quelles répercussions pour les pays en développement?» développe quelques points de vue.

- L’Economiste: L’issue de la pandémie du Covid-19 dépendra de la capacité des Etats à réagir. Quelles sont les mesures urgentes à mettre en place sachant que les entreprises et les ménages subissent déjà les premières répercussions?
- Hamza Saoudi:
D’abord ce qu’il faut rappeler c’est que cette crise sanitaire est unique et différente des autres crises précédentes. Aujourd’hui, près de la moitié de la population mondiale est confinée et ceci bien sûr, aura des répercussions très négatives sur l’activité économique. Le Fonds monétaire international prévoit déjà pour cette année, une contraction très importante de la croissance économique, de 3% pour l’économie mondiale, de 6,1% pour les pays avancés et de 1% pour les pays émergents et en voie de développement. Ces prévisions sont basées sur un scénario optimiste selon lequel cette crise sera maîtrisée lors du deuxième trimestre de l’année en cours. Maintenant et comme vous l’avez dit, l’issue de la pandémie du Covid-19 dépendra de la capacité des Etats à réagir très rapidement. En l’absence d’un vaccin ou d’un remède, la seule solution disponible reste la politique de distanciation et de confinement, selon les experts de la santé. Cette politique est très importante, mais elle n’est pas suffisante. Elle doit être accompagnée par des mesures urgentes de soutien aux ménages les plus impactés par cette crise. Par rapport à cette question, on peut dire qu’il y a un consensus entre les économistes à travers le monde sur l’utilité et le rôle crucial d’un revenu universel dans le contexte actuel. La politique de confinement doit être également accompagnée par des mesures urgentes d’appui aux entreprises, en particulier les TPME. Lesquelles emploient une grande partie de la population, jusqu’à 80% de l’emploi total dans les pays en voie de développement. Cette politique d’appui aux entreprises est très importante à la fois sur le plan social puisqu’elle permettra de préserver plusieurs emplois, mais également sur le plan économique. Lors de la période de déconfinement, les pays auront besoin de relancer l’économie dans plusieurs secteurs de manière efficace, fluide et rapide. Par conséquent, les pays n’ont pas intérêt à ce que la majorité de leurs TPME font faillite, sinon le système économique sera paralysé.

- Recettes fiscales, IDE, envois de fonds… quels sont les principaux canaux qui seront touchés?
- Cette crise sanitaire aura des répercussions à la fois sur l’activité économique et sur les équilibres budgétaires de plusieurs pays en développement. Un ralentissement impacterait l’économie à travers plusieurs canaux. Le premier canal est celui du tourisme. En effet, ce secteur constitue une source importante d’entrée des devises étrangères pour plusieurs pays. Vu que plusieurs compagnies aériennes à travers le monde ont annulé leurs vols et que plusieurs pays ont fermé leurs frontières afin de limiter le risque de contamination, ce secteur sera très négativement impacté. Le deuxième canal est celui du commerce. Le ralentissement de l’économie mondiale engendrera sans doute une baisse de la demande extérieure. Et ceci, exercera davantage une pression sur les recettes de devises étrangères et aggravera probablement le déficit du compte courant de plusieurs pays. Par ailleurs, la baisse de la demande internationale, ajoutée à celle des prix des matières premières et l’effondrement des prix du pétrole exerceront également des pressions sur les réserves de devises et sur les équilibres budgétaires de plusieurs pays concernés. D’un autre côté, la baisse de l’activité économique et les pertes d’emplois des diasporas dans les pays développés peuvent impacter leurs envois de fonds. Ce qui influencera les réserves de devises dans plusieurs pays.
L’autre canal concerne la sortie et la fuite des devises étrangères et des capitaux des pays émergents vers les zones sûres (euro et dollar). Ce qui pourrait également déclencher une dépréciation de la monnaie de plusieurs pays. Selon le FMI, les investisseurs ont déjà retiré 83 milliards de dollars des pays émergents. Ce qui constitue la plus grande sortie de capitaux jamais enregistrée.
Le dernier canal est celui relatif à des besoins d’investissements futurs dans l’achat des équipements de soins de santé qui seront motivés par une propagation éventuelle du virus. Ces besoins pourraient aggraver le déficit de la balance des paiements de plusieurs pays. L’ampleur de cet impact dépendra de l’évolution de la situation et de la capacité des gouvernements à bien gérer cette crise.

prevision-fmi-060.jpg

- Plus la durée du confinement est longue, plus l’impact sur le plan économique et budgétaire sera élevé. C’est une équation difficile?
- Oui effectivement c’est une équation très difficile. Ce qu’il faut souligner, c’est que plusieurs pays en développement ne disposent pas de suffisamment de marges de manœuvres budgétaires. Et donc ne peuvent pas maintenir et supporter une politique de confinement sur une longue période. Plus la durée est longue, plus l’impact sur le plan économique et budgétaire sera élevé. Il sera plus difficile pour ces pays de soutenir des éventuelles politiques d’aide et d’appui aux populations les plus défavorisées. Les risques d’éventuelles crises et instabilité sociale et politique seront donc plus élevés. Juste pour illustrer, selon les dernières estimations de l’OCDE, les mesures de confinement strictes et qui sont nécessaires pour ralentir la propagation du Covid-19 entraîneront une perte de 2% de croissance du PIB annuel pour les grandes économies par mois de confinement. L’estimation de l’impact du Covid-19 n’est pas disponible pour les pays en voie de développement, mais il serait également très négatif. D’où l’urgence d’un appui de la communauté internationale aux pays en développement pour qu’ils puissent faire face à cette crise. En parallèle, ces pays doivent agir aussi à leur niveau. D’où le besoin d’un élan national et d’un fonds social dédié à la gestion de cette crise.

- Que faire face au risque de surendettement des pays?
- Le risque de surendettement est une question à la fois très importante et délicate dans un contexte d’incertitude. La question de la dette va se poser à mon sens dans deux phases. La première concerne la réponse sanitaire apportée par les gouvernements pour gérer les aspects à court terme de cette crise. Ils concernent à la fois, les besoins d’investissement en infrastructures, en équipements et en soins de santé et pour soutenir les entreprises et les ménages en difficultés. Le défi étant la préparation du redémarrage progressif de l’économie. La deuxième phase concerne la gestion à moyen et à long termes de cette crise. Les répercussions économiques et sociales de cette pandémie vont bien durer dans le temps. Je pense que le risque de surendettement va se poser pour les pays qui n’ont pas suffisamment de marges de manœuvres et qui sont déjà très endettés. D’autres facteurs doivent être pris en compte: la durée de cette crise et l’ampleur de la propagation du virus. Afin d’éviter tout risque de surendettement et pour éviter que cette crise sanitaire se transforme en une crise économique et financière, je pense qu’il faudra bien préparer le redémarrage de l’économie. Ceci commencera par le choix stratégique des investissements dans les secteurs clés. Cette stratégie de croissance devra être soutenue par une autre de financement afin de maximiser les retombées économiques et sociales des investissements…
Il est important de souligner que l’effort d’investissement à court terme pour répondre à cette crise sanitaire peut être financé par la dette afin de préserver les vies humaines et protéger les citoyens. Par contre, l’effort d’investissement à long terme ne pourra pas être financé qu’à travers la dette. Et là il faudra penser à d’autres instruments pour le financement. La question d’efficacité des dépenses publiques et les priorités d’investissement doit être également revue. Enfin, dans le contexte actuel, une solidarité et un appui de la communauté internationale pour aider les pays les plus touchés par cette crise s’avère utile et nécessaire.

lutte-covid-19-060.jpg

Comment faire face à une crise sociale?

Pour Hamza Saoudi, «cette crise à des impacts sociaux très inégaux et qui varient d’une couche sociale à une autre. Vu l’incapacité des familles pauvres à épargner dans les bons moments et dans les périodes favorables du cycle économique, celles-ci ne pourront pas supporter un confinement sur une longue période sans aucun appui. La baisse de l’activité économique engendrera des pertes d’emplois dans différents secteurs (touristique, services, informel, TPME…). Ce qui pourrait créer des tensions sociales en interne. Les gouvernements doivent agir rapidement. Ceci à la fois pour protéger les petites et les moyennes entreprises (PME) qui sont le premier employeur dans plusieurs pays en développement et pour soutenir les personnes du secteur privé et de l’informel...».

Parcours

Hamza Saoudi est économiste au Policy Center for the New South (PCNS). Il est ingénieur diplômé de l'Institut national de statistique et d'économie appliquée (INSEA). Il travaille actuellement sur des sujets liés aux cycles économiques, au chômage, aux inégalités et à la pauvreté dans les pays en développement. Hamza Saoudi s'intéresse également aux politiques macroéconomiques de stabilisation, au commerce international et à la croissance et au développement économique à long terme. Avant de rejoindre le Policy Center for the New South, il a contribué à la conception de modèles quantitatifs de gestion des risques de crédit bancaire.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc