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Tribune

Nous gérons bien la crise…, et après?

Par Riad MEKOUAR | Edition N°:5744 Le 20/04/2020 | Partager

Riad Mekouar est enseignant d’économie monétaire et financière, marchés internationaux et mondialisation à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca (Ph. RM)

Tout de suite après la crise du Covid-19, un état d’urgence sanitaire a été décrété. Le Roi a pris toutes les décisions qui s’imposaient. Les ministères des Finances, de l’Intérieur, de la Santé et de l’Education nationale…, travaillent d’arrache-pied pour faire face à cette crise. Les F.A.R, la gendarmerie royale, la police et les forces auxiliaires veillent sur nous.

Un fonds de soutien a été mis en place et continue d’être alimenté par des dons de toutes parts. Des mesures ont été prises en faveur des salariés inscrits à la CNSS se retrouvant au chômage, des femmes et des hommes du secteur informel et des entreprises en difficulté. Un mouvement de solidarité nationale au profit des démunis prend de l’ampleur. L’espoir, tout l’espoir est que l’application des initiatives prises soit rapide et se réalise dans des conditions de transparence, afin de permettre la réalisation des objectifs visés.

Mais s’il nous appartient d’applaudir la réactivité des pouvoirs publics dans tous les domaines, il y a lieu d’attirer l’attention sur deux points qui nous semblent essentiels: La problématique du financement de l’économie dans son ensemble, et la réflexion immédiate sur le moyen et le long terme, en matière de stratégie économique et sociale.

La gestion de la crise, et de l’après crise, en matière de financement se doit d’être plus réactive, moins attentiste, moins laxiste et moins procédurière, car, il y a péril en la demeure. Au-delà des impératifs de financement immédiats, le point auquel il faut porter l’attention, toute l’attention, concerne les moyens à mettre en œuvre pour sortir de la crise et s’inscrire dans l’optique de la reprise économique. Les dégâts provoqués sont et seront considérables (et ce, sans verser dans le catastrophisme), aussi bien dans le domaine économique que social.

Dette publique, déficit budgétaire… y aller, sans complexe

En toute modestie, je me propose d’avancer quelques pistes de réflexion: Pour le court terme, une rectification de la loi de finances 2020, prenant en considération les nouvelles données générées par la crise. Un réaménagement des ressources et des dépenses s’impose.

Parallèlement à cela, pour l’après crise (et peut être dès à présent), le recours à l’endettement public (tant sur le marché national qu’international) pourrait constituer une solution pour le financement des besoins de reconstruction et de restructuration de notre économie.

Les taux pratiqués sur les marchés internationaux et les délais de remboursement accordés sont tels que, quel que soit le poids de l’endettement par rapport au PIB, son coût serait moindre que la facture à payer en cas d’une non-reconstruction, accompagnée d’une non-restructuration de notre économie (E.Duflot, prix Nobel d’économie 2019). Le déficit budgétaire pourrait s’aggraver dans des limites raisonnables, sans pour autant remettre en cause les fondamentaux parmi lesquels je souhaiterais inclure un relatif équilibre social.

En fait, nous avons plus besoin de l’Etat, en termes quantitatifs et qualitatifs. Pour ce faire, le recours à la vieille thèse keynésienne mettant l’accent sur deux mécanismes de sortie de crise s’imposerait: Une relance par la demande, et un interventionnisme étatique sur le plan économique et social.

La relance de la demande des ménages pourrait passer par une meilleure protection sociale, facilitant l’accès aux soins, à l’éducation… Mais aussi par un accroissement de leur pouvoir d’achat. Non pas à travers une augmentation des salaires, ce qui risquerait d’impacter la compétitivité des entreprises, mais par une «maîtrise» des prix. Comment? A travers un strict contrôle des réseaux de distribution, dont les maillons peuvent parfois mener à des hausses artificielles et disproportionnées des prix. Quant à la relance de la demande des entreprises, elle s’opèrerait par un accès plus simple et plus facile au financement bancaire et au foncier, et un code du travail plus souple. Ces mécanismes engendreraient alors plus de créations d’entreprises, plus de création de valeur et plus de redistribution de richesses.

Pour la relance de la demande de l’Etat, une production plus importante de biens et de services marchands, semi-marchands (prise en charge d’une partie du coût du bien ou du service) ou non-marchands. De plus, il serait souhaitable de revoir les accords de libre échange, afin de mieux protéger l’économie nationale.

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Le Maroc fait partie des pays où la part des salaires dans la valeur ajoutée créée est la plus réduite. «Entre 1998 à 2016, les salaires ont représenté en moyenne 30% de la valeur ajoutée, contre 60% pour le profit (rémunération des détenteurs de capital). De ce point de vue, le Maroc figure parmi les pays les plus inégalitaires», souligne le mémorandum sur le modèle de développement de la faculté de droit Aïn Chock de Casablanca. Un autre défi de taille

Transformer la pauvreté en levier de croissance

Ces éléments pourraient être accompagnés d’une restructuration sectorielle. Au niveau industriel:
- Le maintien de la stratégie industrielle, mettant l’accent sur les nouveaux métiers mondiaux du Maroc (automobile, aéronautique, digital…)
- La redynamisation des anciens métiers mondiaux (qui étaient et pourraient redevenir le fief des PME), soit le textile habillement, le cuir, l’agroalimentaire…, en privilégiant la demande nationale, le made in Morocco, grâce notamment à une intense politique de communication.
- Enfin, investir dans l’industrie de la pauvreté. Les petits métiers non structurés constituent en grande partie le secteur informel. Cela pourrait-être réalisé par la promotion d’ateliers et de points de vente mobiles (la solution technique existe).
Au niveau agricole, le plan vert a certes généré des résultats positifs. En même temps, il a permis de déceler des défaillances à plusieurs niveaux. Il vient d’être révisé. Un remembrement des terres adapté à nos us et coutumes serait une solution permettant l’accroissement de la productivité des terres. Une politique d’irrigation par dessalement de l’eau de mer, accompagnant une exploitation plus intense de la nappe phréatique, permettrait de se soustraire quelque peu à la faiblesse de la pluviométrie.
Au niveau touristique, ce ne sont pas les avantages fiscaux qui permettraient l’accroissement du nombre de nuitées, et donc du taux d’occupation. Une offre plus diversifiée et plus attractive, moins coûteuse et accompagnée d’un service de qualité, pourrait-être une solution, surtout si elle s’adapte aux besoins et aux moyens des nationaux.
Nous n’avons pas d’autres choix que de nous battre contre l’adversité. Ce sont là quelques idées pouvant être discutées et étudiées (par des consultants nationaux). Nous pouvons gagner cette guerre. Nous n’avons pas d’autres choix que de la gagner. Nous la gagnerons!

 

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