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Tribune

Cygne noir d’une nouvelle crise mondiale: Quelle issue pour le Maroc?

Par Marouane RAISSI - Nabil BOUBRAHIMI - | Edition N°:5720 Le 17/03/2020
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Face à la récurrence des crises et aux impacts abruptes qu’elles induisent, la résilience de l’économie mondiale est mise à rude épreuve. En revanche, il serait inutile de trop épiloguer sur l’inexistence du «risque zéro». C’est une vérité aussi incontestable qu’universelle. En effet, nul ne peut se targuer de n’avoir jamais été confronté à des situations incongrues, faute d’avoir anticipé leur survenance et planifié une réaction adaptée.

Dans son analyse critique de l’«imprévisible», l’essayiste Nassim Nicolas Taleb explique que si les crises causent des préjudices à intervalles réguliers, c’est parce que les acteurs économiques sous-estiment l’occurrence des évènements extrêmes, qu’il nomme «cygnes noirs», en basant leurs comportements sur la courbe de Gauss, c’est-à-dire selon une distribution normale.

Soumettre l’économie aux lois de la probabilité et prétendre tout prévoir avec plus ou moins de précision semble être un leurre. N’aurions-nous rien appris des retours d’expériences antérieures ? (Crise asiatique en 1996, SRAS en 2003, crise des Subprimes en 2007, H1N1 en 2009, Ebola en 2014, etc.).

Bien qu’il soit utopique de s’efforcer de tout maîtriser, la planification économique, notamment publique, se doit de concevoir et mettre en œuvre des mécanismes préventifs permettant d’anticiper la survenance de certains événements, ou tout du moins d’en atténuer l’impact sur les grands équilibres de l’État.

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■ Choc systémique du Covid-19: Mobiliser la LPL ou rectifier la loi de finances?
Depuis la dernière crise financière, la question du risque systémique a été remise au centre des préoccupations des décideurs publics mais aussi des acteurs privés. La tourmente qui s’est abattue à partir de 2007 sur les marchés internationaux a exhorté le régulateur à renforcer les normes prudentielles et le dispositif de surveillance du système financier. Rétrospectivement, on n’a pas suffisamment accordé d’attention aux porosités entre la sphère financière et l’économie réelle.

Face aux menaces potentielles que fait planer la crise pandémique du Covid-19 sur les équilibres budgétaires, un tirage sur la Ligne de précaution et de liquidité (LPL) pourrait être envisagé. Cette ligne reconduite par le FMI jusqu’en décembre 2020 pour un montant de 3 milliards de dollars a pour but d’atténuer une éventuelle dégradation des réserves de changes du Royaume.

Le ralentissement de la croissance des partenaires commerciaux, le recul des recettes de voyage, la baisse de la demande extérieure adressée au Maroc et la contraction des transferts des MRE sont autant de facteurs qui pourraient exercer une pression importante sur la balance des paiements. Ces impacts potentiels plaident pour un usage des facilités offertes par la ligne de précaution.

Par ailleurs, le recours aux lois de finances rectificatives s’appuie sur le principe de sincérité édicté par l’article n°10 de la loi organique relative à la loi de finances. Le respect dudit principe requiert une appréciation des ressources et des charges de l’Etat en fonction d’hypothèses économiques et financières (taux de croissance, déficit budgétaire, taux d’inflation, etc.) qui prévalent lors de l’établissement des prévisions. Tout changement conjoncturel susceptible de rendre obsolètes ces hypothèses impliquerait l’adoption d’un budget rectificatif.

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L’équilibre des finances de l’Etat étant une responsabilité constitutionnelle incombant conjointement au Parlement et au gouvernement (article 77 de la loi fondamentale), les deux pouvoirs, exécutif et législatif, gagneraient à examiner, lors des rencontres prévues à cet effet, les marges disponibles pour adopter des mesures d’accompagnement (appuis budgétaires aux secteurs sinistrés, décalage des échéances fiscales, accommodation monétaire, etc.) tout en identifiant les activités concernées par le risque récessif en vue de prioriser les éventuelles interventions.

L’arbitrage du choix entre une loi de finances rectificative, une mobilisation des financements assurantiels de la LPL ou une combinaison des deux leviers dépend de la durée prévisionnelle de la crise sanitaire du Covid-19 mais aussi de la profondeur potentielle du choc qu’elle exercerait sur notre économie. Des simulations, à court et à long terme, des réactions de la trajectoire de croissance, de l’endettement du Trésor et des recettes publiques s’avèrent nécessaires à cet égard.

■ Pandémie du coronavirus: Quels impacts sur l’équilibre extérieur?
L’intégration absolue aux chaînes de valeur mondiales ne doit pas être l'Alpha et l'Omega de notre politique économique. La forte imbrication des économies accentue en effet le risque de contagion et de déstabilisation des processus productifs. Dans ce sens, la concentration de certains circuits d’approvisionnement de l’économie nationale sur des fournisseurs affectés et le manque de diversification des destinations des exportations d’autres pourraient amplifier les externalités négatives du Covid-19 sur l’évolution de nos échanges extérieurs.

Bien que la suspension des liaisons aériennes et maritimes avec certains partenaires, notamment la France et l’Espagne, ne concerne pas, pour l’instant, le fret commercial, cette décision se traduirait par des effets d’entraînement certains sur les performances du commerce extérieur marocain. Ces deux pays concentrent à eux seuls 45,5% des exportations et 27,8% des importations du Maroc. Quoi de plus évident! Les entreprises engagées dans des relations commerciales ou productives avec ces destinations vont inéluctablement pâtir des précautions prises en termes de flux de transport.

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En outre, une analyse fine de la structure des importations et des exportations serait utile pour identifier les branches de production, notamment industrielles, qui seront impactées tout en étudiant les alternatives en termes de produits et de matériaux de substitution. Ceci étant, la gestion post-corona des approvisionnements industriels, alimentaires et énergétiques nécessite des plans préventifs axés sur la constitution et la surveillance régulières des stocks de sécurité.

Frappées de plein fouet par la pandémie du Covid-19, les recettes des secteurs liés au tourisme et au transport international (Vols fantômes, chute des réservations, annulation de voyages et d’événements, etc.) pèseront sur le solde du compte courant. A titre d’illustration, l’Organisation mondiale du tourisme prévoit, selon un premier bilan, une baisse des arrivées de touristes internationaux en 2020 et s’attendant à une croissance mondiale négative de 1 à 3%.

A l'échelle nationale, la gestion de ce choc pandémique représente un enjeu de taille: son caractère transitoire étant incertain, il aurait éventuellement de sérieuses conséquences structurelles. Prenant la dimension de «macro-risque», le Covid-19 incite les décideurs publics à une réflexion globale pour instaurer des dispositifs coordonnés combinant les mesures prophylactiques à de nouvelles règles en matière sanitaire, budgétaire douanière, productive, etc.

Au demeurant, au lieu d’opposer fatalisme et culture du risque, il faut qu'on prenne conscience de la complexité de l’ordre mondial dans lequel nous vivons, mais aussi des vulnérabilités de notre économie, puis développer des stratégies adaptées pour faire face aux menaces qui en découlent.

                                                                             

Pour une démarche holiste de prévention et de gestion des crises

Eu égard à la nature, à la fréquence et au coût des crises économiques, les «policy makers» sont tenus de renouveler les paradigmes de la gouvernance publique. Avec l’ampleur des pressions qu’exerce la pandémie du Covid-19 sur les équilibres budgétaires et extérieurs, on comprend sans doute mieux à quel point sont profondément imbriquées les ramifications des «cygnes noirs»(*) qui perturbent vigoureusement le fonctionnement des économies, avec des répercussions allant jusqu’à la récession.

Dès lors, un «cadre permanent de gestion des crises» serait hautement recommandé pour un meilleur pilotage des événements déstabilisants ou des chocs exogènes. On pourrait ainsi envisager un élargissement des compétences du Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques créé, par la dernière loi bancaire, en vue d’assurer la surveillance  macroprudentielle et la prévention des risques. La préservation de la continuité de l’État et le renforcement de la résilience de l’économie requièrent une prise en compte des différentes dimensions des risques émergents (financière, économique, pandémique, géopolitique, énergétique, etc.).

Suivons alors résolument les conseils de Carl-Gustav-Jung pour faire de cet épisode une opportunité: «les crises, les bouleversements et la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie».

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(*) Se référer à l’ouvrage de Nassim Nicolas Taleb, «Le cygne noir. La puissance de l’imprévisible».

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