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    Tribune

    Le libéralisme: quelles réponses aux défis contemporains?

    Par Pr. Abdelmajid IBENRISSOUL | Edition N°:5699 Le 17/02/2020 | Partager

    Abdelmajid Ibenrissoul est Professeurde l’Enseignement supérieur à l’UniversitéHassan II de Casablanca. Il dirige leLaboratoire de Recherche en IngénierieScientifique des Organisations-ENCG.Il est docteur d’Etat en Sciences économiques(économétrie), docteur enIngénierie des Organisations. Sesrecherches portent sur la modélisation etl’évaluation des décisions organisationnellesdans le risque (Ph. Privée)

    Crises économiques, inégalités sociales, pauvreté, sous-développement, pollution de la planète, autant de sujets que la science économique a essayé de résoudre en vain. Pourquoi?  Un petit retour en arrière pour commencer. Au XXe siècle, la doctrine libérale est portée par la pensée néoclassique. Celle-ci se présente comme une théorie des choix individuels et articulée autour de 3 axiomes.

    D’abord,  l’agent économique, qu’il soit consommateur ou producteur, est un homoéconomicus, doté d’une rationalité forte qui lui permet d’adopter un comportement d’optimisation. Cette recherche de l’optimum est naturelle, car l’environnement est supposé stable: l’information est parfaite, l’individu connaît toutes les décisions alternatives et leurs conséquences. Dans ces conditions, l’optimum collectif est la somme des optimums individuels.

    Ensuite, le marché est la meilleure organisation d’échange entre les agents économiques. Il y a une libre concurrence entre les entreprises et  les consommateurs sont autonomes et libres aussi. Le marché assure la coordination des activités économiques. Il existe une loi qui permet la rencontre de l’offre (les entreprises) et de la demande (les consommateurs) qui permet de déterminer la quantité et le prix d’équilibre sur un marché.

    Les différents équilibres obtenus aboutissent à l’équilibre général (de Walras). La science démontre que cet équilibre est un optimum social (de Pareto): un état de l’économie tel qu’il n’est pas possible de choisir un autre état de l’économie sans détériorer la satisfaction d’une catégorie de la population.

    Les insuffisances des réponses libérales

    Enfin, la régulation de l’économie s’opère de façon automatique: lorsque l’économie est en crise, des forces naturelles se déclenchent pour la ramener en situation d’équilibre. Il n’est ni souhaitable ni nécessaire qu’il y ait une intervention quelconque dans l’économie (principe du laisser-faire, laisser-aller). La vision libérale n’est pas partagée partout.

    Une partie des critiques aux néoclassiques émane du front keynésien. Ils considèrent que c’est la demande qui crée l’offre et non pas le contraire et que par ailleurs l’économie est stimulée par l’investissement public: l’investissement induit une distribution de revenus, qui se traduit par une augmentation des investissements, laquelle provoque à son tour une augmentation des revenus (il existe un effet multiplicateur). Trois autres idées importantes complètent leur argumentaire.

    Un: l’Etat institue la monnaie et de ce fait, l’économie est d’emblée monétaire et les prix le sont aussi. La monnaie sert comme unité de compte et intermédiaire des échanges et agit aussi sur le comportement des agents économiques par le biais du taux d’intérêt, pour des motifs de spéculation, ou pour des motifs d’investissement.

    Deux: dans une économie capitaliste, il peut exister un équilibre de sous-emploi. Il n’existe pas de mécanisme qui assure spontanément le plein-emploi.

    Trois: adopter un raisonnement microéconomique n’est pas rationnel. Par exemple, si toutes les entreprises baissent leur salaire, ceci implique une baisse du pouvoir d’achat, ce qui implique une baisse de la demande, ce qui implique à son tour une hausse du chômage.

    Ces principes  poussent  Keynes à remettre en question le laisser-aller, le laisser-faire. Il est, selon lui, le responsable de la crise de 1929, et c’est à l’Etat que revient la responsabilité de corriger la situation à travers un interventionnisme très actif.

    Doctrine néoclassique, le néolibéralisme tient les phénomènes économiques pour réductibles à des modèles prêt-à-porter dont le but est d’utiliser la formalisation mathématique pour aboutir à des raisonnements «rigoureux», même si ces derniers sont loin de la réalité, et incapables de la résoudre quand elle est problématique.

    L’observation des comportements sociaux passe au second plan, après la croyance dans les postulats et hypothèses de la théorie. Il ne faut pas entendre par là qu’il faille bannir toute rigueur dans le raisonnement économique. Ce qu’il faut mettre en cause, ce sont les suppositions sous-jacentes à ce raisonnement qui appauvrissent la réalité, la dénaturent, transforment une théorie en certitude, une problématique en résultat scientifique. Il impose la rentabilité, la compétition et la performance comme uniques critères de jugement des individus et des organisations. 

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    De gauche à droite, Keynes, Hayek et Friedman les trois grands génies qui auront contribué au renouvellement de la pensée économique du XXe siècle

    L’essentiel c’est de gagner le maximum d'argent, de consommer toujours plus, d’être cet «homoéconomicus» doté de rationalité substantive. Le néolibéralisme (comme le libéralisme) soutient que la flexibilité des salaires est un facteur qui réduit le chômage, que le chômage est volontaire, que la politique économique est inefficace en économie ouverte, que la fiscalité est l’ennemi de l’initiative, que les inégalités sociales sont créatrices de croissance, que la croissance est la finalité de l’activité humaine.

    Les pays du tiers-monde sont tout simplement en retard par rapport à l’Occident, et le seul modèle de développement à leur proposer est celui de la croissance qui est en mesure de créer la richesse nécessaire pour pourvoir aux besoins des citoyens.

    Pour y arriver, il faut promouvoir le marché où on peut tout acheter et tout vendre: la santé, l’éducation, la pollution, etc. C’est de cette façon que les organismes internationaux (Bird et FMI) ont pu imposer aux pays du tiers-monde les politiques d’ajustement structurel et de privatisation du secteur public.

                                                                                 

    Le libéralisme réinventé

    Dans les années 1970, le néolibéralisme prôné par des auteurs, comme M. Friedman et F. Hayek commence à trouver un écho en Occident aussi bien auprès des universitaires qu’auprès des décideurs politiques. Il relève fondamentalement de la pensée néoclassique. Plusieurs raisons pourraient expliquer cette réinvention du libéralisme. A commencer par l’incapacité des politiques keynésiennes à résoudre les crises des années 1970 et 1980 qui secouent le capitalisme.

    Ces crises sont d’un type nouveau. Elles se caractérisent par une inflation dans un contexte récessionniste: baisse de la production et hausse du chômage (phénomène de stagflation). La vague néolibérale s’enrichit également de l’élargissement de la pensée néoclassique à de nouveaux concepts.

    Elle admet l’existence du risque et de l’incertitude de l’environnement (les comportements individuels sont supposés rationnels, mais modélisés à l’aide d’une distribution de probabilités et d’une utilité espérée à maximiser), de la concurrence et de l’information imparfaites (les stratégies des entreprises sont modélisées sous forme de jeux d’acteurs, par des coûts de transaction ou par une relation d’agence).

    lle intègre deux nouveaux acteurs économiques: la collectivité dotée d’une fonction d’utilité grâce à laquelle elle réalise des choix (économiques) sous forme d’analyses coûts-avantages, et l’investisseur sur la Bourse, reconnue comme marché des actifs financiers, qui décide selon un arbitrage risque-rendement.

    Par ailleurs, le courant néolibéral réussit à mettre en évidence l’intérêt de remplacer le modèle de l’Etat-Providence par le modèle de l’Etat compétitif: la compétitivité devient un but en soi, la loi économique et sociale dominante, et la notion de bien commun ne doit plus passer par la défense des droits économiques et sociaux de la population, mais plutôt par la promotion des entreprises et des investisseurs afin d’assurer la croissance économique.

    Loin de disparaître, l’Etat, dans la doctrine néolibérale prend le rôle de producteur des normes de compétitivité, et de protecteur du libéralisme à outrance (dérégulation, déréglementation, etc.). C’est à cette époque que des chefs d’Etat occidentaux comme M. Thatcher et R. Reagan ont revendiqué ouvertement le néolibéralisme et l’ont mis en œuvre sur le plan économique et social.

    Enfin, un facteur contribue au renouvellement du libéralisme, celui de l’attrait de la pensée néoclassique pour des chercheurs venant d’autres disciplines, ingénieurs, mathématiciens, physiciens et informaticiens. Conséquence de cet afflux: l’augmentation de la croyance dans la mesure et la modélisation mathématique.

     

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