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Culture

Tilda Swinton, l’insaisissable icône du 7e art

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5648 Le 05/12/2019 | Partager
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La présidente du jury de la 18e édition du FIFM, Tilda Swinton, lors de la cérémonie d’ouverture du festival. L’actrice et productrice iconique a fait un discours très engagé autour de la liberté de création (Ph. Abdelmajid Bziouat)

Avec son  physique de reine des glaces, complètement à l’opposé des canons hollywoodiens, elle attire les réalisateurs les plus exigeants.  L’actrice, performeuse, Tilda Swinton a fasciné, au cours des deux dernières décennies, nombre de cinéastes tels Derek Jarman ou Jim Jarmusch. Cinéaste plus que comédienne, comme elle se définit elle-même, Tilda Swinton est en réalité la co-créatrice de ses rôles et des films dans lesquels elle choisit de jouer.

Une attitude qui dépasse sa fonction d’actrice et qu’elle revendique pleinement, faisant d’elle l’une des artistes les plus radicales du 7e art. Parmi ses apparitions sur écran les plus emblématiques, le rôle mélancolique chez Jim Jarmusch dans Only Lovers Left Alive.

Une certaine poésie et une présence forte qu’elle a acquise à ses débuts, à la fin des années 80, chez le maître du cinéma queer britannique, Derek Jarman. Depuis, les frères Coen, David Fincher ou encore Luca Guadagnino ont en fait leur égérie. Rencontre avec la présidente du jury de la 18e édition du Festival international du film de Marrakech.

- L’Economiste: Vous êtes l’un des personnages les plus énigmatiques et mystérieux du cinéma actuel. Quelle est la part de vous-même et celle  construite par les médias dans ce personnage?
- Tilda Swinton:
Je suis en réalité très peu au fait de la perception des médias par rapport à mon image parce que je les consulte très peu. Ça ne m’intéresse pas vraiment. En revanche, ce qui m’intéresse c’est ce que les gens peuvent percevoir d’authentique chez moi. Etant moi-même cinéaste depuis de nombreuses années, ce que j’aime le plus c’est ce sentiment de fidélité et de camaraderie que l’on peut ressentir. C’est pour cela que je travaille souvent avec les mêmes personnes, parce que j’aime la sincérité et la profondeur des relations.

- Vous parlez certainement de Derek Jarman, l’un des  réalisateurs avec lequel vous avez une relation très particulière?
- Vous savez, je n’ai jamais voulu être une actrice, et cela ne m’intéresse toujours pas. Je me considère plutôt comme une cinéaste travaillant avec d’autres cinéastes.  Ceci s’explique par le fait que j’ai commencé à travailler avec Derek Jarman qui était dans un univers très expérimental à l’époque.  Nous avons travaillé ensemble pendant 9 ans. Il me demandait beaucoup d’improvisation, beaucoup de travail sur des silences et beaucoup de parts de moi-même.  Ce n’était pas du tout une manière classique de faire du cinéma et c’est ainsi que j’ai commencé. Quand il nous a quitté malheureusement, en 1994,  j’avais déjà acquis cette capacité d’interprétation. Plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer  beaucoup d’autres réalisateurs qui aimaient travailler dans ce cinéma expérimental comme les frères Coen.

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L’une des plus belles scènes du cinéma actuel, Tilda Swinton, dans un rôle très mélancolique du film Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch tourné en grande partie à Tanger (Ph. DR)

- C’est cette expérience qui vous permet d’apporter beaucoup de vous-même à vos rôles?
- Oui, je suppose. Mais pour moi la première étape est toujours la relation avec le réalisateur et quels rapports j’entretiens avec lui. La deuxième étape est la nature du projet et en dernier vient la question de ma prestation ou ma performance dans le film.  C’est pour vous dire que le jeu d’actrice est ce qui m’intéresse le moins dans le film. Je suis plus emballée par la collaboration, c’est là où je mets toute mon énergie. Les rôles qui m’interpellent le plus sont ceux qui déclenchent une étincelle chez moi. Des personnages qui ne sont pas forcément en rapport à ma vie personnelle, mais peut-être par rapport à quelque chose que j’ai observé, que je ressens, que j’ai envie d’exprimer ou qui me sont inspirées par une autre personne qui m’est chère… C’est à ce moment-là que je vais décider de m’approprier ce personnage et de l’incarner.

- L’une des plus belles scènes du cinéma actuel, est certainement votre performance dans Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch . Cette scène où l'on vous voit allongée en caftan au milieu d’un capharnaüm  de livres et d’autres artefacts. Quel regard portez-vous sur l’esthétisme de ce film?
- Oui, moi aussi, je trouve que cette scène est très belle (rire). C’est un film très important pour moi. Avec Jim Jarmusch, nous avions le projet de faire un film ensemble depuis longtemps, et nous en discutions souvent. Et il s’est justement inspiré  de nos conversations pour l’écrire. C’était la première fois que je venais au Maroc, à Tanger. Dans un film, le cadre est très important pour moi, certainement beaucoup plus important que chez d’autres acteurs plus classiques. Tout autant que chez Jim Jarmusch. Sa manière de filmer est très captivante. Elle donne un aspect un peu éternel à ses images. C’est encore plus vrai dans ce film et dans ces décors de Tanger et ce vis-à-vis au détroit. Tout cela donne quelque chose d’irréel et magique. J’avais l’impression d’être dans un conte… La belle et la bête.

- Votre manière de travailler s’approche beaucoup plus de la performance artistique que d’un jeu de comédienne. Vous considérez-vous comme une artiste globale ou comme une véritable actrice?
- Je n’ai jamais eu de formation d’acteur. Ce qui est le plus important pour moi c’est la présence. Je crois beaucoup en ça. J’adore par exemple la présence de l’âne dans le film de Au hasard Balthazar d’André Bresson (1966 ndlr). Je crois en cette authentique présence qui donne du relief à un rôle. Je ne dis pas qu’il est impossible de combiner une certaine sophistication dans le jeu à une forte présence, mais pour moi un jeu trop sophistiqué peut nuire à cette intégrité et authenticité que je recherche. Le cinéma est trop pur pour cela.

Propos recueillis par Amine BOUSHABA

 

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