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    Dossier Spécial

    Les nuages s’amoncellent sur l’économie

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5643 Le 28/11/2019 | Partager
    Trop de sources de désta­bilisation pour que le volume des impayés ne s’accroisse pas
    Pour la 4e année de suite, les défaillances d’entreprises sont en hausse
    Le risque le plus élevé? Un cercle vicieux dans l’une des trois grandes zones écono­miques
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    Wilfried Verstraete, président du directoire du groupe Euler Hermes: «Fin 2020, les défaillances seront de 35% supérieures à ce qu’elles étaient fin 2016. Cette hausse est d’abord le signe que les risques sont partout: la Chine par exemple, aura vu ses défaillances d’entreprises quadrupler entre 2016 et 2020» (Ph. L'Economiste)

    - L’Economiste: Un moteur chinois fatigué et une zone euro au ralenti. Cette panne de croissance a-t-elle en­traîné une recrudescence de sinistres?

    - Wilfried Verstraete: La croissance mondiale a indubitablement diminué. Les perspectives économiques sont durablement dégradées puisque nous anticipons une croissance mondiale en­core plus basse en 2020 (+2,4%) qu’en 2019 (+2,5%) qui est déjà un niveau historiquement bas. Et ensuite? Rien de meilleur, puisque nous considérons comme probable un aplatissement de la courbe de croissance économique. Les défaillances d’entreprises sont directe­ment liées au contexte économique. La réponse est donc positive: cette baisse de la croissance a entraîné une hausse des défaillances de +8% en 2019. 2020 devrait marquer une nouvelle hausse de +8% dans le monde, comme en 2019. Surtout, ce sera la 4e année de hausse: fin 2020, les défaillances seront de 35% supérieures à ce qu’elles étaient fin 2016. Par bien des aspects, cette hausse des défaillances est d’abord le signe que les risques sont partout: la Chine par exemple aura vu ses défail­lances d’entreprises quadrupler entre 2016 et 2020. La faillite était jadis un phénomène exceptionnel en Chine, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’Europe est l’autre risque majeur à ne pas oublier. La croissance y atteindra péniblement 1% en 2019, comme en 2020. Les tré­soreries d’entreprises sont tendues et les grandes défaillances, celles d’entreprises avec des chiffres d’affaires au-dessus de 50 millions d’euros, sont conséquentes. Sur ces 4 dernières années, ces grandes défaillances représentent 100 milliards d’euros, dont le quart au Royaume-Uni. Les perturbations sont nombreuses en Europe, qu’elles soient d’ordre politique (Brexit, Italie) ou réglementaire (auto­mobile). Elles remettent en cause des habitudes établies et portent en elles des  germes des sinistres de grande ampleur. En attendant, les comportements de paiement dans la filière automobile se dégradent sérieusement. C’est le premier secteur d’activité en Allemagne, ce n’est donc pas neutre.

    - Vous aviez déclaré chez un confrère belge que plus les incerti­tudes augmentent, mieux se porte votre groupe. Entre les tweets de Trump et le Brexit, vous devrez être comblé….
    -Les incertitudes qui pèsent sur le commerce mondial incitent de plus en plus d’entreprises à avoir recours à l’as­surance-crédit. Et en même temps, c’est à nous de gérer au mieux nos risques pour pouvoir continuer à fournir à nos clients la sécurité et la stabilité qu’ils nous demandent.
    Mais nous ne nous réjouissons pas de la montée des incertitudes et plus gé­néralement du ralentissement du com­merce et de l’économie mondiaux. Bien au contraire, l’essence même de notre activité consiste à faciliter le commerce international en accompagnant nos clients pour qu’ils puissent développer des relations commerciales pérennes.

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    La croissance mondiale devrait encore marquer le pas au cours des deux prochains trimestres. La reprise devrait aussi être timide. Dans l’ensemble avec 9 trimestres en dessous de 3%, T4 18 – T4 20 sera la plus longue période avec une croissance aussi faible depuis 1991-93

    - Si vous deviez brosser une car­tographie de risques, lesquels vous semblent les plus inquiétants?
    - J’aurais pu répondre l’incertitude, mais l’incertitude n’est pas un risque, puisqu’elle est déjà là. A court terme, le risque le plus élevé tient à un éven­tuel cercle vicieux dans l’une des trois grandes zones économiques du monde: une Chine qui ne parvient pas à relancer  la machine et voit davantage d’entre­prises étrangères la quitter- déplaçant une partie des chaînes de valeur ailleurs-, une Europe qui à force de broyer du noir, tombe en récession ou encore les Etats- Unis, où la période pré-électorale pour­rait virer à l’aigre, avec là aussi un risque de récession. Parmi ces trois risques, je placerais en première position le risque européen, parce que c’est celui dont la probabilité me semble la plus forte.
    Après tout, la croissance de la zone euro est plus faible en 2019 (+1,1%) qu’en 2016 (+1,7%) -une rareté dans le monde- et le risque est bien réel de voir les gouvernements tarder à utiliser les leviers budgétaires en leur possession. Et puis l’Europe court plusieurs risques: si un Brexit sans accord, des taxes amé­ricaines sur l’automobile et une dérive budgétaire dans plusieurs pays euro­péens devaient se conjuguer, la récession deviendrait le scénario central.
    La récession américaine a également une probabilité élevée, probablement dès le 1er trimestre, car les consé­quences négatives du protectionnisme américain pourraient se conjuguer avec un surcroît d’inflation préjudiciable au consommateur et une période d’atten­tisme pré-électoral, marquant histori­quement des points bas de croissance pendant laquelle les décisions d’inves­tissement sont reportées. Mais si je devais synthétiser tout cela et ne citer qu’un seul risque, je mentionnerais les impayés: il y a actuellement trop de sources de déstabilisation dans l’écono­mie pour que le volume des impayés ne s’accroisse pas.

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    Le régime de basse croissance des exportations marocaines devrait se perpétuer en 2020. L’Espagne (premier débouché) restera la première croissance. Les exportations d’engrais dans les grands pays émergents seront à nouveau dynamiques

    - Comment conciliez-vous entre l’approche de très long terme qui sous-tend l’action de tout assureur-crédit et l’instantanéité devenue presque la règle aujourd’hui?
    - Concilier ces deux impératifs est au coeur de notre stratégie. En effet, en tant qu’assureur crédit, nous sommes un acteur de long, voire de très long terme: notre entreprise est centenaire, et nous avons prouvé notre capacité à accompa­gner nos clients sur la durée.
    En parallèle, les évolutions technolo­giques récentes et en particulier la révo­lution d’internet nous permettent désor­mais de proposer nos services en temps réel, facture par facture, 7 jours sur 7 et 24h/24. Nos clients nous demandent désormais le même niveau de service, quasi instantané, que celui qu’offrent par exemple les géants américains du numérique. C’est à nous de nous adap­ter. C’est la raison pour laquelle nous investissons massivement dans nos ou­tils digitaux, au service de nos clients. Mais cela ne nous empêche pas de nous projeter dans l’avenir : nous nous trans­formons aujourd’hui pour répondre aux défis qui nous attendent à long terme.

    - Les banques de la zone euro peuvent-elles résister longtemps à un environnement de taux négatifs? McKinsey affirme qu’un 1/3 d’entre elles ne seraient plus viables car elles détruisent plus la valeur qu’elles n’en créent. Quelle est votre analyse?
    - Un environnement de taux bas joue évidemment à la baisse sur les marges du secteur financier. Cela peut aussi être une opportunité incitant les inter­médiaires financiers à investir davan­tage dans l’économie réelle. Certes les risques y sont plus élevés. C’est un peu ce que nous faisons, puisque notre acti­vité d’assurance-crédit est par nature directement indexée sur l’activité écono­mique. Toutefois, nul ne peut douter que les banques resteront significativement investies en titres obligataires à l’ave­nir, ne serait-ce que parce que les ratios de fonds propres les y contraignent. L’expérience japonaise a montré que les banques pouvaient survivre à cet environnement.

                                                                                               

    «L’Europe ne doit pas oublier son modèle de société»

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    La chimie (engrais) devrait être la première croissance des débouchés à l’exportation, suivie de l’agroalimentaire. Les véhicules ne sont plus la première croissance, pour la 2e année consécutive (problématique de secteur et de débouché)

    - L’Economiste: Quel re­gard portez-vous sur la mon­tée des forces antisystème et populistes en Europe?
    - Wilfried Verstraete: C’est à la fois compréhensible si on considère que la croissance a souvent été faible ces dernières années en Europe, et regrettable car cela impacte bien évidem­ment négativement les capa­cités de réforme et de rebond de l’Europe. Il est frappant de constater, à chaque fois que l’in­flation s’accélère un peu, la ra­pidité avec laquelle la question du pouvoir d’achat revient sur la table. Si on parle de modèle, celui de l’Europe vaut la peine d’être défendu.
    L’Europe a bâti son succès sur le libre commerce. Nos économies génèrent entre le quart et la moitié de leur PIB au travers des exportations. Il ne faudrait pas oublier que, sur le long terme, les économies ouvertes sur l’extérieur sont  celles dont la croissance est la plus forte. L’Europe doit certes répondre à la pro­blématique sociale (chômage, précarité), mais elle ne doit pas oublier ce qui fait sa force, c’est-à-dire son modèle de société ouverte dans laquelle la libre circula­tion des personnes et des capitaux est la norme.

    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

     

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