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    Culture

    Festival de Fès de la culture soufie: Un hommage à Al Shushtari en ouverture

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5618 Le 21/10/2019 | Partager
    Les poèmes soufis du prince des troubadours mis en musique
    Françoise Atlan, Marouane Hajji et Curro Piñana… guest-stars
    Des penseurs explorent «un humanisme spirituel pour notre temps»
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    «Tout modèle de développement s’enracine dans une matrice patrimoniale culturelle et un ensemble de valeurs qui sont configurées et exprimées de manière à être des valeurs universelles, reconnues en tant que telles. Au lieu de s’opposer, la spiritualité et les droits humains peuvent au contraire se soutenir et se compléter. C’est cela que l’on a essayé de définir comme «un humanisme spirituel»», analyse Faouzi Skali, président du FFCS (Ph. YSA)

    «Le festival de Fès de la culture soufie (FFCS) continue d’explorer le soufisme créant une émancipation de l’être vers un paradigme spirituel tolérant, ouvert et apportant des réponses de sagesse à des questions contemporaines très complexes». C’est en ces termes que Faouzi Skali a donné, samedi dernier, le coup d’envoi du Festival soufi.

    L’événement, qui célèbre du 19 au 26 octobre sa 12e édition, est tenu en partenariat avec le groupe Eco-Médias. Initié sous le thème: «La culture soufie, un humanisme spirituel pour notre temps», ce festival a rendu hommage au grand maître soufi Al Shushtari, le prince des troubadours.  L’Economiste revient sur les temps forts du premier week-end de cette édition 2019.

    ■ La Bouinaniya illuminée par la pensée contemporaine
    C’est à la médersa Bouinaniya que les organisateurs du FFCS ont levé le voile sur cette 12e édition. Alors que des milliers de Français manifestaient ce 19 octobre, à Paris, contre l’islamophobie, d’éminents experts, penseurs et artistes évoquaient le vrai Islam et ses valeurs d’acceptation et d’ouverture à la médersa Bouinaniya, à Fès. «La thématique retenue cette année: «La culture soufie, un humanisme spirituel pour notre temps» est un fil conducteur qui permet de circuler d’un espace à l’autre, pour décliner un programme à plusieurs volets à la fois artistique, intellectuel et spirituel», souligne d’emblée Faouzi Skali, président du festival. Et d’ajouter: «Ce programme donne aussi à penser la place du spirituel dans nos sociétés actuelles». Dans son rôle d’anthropologue, Skali sait comment aborder une spiritualité sous l’angle d’un patrimoine culturel universel. «Elle devient ainsi une richesse vivante que chacun peut découvrir et aborder en toute liberté et qui fait aussi l’objet d’échanges et de débats». Et le débat de ce 19 octobre a été animé par Carole Latifa Ameer, Amal Ayyouch et Abdelaziz Debbagh.

    ■ Sortir la culture soufie des cénacles académiques et universitaires
    Faire sortir la culture soufie des cénacles académiques et universitaires et lui redonner sa dimension participative, populaire et sociale est un enjeu culturel majeur pour le Maroc. Et c’est ce qui peut lui permettre de conserver la forme d’identité qui est la sienne, celle d’une identité plurielle ouverte et évolutive. Ce n’est pas d’ailleurs fortuit si ce festival est soutenu par des partenaires de prestige tels les ministères des Affaires Islamiques et la Culture, ou encore le groupe OCP, BMCE Bank, Société générale ou encore l’Institut Français de Fès... «La culture soufie peut nourrir et inspirer une pensée spirituelle, en l’occurrence face aux défis qui nous attendent et qui dépassent souvent nos capacités à les penser avec nos catégories habituelles. Il est remarquable que de tels échanges puissent prendre place avec des conférenciers et un public international dans une médersa du XIVe siècle et que ce même lieu accueille des débats qui concernent des questions actuelles», rappelle Faouzi Skali. «Cette continuité nous fait apprécier l’importance et la place d’une dimension historique qui sont souvent occultées dès que l’on parle de spiritualité. Cette dernière s’inscrit dans l’histoire et dans une culture et devient un patrimoine indispensable pour construire tout projet collectif», soutient Skali.

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    Françoise Atlan est une spécialiste de l’interprétation du répertoire des anciennes musiques traditionnelles arabo-andalouse, séfarade et ladino. Avec Marouane Hajji, l’ambassadeur de la musique sacrée, et Curro Piñana, l’artiste venant de Carthagène, un trio de choc était sur scène pour le spectacle d’ouverture qui s’est déroulé à guichets fermés  (Ph. YSA)

    ■ Un véritable art de vivre partagé par le plus grand nombre
    «D’année en année, le FFCS s’assagit», témoignait Moulay Abdallah Ouazzani, grand érudit. Pour cette 12e édition, le programme artistique fait la part belle au patrimoine immatériel soufi en revivifiant les grands textes des maîtres soufis. La création d’ouverture, Al Shushtari, prince des troubadours, avec trois grandes voix du chant sacré issues des trois traditions abrahamiques, incarne la pensée d’Al-Shushtari. Bien que moins étudié que ses contemporains du XIIIe siècle (Ibn ‘Arabî, Rûmî), né en Espagne et mort en Egypte, Al-Shushtari est un véritable pont entre les cultures. Ses poèmes sont toujours présents dans les moussems au Maroc et bien au-delà puisque ses chants se retrouvent jusqu’au Moyen-Orient. Le petit cheikh de la région de Meknès en est l’illustre exemple. Car si le nom de l’auteur a bien souvent disparu du répertoire, il n’en résulte pas moins que les chants d’Al-Shushtari sont très connus du public marocain qui a eu plaisir à les redécouvrir, interprétés par Françoise Atlan, Curro Piñana ou Marouane Hajji, sous la direction de Mostafa Amri. Le trio d’artistes contemporains a plongé le public du jardin Jnane Sbill dans l’Espagne d’Al-Andalus, terre de tolérance et du vivre-ensemble, où la culture soufie était un véritable art de vivre partagé par le plus grand nombre. Le spectacle inaugural s’est déroulé à guichets fermés, en présence notamment de l’ambassadeur d’Indonésie à Rabat, le consul de France à Fès, et le président de l’Université Sidi Mohammed Benabdallah.

    Le voyage des parfums

    Le 20 octobre, la culture soufie comme art de vivre était la thématique artistique du 2e jour du festival, autour d’une table ronde, d’un récital et d’une exposition d’un artiste aux talents multiples, Sami-Ali, d’origine égyptienne, à la fois professeur de psychologie, philosophe, traducteur des plus grands soufis et plasticien. Cet art de vivre sera également mis à l’honneur tout au long du festival et plus particulièrement les deux derniers jours consacrés aux parfums sacrés. La création de clôture: «Le langage secret des fleurs et des parfums», est conçue comme un voyage initiatique prenant comme guide le parfum. «Le parfum est ton guide et te conduit sur ton chemin: il t’amènera à l’Eden et au Kawthar», écrit Jalâl Al-Dîn Rûmî au XIIIe siècle dans son Mathnawî. Les 3 répertoires musicaux choisis, ceux du Maroc, de la Perse et de la Turquie, retraceront le voyage des parfums et des grands soufis. Bref, des rendez-vous à ne pas rater…

    Youness SAAD ALAMI

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