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    Université marocaine: L’urgence d’intégrer le 4.0

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5614 Le 15/10/2019 | Partager
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    Abdellatif Miraoui, ancien président de l’université Cadi Ayyad de Marrakech, enseignant à l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM): «L’université marocaine doit revoir ses contenus de formation, trop souvent désuets, privilégier les approches pédagogiques dynamiques et innovantes, s’engager plus et mieux auprès des opérateurs économiques» (Ph. AM)

    Le monde change à toute vitesse, tandis que l’université marocaine, empêtrée dans ses défis logistiques, continue de proposer le même modèle. Elle ne semble pas avoir intégré l’urgence d’une métamorphose, selon Abdellatif Miraoui, ancien président de l’université Cadi Ayyad de Marrakech (2011-2019), membre du Conseil supérieur de l’éducation, également enseignant à l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM). Or, à l’ère de la révolution 4.0, une profonde remise en question s’impose. Miraoui a récemment publié un fascicule d’une trentaine de pages reprenant les défis de l’université de demain. Il nous en livre un aperçu.

    - L’Economiste: Pendant des siècles, l’université n’a que peu changé. A l’ère du 4.0, à quoi devrait-elle ressembler?
    - Abdellatif Miraoui:
    La révolution 4.0, ou ce que je préfère appeler l’ère de la disruption, oblige l’université à changer de paradigme. Dans cette ère du «tout-intelligent», des compétences particulières s’imposent, déjà fort attendues par le secteur productif. Le diplôme est toujours indispensable, mais seul, il apparaît désormais largement insuffisant dans un environnement mouvant, où nos enfants changeront plusieurs fois de métier, d’entreprise, de statut même. Si l’université a depuis des siècles pour mission de faciliter la compréhension et l’appropriation de la connaissance, elle doit plus que jamais favoriser une société inclusive, et prévenir les décrochages. L’université doit aider les jeunes diplômés à devenir des citoyens lucides dans un monde en transformation.

    - L’université marocaine a-t-elle intégré la nécessité d’une «métamorphose»?
    - Malgré les dernières réformes, l’université marocaine, consciente des enjeux, ne fait pas encore de cette métamorphose une priorité. L’université 4.0 se déploie aujourd’hui dans une phase dite cognitive, qui se rapporte à la faculté de connaître. L’université marocaine doit donc revoir ses contenus de formation, trop souvent désuets, privilégier les approches pédagogiques dynamiques et innovantes, s’engager plus et mieux auprès des opérateurs économiques, s’ériger en épicentre actif de son écosystème économique, politique et sociétal. Sans jamais concéder sa raison d’être: La qualité et l’intégrité du savoir académique, intangibles remparts dans un monde incertain.

    - Quels seraient les ingrédients indispensables à cette transformation dans le contexte marocain?
    - Au Maroc, la croissance des effectifs universitaires impose à elle seule un sursaut impérieux. Les infrastructures matérielles ne permettent plus d’accueillir les étudiants dans des conditions  acceptables. Il est urgent d’innover parce que le système est d’ores et déjà décorrélé des besoins du monde industriel, d’où l’importance de l’innovation pédagogique et d’un rapprochement croissant avec le secteur économique.
    Cette transformation est nécessaire en premier lieu pour l’employabilité des diplômés. Dans un environnement complexe et mouvant, il revient à l’université d’amener vers l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes dotés d’esprits agiles, de la capacité à sortir des sentiers battus. Les cursus doivent conjuguer savoir-faire et savoir-être. C’est l’occasion aussi pour l’université de moderniser ses missions premières. Les fondamentaux, enseignement et recherche, doivent être reconsidérés autour d’une gouvernance dynamique. L’université qui accueille davantage de jeunes, donc de diversité, doit adopter une approche radicalement novatrice de ses prestations, avec l’appui du corps professoral et des infinies possibilités du numérique.

    - Comment former les jeunes pour un monde futur incertain, et dont les métiers sont encore méconnus?
    - D’abord, les jeunes ne doivent pas être considérés comme un risque, ou une contrainte pour l’institution, ils incarnent au contraire sa richesse et sa responsabilité. Ensuite, l’entreprise comme le secteur public, à l’ère de l’intelligence artificielle et de l’automatisation croissante des processus, requièrent des compétences sociales, collaboratives, socio-émotionnelles et transversales. Dans ce contexte, il faut changer de paradigme par l’adoption d’approches d’apprentissage innovantes et personnalisables (une pédagogie hybride et inversée). L’enseignement 4.0 forme des citoyens du monde grâce à l’internationalisation des contenus et des parcours, et à la mobilité étudiante et enseignante. A l’ère du numérique, l’université augure les mutations de la société. Elle anticipe les diplômes et les qualifications susceptibles de répondre aux métiers de demain. Cela marque une réelle transition d’un mode pédagogique axé sur l’enseignant, vers un modèle centré sur l’étudiant, qui aspire à éduquer plus rapidement, mieux, à moindre coût, de manière plus pratique et indépendamment du temps et de l’espace. L’apprentissage est en ligne, flexible, mobile. L’enseignant passe d’un rôle de «transmetteur de savoir et d’expert» à celui «d’animateur et conseiller d’apprentissage, guide de la pensée critique et facilitateur de la surcharge d’informations disponibles au bout des doigts».

    - Pour vous, la recherche 4.0 est «sociétale» et impose une innovation «transdisciplinaire». Dans quel sens?
    - La recherche 4.0 fondamentale ou appliquée ne rompt pas avec sa mission première, elle l’amplifie. Ici, les transferts irriguent l’économie, non seulement à travers les brevets et les contrats avec les entreprises, mais aussi par la somme des connaissances transférées par le biais des lauréats. Ces flux s’opèrent du local à l’international, et bénéficient, in fine, à l’ensemble de la société. La recherche 4.0 fait émerger une université entrepreneuriale qui intègre le développement économique et social dans sa mission. Elle réduit la distance, longtemps assignée, entre les sciences humaines, sciences sociales et sciences et technologies. Elle impose une recherche sociétale et une innovation beaucoup plus transdisciplinaire. L’accumulation de connaissances et la fertilisation croisée des idées entre les disciplines mettent l’université en bonne position pour anticiper les tendances futures, et la dynamique du développement technologique et social de son environnement, et au-delà. L’université met alors en œuvre des incitations et processus qui accompagnent/encouragent les chercheurs à produire, à vulgariser et à «commercialiser» efficacement le savoir-faire scientifique et technologique.

    Confions la gouvernance universitaire à des managers!

    «Il est temps de considérer l’université comme une entreprise, un employeur, un acteur majeur de son territoire, un partenaire des collectivités et des pouvoirs publics. Pour sa gouvernance, elle a besoin de managers novateurs, proactifs et capables d’intégrer la culture du résultat, tout en renforçant les lieux de prise de décision. Elle a besoin d’un système privilégiant une recherche universitaire créatrice de richesses scientifiques, technologiques, artistiques et linguistiques. Son organe de prise de décision doit être doté d’une complète autonomie. Il doit disposer de la légitimité indispensable à son bon fonctionnement, ainsi que de l’agilité nécessaire pour impulser et accélérer idées et projets innovants».

    Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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