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    Education: «En Finlande, nous jouons sérieusement!»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5614 Le 15/10/2019 | Partager
    Un modèle basé sur le jeu et l’aptitude à apprendre en perma­nence
    Recherche scientifique, un élé­ment clé
    Les programmes scolaires renouvelés tous les 5 ans
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    Les enfants en Finlande apprennent en jouant et en s’épanouissant, loin de la pression de l’évaluation continue et de la mise en compétition (Ph. DR)

    Pour se développer, la Finlande a choisi d’investir dans son capital humain, il y a de cela quelques décennies. Le pays a tout fait pour concevoir l’un des systèmes éducatifs les plus performants au monde, car il a très vite compris que tout repose sur la qualité des ressources humaines.

    A l’instar du Maroc, la Finlande ne pos­sède pas vraiment de richesses naturelles, et ne peut compter que sur sa matière grise. Elle a donc placé l’éducation en priorité des priorités. Ce fut aussi le cas de la Corée du Sud qui a réussi à créer son propre miracle économique, en misant le tout pour le tout sur ses hommes et ses femmes, et sur l’innovation. Les ingrédients de la recette finlandaise peuvent-ils servir de modèle au Maroc, qui tente depuis des décennies de réformer son école, en vain…?

    La scolarité en Finlande démarre à l’âge de 6 ans, avec une année obligatoire de préscolaire public gratuit. En dessous de cet âge, les parents peuvent mettre leurs en­fants dans des crèches privées. Le présco­laire est d’ailleurs le seul cycle qui compte des opérateurs privés.

    L’école primaire et le secondaire, obligatoires de 7 à 16 ans, sont publics et non payants. Durant cette phase, les fournitures scolaires et les services de cantine sont gratuits. Les enfants ont droit à un repas chaud quotidiennement, proposé gracieusement depuis 1948. Le pays est le premier à avoir adopté cette mesure.

    Un système égalitaire

    L’école finlandaise offre la même qua­lité à tous ses élèves. Il s’agit en fait de l’une des plus égalitaires à l’échelle inter­nationale. Il n’y a donc pas de sélection sur la base de l’origine sociale, comme c’est le cas au Maroc. Tous les enfants peuvent avoir une chance d’améliorer leur condi­tion grâce à l’école, qui joue bien son rôle d’ascenseur social.

    La recherche en éducation est cruciale en Finlande. Les programmes scolaires sont renouvelés tous les cinq ans, afin d’être à la page des dernières trouvailles scientifiques. Ceux de la formation professionnelle sont revus tous les deux ans. Le résultat se voit sur les performances des élèves finlan­dais dans les enquêtes internationales.

    «La Finlande est un petit pays de 5,5 millions d’habitants. Il est donc possible d’y mettre en application de nouvelles méthodes facile­ment, et d’en voir les résultats rapidement», explique Jari Kaihari, conseiller commercial de Business Finlande.

    Le modèle s’appuie sur d’autres ingré­dients. «Trois sont essentiels: Le jeu, ap­prendre à apprendre et la responsabilisation des enfants», explique Jonna Kangas, cofon­datrice de FinlandWay, docteur en éducation de la petite enfance, enseignante-chercheure à l’université de Helsinki. Selon la formule finlandaise, les enfants apprennent mieux en jouant, en s’adonnant à des activités qu’ils apprécient et en étant «acteurs» de leurs apprentissages.

    L’approche pédagogique utilisée est par projets (project based lear­ning). «Grâce à cela les enfants apprennent à utiliser différentes sources d’informa­tions, développent une multi littératie et des compétences analytiques», souligne Jonna Kangas. «En Finlande, nous jouons sérieu­sement!», lance-t-elle.

    A l’école finlandaise de Casablanca, Kidzmania, les espaces ont été aménagés pour intégrer cette philosophie. «Dans les salles, nous avons aménagé des coins sa­tellitaires avec des jeux autour de diverses thématiques. Chaque jour est différent. Le lundi est, par exemple, réservé à l’art et au théâtre.

    Toutes les 6 semaines, un nouveau projet est initié. Les enfants ne s’ennuient pas», détaille Ibtissam Choukri, cofonda­trice de l’école. Chaque spécialité (maths, arts, langues…) est gérée par une maîtresse principale, assistée par des aides.

    De manière générale, le modèle mise sur l’épanouissement et l’encouragement, au lieu de l’évaluation continue et de la mise en compétition des élèves. L’usage des nou­velles technologies n’est pas excessif.

    Même mal payés, ils se bousculent pour devenir enseignants!

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    Selon l’enquête internationale PISA, évaluant tous les 3 ans les acquis des élèves de 15 ans dans la zone OCDE et pays partenaires, les élèves finlandais font partie des plus performants au monde. Leurs scores en sciences, compréhension et maths font partie des cinq meilleurs (sur 70 pays)

    La qualité des enseignants fait égale­ment partie des éléments clés. Ils doivent nécessairement être titulaires d’un master en éducation et faire partie des 10% des meil­leurs lauréats. L’accès au métier est donc très sélectif. Toutefois, même s’il offre un très haut statut social, le poste ne garantit nullement un salaire élevé. C’est peut-être là l’un des défauts du système finlandais.

    «La rémunération des enseignants finlandais est en dessous de la moyenne des salaires. Ils choisissent généralement leur métier par vocation», assure Noora Laitio. Et les demandeurs sont nombreux! Le nombre de candidats aux cycles de formation aux métiers de l’enseignement est cinq fois plus élevé que celui des postes disponibles.

    Au Maroc, les filières des sciences de l’édu­cation ouvertes l’année dernière n’ont pas intéressé grand monde… La profession, de plus en plus mal valorisée, ne séduit pas les jeunes. «La dépense globale en éducation du pays ne fait, par ailleurs, pas partie des plus élevées. Mais elle est rentable», ajoute Laitio.

    Cela est sans doute dû à la gestion efficiente du secteur, contrairement au cas du Maroc, qui souffre de lacunes graves en gouvernance et en management. Malgré les 25% du budget engloutis par le secteur, le retour sur investissement reste très faible.

    Liberté d’innover

    Les enseignants sont, en outre, libres d’utiliser la méthode d’enseignement de leur choix, tout en respectant le programme national. Ils sont considérés comme des «spécialistes indépendants, au courant des besoins et possibilités de leurs élèves, et respectueux des objectifs communs». Au Maroc, l’innovation des profs n’est pas totalement libre. Elle est même parfois sanctionnée.

    Les inspecteurs pédagogiques peuvent sommer des enseignants d’arrêter des projets prometteurs, sous prétexte qu’ils ne figurent pas dans le curriculum, et leur attribuer même une mauvaise note. De quoi les démotiver. Les secrets de réussite du système finlandais semblent, tout compte fait, simples et accessibles. Le véritable enjeu est sans doute celui de la capacité à mettre en oeuvre efficacement les orienta­tions et à faire preuve de flexibilité. Tout ce que le Maroc ne sait pas faire…

    Ahlam NAZIH

     

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