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    Economie

    Industries culturelles et créatives: Avancer tous ensemble, le vrai pari

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5608 Le 07/10/2019 | Partager
    Les premières Assises ont réuni quelque 600 personnes
    Politiques, entrepreneurs, acteurs culturels… des absents tout de même
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    Pour  le ministre de la Culture et de la Communication, Mohamed Laarej, «la culture étant devenue aujourd’hui un élément essentiel du développement économique et social, et ce à travers la valorisation des industries créatives en tant que secteur à part entière» (Ph. DR)

    Une salle archicomble, une scénographie digne des conventions américaines, la Fédération des industries culturelles et créatives (FICC), de la Confédération générale des entreprises du Maroc, a réussi son pari. Celui de rassembler, pour la première fois, tout le gotha des acteurs culturels et celui des décideurs politiques et chefs d’entreprises, pour les premières assises dédiées aux industries culturelles et créatives.

    Quelque 600 personnes étaient réunies ce week-end à Rabat pour cet évènement organisé conjointement avec le ministère de la Culture et de la Communication. Objectif: «Créer les conditions d’un dialogue entre l’ensemble des acteurs publics et privés et des parties prenantes de l’écosystème permettant à chacun des participants de saisir l’importance de son rôle et le bien-fondé de ses responsables dans le processus de développement du secteur des ICC au Maroc», selon les organisateurs.

    Malgré quelques absences remarquées, du côté des institutionnels,  notamment celle du chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani, du ministre de l’Economie et des Finances Mohamed Benchaâboun, du ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle Saaid Amzazi (tous prévus dans la programmation initiale), plusieurs représentants du gouvernement et des institutions publiques étaient au rendez-vous.

    A commencer par Mohamed Laaraj, ministre de la Culture et de la Communication, Habib El Malki, président de la Chambre des représentants, Ahmed Reda Chami, président du Conseil économique, social et environnemental, Zouhair Chorfi, secrétaire général du ministère de l’Économie et des Finances.  Étaient également présents le ministre de la Justice Mohamed Aujjar, Mohamed Sajid ministre du Tourisme ainsi que Noureddine Bensouda, trésorier général du Royaume, et Mohammed Fikrat, vice-président de la CGEM.

    Du côté du landerneau artistique et culturel: directeurs de festivals, galeristes, médiateurs culturels, éditeurs, managers et tourneurs d’artistes, directeurs de compagnies théâtrales ou chorégraphiques… Des absences également, quelques sceptiques aussi, mais difficile de contenter tout le monde dans un secteur particulièrement hétérogène et complexe. Si quelques interventions étaient parfois de l’ordre du bilan, parfois complaisant, celle de Neila Tazi, la présidente de la FICC, a eu le mérite de trancher dans le vif: «Voilà plusieurs années que l’on clame, que l’on crie l’urgence… aujourd’hui, nous exigeons que la culture soit au cœur du nouveau modèle de développement.

    La culture n’est pas un luxe, c’est un droit élémentaire, un nécessaire de citoyenneté!». Selon la fondatrice du festival Gnaoua et musique du monde, il n’est plus question aujourd’hui de considérer les dépenses et les investissements en faveur du développement culturel, comme des dépenses secondaires.

    Il y a une urgence à créer «un écosystème organisé pour nos artistes et pour nos talents, des sources de revenus nouvelles, généralement profitables aux jeunes, des créations d’emplois par milliers, des impulsions réelles aux arrivées de touristes, l’attractivité des territoires, une inclusion de fait des populations, une diffusion sans limite de l’envie d’apprendre et de comprendre», affirme-t-elle.

    Zouhair Chorfi a de son côté rappelé une des recommandations essentielles des Assises de la fiscalité, à savoir celle de doter le secteur culturel d’une fiscalité adaptée. «La réflexion [était] en cours pour la refonte des mécanismes de soutien à l’activité économique, notamment les TPE et PME [et] la possibilité de rendre éligibles les entreprises du secteur de la culture aux différents mécanismes de soutien à la création des entreprises et à leur accompagnement», a-t-il indiqué.

    Inutile de rappeler, alors qu’aujourd’hui les industries culturelles occupent au niveau mondial la cinquième place dans la liste des secteurs les plus porteurs économiquement, combien nos stratèges sont en retard. «Voilà bien des années que la culture n’est plus un secteur improductif vivant sous la perfusion des pouvoirs publics», explique Neila Tazi.

    Dans ce sens Lahbib El Malki a appelé pour sa part à «réduire le gap, existant encore, entre les créateurs dans le champ intellectuel, culturel et artistique d’un côté et les acteurs économiques de l’autre». Pour lui, «il faut renforcer le lien entre ces deux visions par le biais de l’investissement mais également par la protection et le soutien aux arts et à la création».

    Ce qu’ils attendent des Assises

    ■ Brahim El Mazned, fondateur de Visa For Music et directeur artistique du festival Timitar
    «L’une des problématiques importantes qui se pose ici est celle de la régionalisation. Le centre du Maroc et les villes capitales occupent aujourd’hui le paysage médiatique et culturel. Or la culture est une nécessité pour tous  les citoyens, y compris dans les petites et moyennes localités. Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics, notamment les élus, ne gèrent plus la chose culturelle sinon son aspect évènementiel.

    ■ Nadia Choukri, historienne d’art, commissaire-priseur Eldon & Choukri
    «La démarche en question est très louable. Maintenant les attentes sont très grandes. La culture est un domaine extrêmement vaste comprenant plusieurs secteurs. Il faut dans ce cas avoir une approche sectorielle pour pouvoir amener des changements concrets et pragmatiques. Pour ce faire, il faut vraiment l’intervention de professionnels de chaque secteur pour pouvoir proposer des améliorations sur les questions fiscales, juridiques… des questions de fond plus que de forme. La culture a toujours existé au Maroc, c’est sa manifestation qui a changé, nous mettant dans une phase transitoire.
    Le tout est de prendre le bon coach pour faire du Maroc la plaque tournante principale, aussi bien du marché de l’art que de la production artistique, en Afrique et dans la région Mena. Il en a parfaitement le potentiel si tous les facteurs sont mis en œuvre».

    ■ Nawal Slaoui, fondatrice de Culture Interface pour la promotion des artistes visuels
    «Ma première attente est que la culture soit intégrée dans l’éducation nationale. C’est la culture qui crée des valeurs humaines. Ce manque de valeurs engendre malheureusement des abus de la part des producteurs, des diffuseurs et même des consommateurs. Ces assises sont une très belle initiative, j’espère qu’elles permettront d’avancer, ne serait-ce que d’un petit pas en avant. Mais je reviens toujours à l’éducation qui est la base de la création de toute valeur humaine».

                                                                                             

    Les recommandations de celui qui voulait être un artiste

    Le Conseil économique, social et environnemental a dressé dans plusieurs de ses rapports les principaux leviers permettant de tracer les contours d’une stratégie nationale de développement de l’industrie culturelle. Dans son allocution,  Ahmed Reda Chami, le président du CESE, n’a pas hésité à pousser  la chansonnette lors de l’ouverture des assises  en fredonnant:  «J’aurais voulu être un artiste… J’aurais voulu être un chanteur pour pouvoir crier qui je suis…» la chanson «Blues du business man», écrite par Michel Berger.

    ■ Renforcer l’investissement dans l’industrie culturelle
    Encourager l’entrepreneuriat dans les domaines de la culture et de la création en mettant en place un cadre légal approprié et un système fiscal incitatif favorable à l’investissement. Investir dans la culture numérique en facilitant l’accès des investisseurs aux différents fonds et programmes dédiés à encourager l’innovation dans les nouvelles technologies et en créer de nouveaux.

    ■ Mettre en place des écosystèmes destinés à la promotion de l’industrie culturelle et créative
    Un écosystème qui englobe les activités de création, de production et de commercialisation de biens, services et contenus culturels. Favoriser la création de startups innovantes dans les activités liées au patrimoine culturel, à la musique, à la chanson et à la production musicale, aux festivités et à l’industrie du spectacle, au théâtre et aux arts visuels, à l’artisanat, au livre, à la presse, à l’audiovisuel, aux multimédias interactifs, au design, à l’architecture et aux services créatifs. Création d’une cité des industries culturelles et créatives.

    ■ Assurer la protection de la propriété intellectuelle
    Outil indispensable au développement des industries culturelles et créatives sécurisant les droits et les obligations des producteurs et des diffuseurs permettant de pérenniser la création d’emplois dans les activités liées à la culture. Renforcement de la législation et des dispositifs qui permettent de préserver les droits d’auteur et les droits de propriété intellectuelle, les droits connexes conformément aux standards internationaux.

    A.Bo

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