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    Analyse

    Cannabis: La piste de la légalisation se précise

    Par Ali ABJIOU | Edition N°:5595 Le 18/09/2019 | Partager
    Une étude de faisabilité sur l’exploitation des propriétés du cannabis lancée
    Une initiative du Conseil régional du Nord avec l’Institut scientifique de Rabat
    Pharmacologie et matériaux de construction, des débouchés porteurs surtout pour la région
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    Applications nombreuses et variées pour le cannabis comme la construction et la fabrication de tissus (Ph. Adam)

    Le cannabis, une plante dont le destin est intimement lié au Nord du Maroc. Mais l’opprobre qui la touche s’estompe peu à peu. Le débat qui entoure cette plante et ses applications est, en effet, sorti depuis quelques années du domaine du tabou pour laisser la place à une discussion plus pragmatique et moins émotionnelle.

    D’ailleurs, la région peut-elle encore se permettre de tourner le dos aux bénéfices économiques que peut apporter la légalisation de la culture de cette plante? Une question que se posent plusieurs intervenants régionaux et qui face à la rareté des débouchés économiques de certaines régions du Nord, le Rif en particulier, est de plus en plus d’actualité.

    Dernière initiative en date, la résolution du Conseil de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma de financer une étude de faisabilité sur l’exploitation des propriétés du cannabis en matière thérapeutique et pharmacologique. L’initiative a été approuvée il y a quelques semaines par le Conseil, à la majorité des membres, elle sera menée en collaboration avec l’Institut scientifique de Rabat, rattaché à l’Université Mohammed V, qui se chargera de la partie scientifique.

    Un premier pas qui pourrait permettre d’y voir plus clair. Diverses études ont déjà démontré l’intérêt thérapeutique de cette plante et de sa molécule miracle, le THC, la première à avoir été isolée et identifiée. Elle forme partie d’un groupe comptant une centaine d’autres molécules baptisées cannabinoïdes et qui sont autant de pistes pour des applications pharmacologiques. Des chercheurs du monde entier étudient actuellement leurs effets potentiels surtout thérapeutiques et leurs mécanismes de fonctionnement dans le corps humain.

    Les initiatives pour l’exploitation alternative du cannabis pour des activités autres que la fabrication du haschich ne se limitent pas au domaine médical et à la santé. Tel est le cas de la construction.

    Et le jeu en vaut la chandelle. Selon une étude récemment publiée par l’institut Prohibition Partners, le Maroc pourrait drainer 100 milliards de DH de revenus de la culture du cannabis en cas de légalisation et de régulation du secteur.

    A l’horizon 2023, le potentiel en termes de chiffre d’affaires pour le seul continent africain est évalué à 7,1 milliards de dollars, un peu plus de 70 milliards de DH. C’est le cas de plusieurs pays africains intéressés par la filière du cannabis et de sa légalisation dont l’Afrique du Sud, Lesotho, Nigeria, Malawi, Ghana et la Zambie.

    Le rapport, qui s’est basé sur des données révélées par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, indique que 80% de la production du cannabis au Maroc était destinée à l’export en 2017, tandis que les 20% restants sont réservés à la consommation locale et ce, malgré qu’elle soit interdite par la loi.

    Et de préciser qu’entre 90.000 et 140.000 familles vivent de la culture et de la commercialisation du cannabis dans le nord du Maroc. La ‘filière’ emploierait environ 800.000 personnes, notant que la valeur d’un kilogramme de cannabis brut est estimée à 8 euros, et entre 3.000 et 17.000 euros une fois transformée en résine sur le continent européen.

    Ce n’est pas la première fois que le débat est ouvert en matière de cannabis. Déjà en 2016, un colloque international avait eu lieu à Tanger sur initiative du Conseil de la région pour forcer le débat sur cette plante et sa légalisation.

    Le mérite n’est pas seulement quantitatif mais aussi qualitatif car la thématique avait réussi à regrouper dans la même salle des représentants de l’Autorité comme le Wali de la Région, mais aussi des représentants du CESE, des parlementaires, des diplomates et même des cultivateurs de cette plante directement venus du Rif.

    L’Uruguay, un exemple à suivre?

    Une réflexion de la même sorte anime depuis plusieurs années divers pays en ce qui concerne le haschich, principal dérivé du cannabis, et selon plusieurs analystes, le potentiel économique que cache cette plante en serait le principal moteur. En France par exemple, le Conseil économique, social et environnemental avait déjà appelé en 2015 à entamer une réflexion sur le sujet des peines liées à la consommation de cette drogue. En effet, la France est l’un des plus grands consommateurs de cannabis de l’Europe et l’un des plus répressifs aussi.
    Mais la répression a montré ses limites. Dans d’autres pays où le pas de la légalisation a été franchi, les choses semblent bien se passer, même si l’expérience semble être de trop courte durée. C’est le cas de l’Uruguay par exemple qui a décidé d’une régulation de l’activité de culture et de consommation du cannabis à la suite d’un large consensus national.

    L’ appel de Tanger

    Les participants au colloque international sur le cannabis et les drogues qui s’est tenu à Tanger les 18 et 19 mars 2016 avaient fait un appel pour la dépénalisation de la consommation de cette drogue. Ils ont aussi demandé à ce que la culture de cette plante ne fasse plus l’objet de poursuites si elle se réalise dans le cadre d’un environnement contrôlé. En outre, lors de ce colloque, plusieurs participants ont émis un vœu pour la création d’une agence nationale pour le développement de cette culture et son contrôle à l’exemple d’autres pays, en Amérique latine notamment.

    Ali ABJIOU

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