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    Analyse

    Une rentrée universitaire sous très haute tension

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5581 Le 29/08/2019 | Partager
    Après un bac record, les facultés se trouvent sous pression
    Au moins 900.000 étudiants attendus cette année
    Les contractuels des académies se joignent à la grève des étudiants en médecine
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    Le Maroc, à la traîne dans la région, améliore son taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur. Toutefois, la massification n’a pas été correctement gérée, notamment dans les établissements à accès ouvert, encombrés et souffrant d’un déficit chronique en enseignants

    Avec la grève interminable des étudiants en médecine, et la colère montante des enseignants contractuels des académies régionales de l’éducation et de la formation, la rentrée risque d’être mouvementée. Toutefois, ce n’est pas le seul souci du ministère de l’Education nationale.

    Avec un taux de réussite record au bac cette année, les effectifs qui s’orienteront vers les universités seront encore plus nombreux, alors que ces établissements n’y sont pas forcément préparés. Comme à l’accoutumée, sur les quelque 254.000 nouveaux bacheliers en 2019, les ¾ choisiront probablement l’enseignement supérieur, contre seulement 25% pour la formation professionnelle.

    La majorité (92%, voir camembert) de ceux ayant opté pour un cursus supérieur atterrira dans les universités publiques. La rentrée universitaire est prévue lundi 9 septembre. Cependant, elle n’aura pas lieu à cette date pour tous les établissements. Les facultés à accès ouvert, et plus particulièrement celles de droit, en sureffectif et submergées par la demande, ne pourront commencer les cours que vers la troisième semaine de septembre, voire au-delà.

    La faculté de droit de Casablanca-Aïn Chock, par exemple, s’attend à une hausse des effectifs de près de 15% pour cette rentrée, contre 6 à 7% dans les années précédentes. Cela représente quelque 1.500 étudiants supplémentaires. Elle pourrait ainsi frôler la barre des 30.000 étudiants, soit 2,5 fois sa capacité réelle. Plusieurs facs de droit sont dans la même situation. 

    La massification de l’enseignement supérieur continue ainsi. A priori, plus d’étudiants dans les facs est une bonne chose, vu le faible taux de scolarisation dans le supérieur au Maroc (autour de 35%). Néanmoins, cette surpopulation des amphis n’a été ni suffisamment préparée, ni maîtrisée.

    Tandis que le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter, les ressources mobilisées bougent à peine. De 2011 à 2018, les effectifs étudiants ont progressé de 84%, alors que les budgets alloués n’ont augmenté que de 20%, les enseignants de 19% et les places pédagogiques de 39%.

    Selon le département de l’Enseignement supérieur, il existe actuellement une capacité d’accueil physique de plus de 512.500 sièges dans les universités, ce qui assure environ un million de places pédagogiques. Pour 2019-2020, le nombre d’étudiants universitaires pourrait dépasser les 900.000 (contre 860.216 l’an dernier). Par ailleurs, pour cette rentrée, 17 nouveaux établissements ouvriront leurs portes.

    Mais il s’agit principalement d’écoles à accès sélectif (EST, ENSA, ENCG, ESEF…). L’accès sélectif n’accueille en général que 12 à 13% des étudiants universitaires. Sa capacité d’absorption reste limitée, d’autant plus qu’il a intégré pratiquement 40% d’effectifs supplémentaires ces trois dernières années. Une énième hausse serait difficilement supportable.

    Mettre 40% des effectifs dans la formation professionnelle

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    L’université publique reste le premier débouché des nouveaux bacheliers. La plus grosse part atterrit dans les facultés de droit. Or, aujourd’hui encombrées, avec 250 étudiants par enseignant, elles présentent un rendement bien médiocre

    Cela dit, le véritable défi reste celui du déficit d’enseignants, dont les départs à la retraite s’accélèrent, tandis que les recrutements évoluent très lentement. Ces dernières années, près de 1.400 sont embauchés annuellement. Ce chiffre reste, toutefois, insuffisant.

    «Cette rentrée, nous comptons consentir un effort considérable pour les facs de droit», promet le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi. Encore faut-il que son département arrive à décrocher suffisamment de postes budgétaires... Dans ces facs, le ratio d’encadrement va jusqu’à 1 prof pour 250 étudiants.

    Afin de relâcher la pression sur les universités, le ministère prévoit d’orienter plus d’étudiants vers la formation professionnelle. Cela leur permettrait, également, de diversifier leurs débouchés et de mieux s’insérer sur le marché du travail.

    L’objectif est d’arriver à inscrire près de 40% des bacheliers dans la formation professionnelle d’ici 2021, notamment grâce à un système d’orientation précoce. Il faudra, également, injecter plus de nouvelles capacités d’accueil et améliorer la qualité des contenus, en association avec le monde économique.

    C’est, en fait, tout le chantier de la réforme du secteur qui devrait être activé, conformément aux récentes orientations royales. Le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, a réuni cette semaine l’ensemble de ses troupes afin de les sensibiliser à la nécessité d’accélérer la cadence pour avancer sur ce dossier stratégique. Cette rentrée, peu de choses risquent de changer pour les jeunes optant pour l’université publique.

    Globalement, 40% quittent leurs études après 2 ou 3 ans, sans aucun diplôme. Parmi ceux arrivant à en décrocher un, environ le quart se retrouve au chômage. Avec la réforme du bachelor, prévue en septembre 2020, les pouvoirs publics espèrent redresser la barre.

    Pourquoi le taux de réussite au bac a explosé

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    En 2009, seuls 45% des candidats au bac ont réussi à obtenir leur diplôme. Dix ans après, presque 78% y sont parvenus. Le nombre de bacheliers a pratiquement triplé depuis. Comment expliquer cet exploit? Eh bien, la question a plus trait à un phénomène de sélection plutôt qu’à une amélioration subite du système éducatif ou du niveau des élèves. Il y a presque 4 ans, les seuils de passage d’un niveau scolaire à l’autre ont été relevés. Seuls les élèves obtenant 5/10 au primaire et 10/20 au secondaire peuvent réussir, alors qu’avant, les notes de passage étaient inférieures à la moyenne. Ce sont donc les profils à même de réussir qui débarquent en terminale. Les autres redoublent ou abandonnent en cours de route. Par ailleurs, au bac, les parents se montrent plus engagés dans la scolarité de leurs enfants. Ils n’hésitent pas à leur payer des cours de soutien, dans l’espoir de leur garantir une place dans les grandes écoles, dont l’accès devient de plus en plus difficile en raison de l’inflation des notes.

    Ahlam NAZIH

     

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