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    Tribune

    L’Eurafrique des banques, la raison avec imagination

    Par L'Economiste | Edition N°:5574 Le 15/08/2019 | Partager
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    Rappel:
    «Pure folie», rétorque-t-on à ceux qui imaginent un espace bancaire et financier qui irait du Cap à Helsinki. Trop de différences économiques et sociales, normes non unifiées… Tout cela est vrai, et bien d’autres avanies encore (cf. L’Economiste du 9 août 2016). Mais si la raison était aussi dans l’imagination…

    D’abord, des phénomènes, pas aussi anecdotiques qu’ils en ont l’air, font douter de la capacité africaine à rejoindre un ensemble unifié du point de vue bancaire et/ou financier.

    Mais aussi, les entités africaines de droit public bénéficient de financements de l’UE. Elles sont contraintes d’accepter des conditions contractuelles qu’aucune banque commerciale n’oserait leur appliquer. Le prétexte est toujours le même: «les textes européens l’exigent».

    Que penser des Accords de partenariats économiques? Ce sont des accords commerciaux «visant à développer le libre-échange entre l’UE et les pays «ACP»», Afrique, Caraïbes, Pacifique? Le Maroc n’est pas concerné. Ils contribuent, pour les uns, «à créer des conditions propices au commerce et aux investissements en ouvrant totalement le marché de l’UE aux importations provenant des pays ACP, en favorisant l’amélioration des infrastructures, de l’administration et des services publics» de ces pays. La main du riche tendue vers celle du pauvre?

    Pour Amzat Boukari-Yabara, historien spécialiste de l’Afrique, «ces accords entérinent un véritable suicide économique et social» des «Africains qui ne peuvent pas lutter contre les intérêts européens».

    Partons dans l’autre sens! D’abord, les pères fondateurs de ces deux Unions, l’UE et l’UA, partagent une communauté d’objectifs (voir encadré). Un migrant, africain ou européen, a besoin de services bancaires dans le pays d’accueil comme dans le pays d’origine, avec des transferts au moindre coût.

    Les Etats du G8 de l’Aquila, en 2009, décidèrent, sous l’impulsion de DSK (voir encadré) de promouvoir la bi-bancarisation des populations immigrées. La décision qui a été confirmée au G20 de Cannes en 2011, conduit, indirectement, les Etats, dont ceux de l’UE, à autoriser la commercialisation, sur leur sol, de services bancaires par les banques étrangères ressortissantes d’Etats tiers, dont les pays membres de l’UA.

    Depuis, l’UE n’a rien entrepris pour harmoniser les législations nationales afin que les banques africaines offrent, sans être inquiétées par les autorités bancaires d’accueil, leurs propres services bancaires aux populations immigrées.

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    Dominique Strauss-Kahn et Nizar Baraka, tous deux anciens ministres des Finances et hommes politiques influents, ici au Forum de Paris. DSK regrette «qu’aucune relation organisée ne relie [les pays CFA] à la Banque centrale européenne et aux pays de la Zone euro» alors même que c’est «la BCE (et non le Trésor français ou la Banque de France) qui fixe les taux appelés à représenter un plancher pour les taux directeurs africains de la Zone franc». «Contrairement à une idée reçue, c’est, aux termes des Traités, l’Union européenne qui est compétente en matière d’accords de change, non point ses Etats membres (aussi engagés soient-ils dans la coopération financière avec l’Afrique». Avril 2018 (Ph. Jarfi)

    UE et UA «se font exister»

    Les deux Unions veulent assurer l’intégration politique et socioéconomique, promouvoir le développement durable aux plans économique, social et culturel, garantir la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, instaurer une «union», une «communauté» économique et monétaire.
    En second lieu, les institutions respectives des deux Unions se ressemblent: «les fondateurs de l’Union africaine ont suivi le même chemin que ceux de l’Union européenne». Et si l’UA trouve avantage à s’appuyer sur l’UE,  on ne saurait y voir un parasitisme de l’Afrique sur l’UE, loin s’en faut. L’UA et l’UE se «font exister», Catherine Le Brech, journaliste à France Info.

    Dans une prochaine édition: Eurafrique bancaire: Si on essayait ça?!

                                                                            

    La bagarre sera sournoise, violente et secrète

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     Les couteaux sont-ils déjà sortis entre Europe et Maroc? Ancien ministre socialiste français, Pierre Moscovici, commissaire européen chargé des Affaires économiques et financières, de la Fiscalité des douanes (à droite) saluant le ministre marocain des Finances et de l’Economie, Mohamed Benchaâboun (ancien président de la plus grande banque du Maroc, fortement présente en Afrique). Juste à côté du ministre, le chef de gouvernement, Saadeddine El Othmani et Mohamed Berrada. Dans les années 1980-1990, il a fortement contribué en tant que ministre des Finances, au colossal changement de référence accompli par les banques et le marché financier marocain (Ph. L’Economiste)

    Derrière les sourires diplomatiques, la bagarre a déjà commencé. Des situations que l’esprit d’équité ne peut pas admettre. Normal donc que les leçons du commissaire Moscovici aient suscité quelque agacement à Rabat. (Cf. les informations de L’Economiste en décembre 2017 et mai-juin 2019).

    Ce n’est pas tout: des représentants de l’UE murmurent que les avantages accordés par l’UE au Maroc profiteront à d’autres Etats africains, par le biais de la ZLECAf.

    Le commissaire européen a délivré ses leçons lors des Assises de la Fiscalité de mai 2019, à Skhirat. Il exige «transparence et bonne gouvernance fiscale» du Maroc, tout en se disant «attaché» aux «impératifs de souveraineté fiscale».

    Ainsi, Moscovici enjoint-il le Royaume de réformer les «régimes considérés comme dommageables, notamment les Zones franches d’exportation, les entreprises exportatrices et le régime de Casablanca Finance City». «Le Maroc s’est engagé à réformer avant fin 2019», ajoute-t-il sans que l’on puisse savoir si c’est une fake news pour les besoins de la pression ou si l’engagement est réel. Dans ce dernier cas, on ne connaît pas le contenu exact de l’engagement. (Cf. le commentaire de Mohamed Benabid, L’Economiste du 3 mai 2019, Assises fiscales).

    Nous avons, d’une part, un Etat qui, à des fins de développement économique et social, offre, en toute transparence, à des entreprises qui s’installent sur son sol, y investissent et y créent des emplois, un régime fiscal de faveur.

    Les termes sont connus de tous et, d’autre part, tel autre Etat dont la fiscalité, ou l’absence de fiscalité, n’a pour objet que de collecter des flux d’argent, sans s’interroger sur leur origine, ni même leur finalité? Dans le premier cas, on parle de politique et de stratégie industrielle; dans le second, de spéculation pure et de blanchiment.

     

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