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    Analyse

    Amzazi: «La qualité des enseignants, le nerf de la guerre»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5574 Le 15/08/2019 | Partager
    Au moins 3 cycles de formation par an seront programmés
    Pour couvrir 250.000 profs, il faudra 1,5 milliard de DH
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    Saaïd Amzazi, ministre de l’Education nationale: «Dans notre système éducatif il existe, malheureusement, un clivage entre les deux composantes publique et privée. Or, l’éducation doit être assurée avec la même qualité à tous les enfants, indépendamment de leur niveau social. Les réformes que nous menons œuvrent à mettre fin à cette école à deux vitesses, car il est impératif qu’il n’y ait qu’une seule école nationale, privée ou publique, puisque le privé est le prolongement du public» (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Tous les chantiers lancés dans le cadre de la réforme supposent une implication forte des enseignants. Comment les engager?

    - Saaïd Amzazi: C’est effectivement un élément essentiel, partant du postulat selon lequel «un système éducatif ne peut être plus performant que ses enseignants». Les nôtres, il faudrait d’abord reconnaître leurs efforts, les valoriser et répondre à leurs revendications sociales. Depuis mon arrivée au ministère, parmi les dossiers en attente, six ont été réglés, dont deux relatifs aux enseignants de l’échelle 7 et 8, et ceux de l’échelle 9, à qui il fallait accorder des promotions exceptionnelles. Ces réajustements de carrière ont une incidence financière conséquente. Nous ne pouvons donc avancer sur les différents dossiers que progressivement. Sachant qu’il existe, par ailleurs, des revendications au niveau de l’Enseignement supérieur. Et à juste titre! Il faut absolument appuyer, aussi, l’effort fourni par les professeurs universitaires.

    - La formation continue est également cruciale…
    - En effet, les enseignants doivent être formés aux nouvelles approches pédagogiques qui évoluent sans cesse. Il est indispensable d’accompagner chaque enseignant dans son activité avec ses élèves. Auparavant, nous formions les enseignants à l’extérieur de leurs classes, pour une durée de 5 jours, sur des thématiques généralistes. L’approche s’est avérée peu efficiente. C’est la raison pour laquelle nous privilégions désormais un modèle de formation continue in situ, à travers lequel nous accompagnons l’enseignant au sein de sa classe, en ciblant ses besoins spécifiques, déterminés par le niveau de la classe et la discipline enseignée. L’idée aujourd’hui est de programmer au moins 3 cycles de formation de 5 jours par an, durant lesquels nous mettrons à contribution l’outil numérique.

    - Qui pourrait assurer cet accompagnement en classe?
    - Les inspecteurs pédagogiques et les enseignants des Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation  (CRMEF). Mais la formation continue a un coût. Pour que nos quelque 250.000 enseignants puissent bénéficier de la formation, à raison de 3 sessions par an, il faudra mobiliser plus de 1,5 milliard de DH. Un budget qui devra impérativement être programmé dans la loi de finances 2020.
    - A partir de quand pourrait-on voir les résultats des réformes menées?
    - Le propre des réformes éducatives est qu’elles nécessitent du temps avant que leurs effets ne soient perçus. La première promotion des enseignants formés en 5 ans arrivera à l’école en 2023. L’impact de la réforme pédagogique sur les acquis des élèves, nous ne le verrons qu’après un cycle entier de scolarité, c’est-à-dire, du préscolaire à la terminale. Ce qui est important, c’est que nous ne prenions aucun raccourci, que nous affrontions toutes les difficultés. D’ailleurs une plateforme numérique nous permet d’assurer un suivi quotidien de l’ensemble des chantiers lancés. Nous menons une réforme en profondeur, qui va de la petite enfance au doctorat. Il faut de la patience, de la mobilisation, de la confiance, et surtout, moins de dénigrement.

    - Mais le terrain nous ramène souvent à la dure réalité…
    - C’est une réalité quasi-universelle, à imputer à la mutation de nos sociétés contemporaines, qui se caractérisent par une perte de valeurs, une montée de la violence et de l’extrémisme, ainsi qu’une plus grande exposition au risque de précarité. L’école étant le miroir de la société, elle se trouve forcément affectée par ces transformations. C’est loin d’être une spécificité marocaine.

    - L’école est aussi un acteur de transformation sociale…
    - Absolument, et les efforts remarquables menés par nombre d’enseignants, de directeurs et d’inspecteurs nous le rappellent chaque jour. J’ai grandement confiance en notre projet. C’est avec beaucoup de passion que j’appréhende ce chantier, et cette passion grandit de jour en jour, car nous sommes face à une opportunité de réforme à ne rater sous aucun prétexte. Nous pouvons dire que toutes les planètes sont enfin alignées pour que le Maroc puisse réaliser ce miracle éducatif dont parle la Banque mondiale. Il faut donc que toutes les forces vives de notre société s’impliquent dans cette réforme, les familles en particulier. La Corée a remporté le défi éducatif parce que les familles se le sont approprié pendant 30 ans, allant jusqu’à en faire une véritable obsession. Pourquoi les familles marocaines ne relèveraient-elles pas, elles aussi, ce défi?

    Entre-temps, le monde change à vitesse grand V…

    C’est la raison pour laquelle le numérique est capital. La classe de 2030 ne ressemblera pas à celle d’aujourd’hui. Les méthodes d’apprentissage aussi changeront. L’approche par compétences sera dépassée. Elle est déjà en train d’être remplacée par l’approche par projets. L’auto apprentissage et le travail personnel de l’élève/étudiant seront prédominants. Tout ceci doit être intégré dans notre façon de concevoir l’école de demain.

    Propos recueillis par Ahlam NAZIH

                                                                              

    «Le Plan d’urgence a sauvé l’université!»

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    Depuis 2010, l’effectif d’étudiants universitaires a été multiplié par environ 2,5. Les moyens en place n’ont pas suivi. Mais sans les budgets alloués durant le Plan d’urgence, la massification aurait pu être bien plus pénible à vivre par les universités

    Si au niveau du primaire et secondaire le Plan d’urgence 2009-2012 a déçu, il n’en a pas été de même dans le supérieur. «Le Plan d’urgence a sauvé l’université marocaine», assure le ministre de l’Education nationale Saaïd Amzazi, également ancien doyen de faculté et ex président d’université.

    Durant ce programme, les universités ont accédé pour la première fois à des budgets conséquents, qui ont servi à réhabiliter les infrastructures, à élargir les capacités d’accueil et à renforcer les équipements pédagogiques. «Ces fonds sont tombés à pic pour nous permettre de faire face à un phénomène que nous n’avions pas vu venir: La massification», souligne Amzazi.

    «Le Plan a, également, apporté une nouvelle façon de gouverner, basée sur la contractualisation entre universités et ministère, sur des indicateurs de rendement, d’efficience et de productivité. C’était un changement de paradigme qui a permis à l’université de libérer son potentiel et de consacrer son autonomie», poursuit-il. Mais tout s’est subitement arrêté en 2012-2013, date d’arrivée du gouvernement Benkirane.

    Les budgets ont été coupés, alors que les universités étaient engagées sur des marchés. Beaucoup de projets ont fini par être annulés. Avec le gouvernement El Othmani, la situation s’est, toutefois, améliorée. Les universités sont, par ailleurs, plus actives sur la formation continue et les prestations de services, ce qui leur permet d’augmenter leurs revenus.

    A.Na      

     

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