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    Tribune

    Football: Il est temps de penser à une vision gagnante sur le long terme

    Par Youssef DEBBAGH | Edition N°:5563 Le 24/07/2019 | Partager

    Titulaire d’une maîtrise en e-commerce à HEC Montréal et expert en Inbound marketing, il est également diplômé du mastère en management du sport à l’Iscae. Il s’intéresse particulièrement à l’utilisation des statistiques pour une meilleure prise de décision dans le domaine du sport, sur et en dehors du terrain. A ce sujet, il a participé à la «Sports analytics conference» organisée par le MIT (Ph. YD)   

    La coupe d’Afrique des nations (CAN) de football 2019 vient de se terminer en Egypte avec une victoire méritée de l’Algérie et encore une fois les supporters, analystes, journalistes et tous les amoureux du ballon rond au Maroc contemplent cela et se posent cette éternelle question qui resurgit à la fin de chaque compétition continentale et ce depuis 43 ans: Pourquoi pas nous?

    A ce sujet, à la fin de la CAN 2017, une tribune qui s’intitulait: «Comment devenir une grande nation de football?» a été publiée sur L’Economiste, des pistes de solutions concrètes avaient été esquissées.

    Force est de constater que malheureusement les CAN se suivent et se ressemblent. Si nous nous intéressons aux CAN des 50 dernières années, à savoir depuis 1970, il y a eu sur cette période, 26 CAN qui ont été organisées, le Maroc s’est qualifié aux phases finales à 12 reprises (soit 46 %). Sur toutes ces participations, il a atteint le dernier carré à 5 reprises, lors desquelles le Maroc a été finaliste en 2004 et champion en 1976.

    Faillite d’un système de valeurs

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    La débâcle du Onze national le 5 juillet dernier a plongé le pays dans une grande stupeur et frustration. Après la victoire de l’Algérie, supporters, analystes, journalistes et tous les amoureux du ballon rond au Maroc se posent l’éternelle question qui resurgit à la fin de chaque compétition continentale et ce depuis 43 ans: «Pourquoi pas nous?» (Ph. AFP)

    Dans le sport, encore plus qu’ailleurs, comme disent les anglophones «There is no shortcut» (traduction «il n’y a pas de raccourci») et c’est dans ce sens qu’il se dit également que «le sport est l’école de la vie». En gros, si vous ne travaillez pas dur et avec acharnement, vous ne récolterez jamais les fruits de votre réussite. Hors malheureusement dans notre système de valeurs marocain, les valeurs de l’effort et de la patience se perdent de plus en plus. Et malheureusement le football ne fait pas exception. Les décisions sont prises en privilégiant des cycles courts pour avoir des résultats rapides que ce soit au niveau:

    - De la fédération qui travaille avec les échéances des compétitions internationales à 2 ans (compétitions continentales) ou 4 ans (compétitions internationales).
    - Des clubs et leurs dirigeants qui préfèrent souvent tout miser sur la victoire du championnat la saison à venir au lieu d’investir sur les jeunes et la formation qui fera l’avenir de leur club et permettra la construction d’un modèle sain et pérenne.
    - Des joueurs et des formateurs qui ne travaillent pas dur pour se dépasser et qui s’impatientent en allant évoluer dans des championnats moins huppés des pays du golfe au lieu de viser les championnats européens.

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    La France a connu une longue période de disette durant les années 1960 et ce jusqu’au milieu des années 1970. Mais sous la houlette de Georges Boulogne, le premier directeur technique national, il a été décidé de mettre en place une politique centrée sur la formation en imposant aux clubs professionnels la création de centres de formation, réformer la formation des entraîneurs et miser sur la détection de jeunes talents. La France n’en a récolté les fruits que plusieurs années plus tard en gagnant 2 coupes du monde et 1 Euro entre 1998 et 2018 (Ph. AFP)

    Ce débat revient à chaque fois que le Maroc ne fait pas de bonnes prestations à la suite d’une grande compétition, c’est-à-dire souvent. Pour rappel, lorsque le Maroc est arrivé en finale de la CAN 2004, ce débat n’avait pas lieu et ce à juste titre.

    La vraie question est que si l’équipe nationale du Maroc veut peser sur la scène footballistique continentale, nous devons être maître de notre destin et «fabriquer» notre propre produit, à savoir le joueur. Dans de nombreux secteurs, le Maroc évolue vers une intégration de sa chaîne de valeurs, alors pourquoi le football devrait-il faire exception en se contentant de récolter et consommer le produit final. Ceci étant, le pays peut et doit compter sur cette bénédiction de sa diaspora qui lui produit des joueurs compétitifs à zéro dirham et faire de cela un accélérateur.

    Le projet pilote de l’académie Mohammed VI a déjà donné ses premiers résultats dans la production de joueurs. Il est plus que jamais temps de dupliquer ce projet avec comme objectif que chaque région ait son académie comme ce qui est en train d’être réalisé avec la création de 12 cités des métiers et des compétences (CMC). En plus de l’encouragement d’initiatives d’académies à travers des partenariats public-privé.

    L’idée derrière cela est de se donner la possibilité de choisir le meilleur produit qui doit être sélectionné pour défendre les couleurs nationales. Et c’est là que le choix du profil de l’entraîneur de l’équipe nationale devient primordial. Afin d’être dans les meilleures conditions pour faire son choix, le coach de l’équipe nationale - peu importe son profil - doit aussi être le coach principal de l’équipe nationale des joueurs évoluant au Maroc que nous appelons les «A».

    Des stratégies sectorielles existent dans plusieurs secteurs d’activité, alors pourquoi pas dans le football? Avons-nous une vision sur du très long terme? Quelle identité de jeu voulons-nous? Quel modèle de joueur voulons-nous? Avons-nous mis en place des objectifs sur 15 ou 20 ans?

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    Afin de mieux mettre en exergue les prestations du Maroc, nous les avons comparées avec les résultats du Ghana, pays qui a une population du même ordre de grandeur (30 millions d’habitants) même si le Maroc possède des infrastructures qui sont largement meilleures. Comme nous pouvons le remarquer sur le graphe, le constat est amer, mais il permet au moins de poser les choses car comme le dit l’adage «un problème bien posé est à moitié résolu».

    Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du football, la France a connu une longue période de disette durant les années 1960 et ce jusqu’au milieu des années 1970. Mais sous la houlette de Georges Boulogne, le premier DTN (directeur technique national), il a été décidé de mettre en place une politique centrée sur la formation en imposant aux clubs professionnels la création de centres de formation, réformer la formation des entraîneurs et miser sur la détection de jeunes talents. La France n’en a récolté les fruits que plusieurs années plus tard en gagnant 2 coupes du monde et 1 Euro entre 1998 et 2018.

    Aujourd’hui, que ce soit à travers un questionnement de notre système de valeurs en mettant le travail et l’effort au cœur du dispositif, une prise de conscience qu’il n’est pas opportun de se baser uniquement sur les autres pays pour nous offrir des joueurs ou encore en s’inspirant des modèles de développement de football qui existent, le Maroc doit construire son propre modèle en prenant en compte son contexte et ses réalités mais tout en rêvant grand (Dream Big or Go Home!).

     

     

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