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    Enseignement: Faut-il relancer les lycées d’excellence?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5542 Le 25/06/2019 | Partager
    Un projet du Plan d’urgence subitement avorté, sans évaluation préalable
    Le Lydex du groupe OCP à Benguérir, un modèle qui cartonne
    Un pilote unique en son genre, pouvant inspirer d’autres initiatives

    Regrouper des surdoués dans un établissement leur offrant un accompagnement adapté, pour en sortir de futures élites. Des élites de toutes les classes sociales, et de tout le Maroc. C’est le concept séduisant du lycée d’excellence scientifique et technologique du groupe OCP, ouvert à Benguérir en septembre 2016. Trois années scolaires plus tard, l’établissement cartonne. 
    Il y a deux semaines, les premiers résultats des concours écrits aux grandes écoles françaises tombaient. Les élèves du Lydex ont réalisé un record d’admissions: 15 à l’Ecole polytechnique et 12 dans les Ecoles normales supérieures (ENS). Soit le double par rapport à l’année dernière.
    Le management de l’établissement reste, cela dit, prudent. «C’est une bonne performance, mais nous préférons attendre les résultats des oraux. L’an dernier, nous avons compté 5 admis à l’Ecole polytechnique. Nous espérons en avoir plus cette année», confie-t-on.  

    ecole_francaise_5542.jpg
    Les résultats des concours écrits aux grandes écoles françaises sont encourageants cette année. Le nombre de candidats marocains admissibles est de 1.842 (hormis les écoles de gestion), contre 1.116 en 2018. Les plus fortes progressions concernent les concours CCP, avec 857 étudiants admis à l’écrit, contre 641 l’an dernier, et les concours aux écoles de commerce, BCE et Ecricome, avec respectivement 435 (contre 66 un an plus tôt) 
    et 130 admis (contre 28 en 2018). Sur 10 ans, la progression des effectifs admissibles est impressionnante
    ENS: Écoles normales supérieures
    X: École polytechnique
    CSE: Centrale-Supelec 
    MP: Mines-Ponts
    CCP: Concours communs polytechniques
     

    Le modèle du Lydex reprend celui des lycées d’excellence prévu par le Plan d’urgence (2009-2012), et stoppé net par l’ancien ministre de l’Education nationale, Mohamed Louafa (janvier 2012- octobre 2013), dès sa nomination. Motif? Un concept «élitiste et contraire à l’égalité des chances». Une décision prise à la va-vite et sans aucune évaluation préalable. «Or, l’inégalité intellectuelle est inhérente à l’école. Tous les enfants ne disposent pas des mêmes capacités intellectuelles», pense Mohamed Ould Dada, ancien directeur de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Fès-Boulemane.  
    L’idée du projet était de créer un établissement d’excellence par région, soit un total de 15. En 2012, deux étaient opérationnels à Nador et Guelmim. Ils ont été fermés dès que leurs élèves ont obtenu leur bac, selon le ministère. Ceux en préparation ont été abandonnés. «Presque toutes les académies régionales avaient commencé à préparer des établissements. A Fès, nous avions aménagé les locaux d’un ancien centre de formation des instituteurs avec un internat, et choisi des enseignants parmi les meilleurs. Nous avons dû tout arrêter après la décision ministérielle. Le bâtiment a été transformé en classes prépas», témoigne Mohamed Ould Dada. «Ce lycée aurait pu offrir à de nombreux enfants de la région, brillants mais démunis, la possibilité de continuer leurs études», regrette-t-il. 

    Un parcours gratuit pour les élèves démunis

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    Certains pays disposent d’établissements accueillant les élèves surdoués et leur offrant un accompagnement adéquat. L’objectif est de leur permettre de développer leur potentiel et d’exploiter toutes leurs capacités. Au Maroc, aucun dispositif n’est proposé  

    Un lycée comme Lydex, il n’en existe pas en Afrique et même en Méditerranée. L’établissement à but non lucratif, né d’un partenariat public-privé et doté d’un statut particulier, présente une capacité d’accueil de 1.800 élèves internes. Un chiffre qu’il prévoit d’atteindre en 2021. Le groupe OCP n’a pas lésiné sur les moyens. Etalé sur 18 ha, le lycée offre un hébergement 4 étoiles, des équipements de haut niveau (une piscine semi-olympique couverte, un théâtre, un terrain de football gazonné aux normes de la FIFA, une piste d’athlétisme, des courts de tennis, une salle omnisports…) et des enseignants triés sur le volet. La majorité de ses élèves est issue de milieux défavorisés. Un argent de poche, de 500 à 700 DH par mois, leur est octroyé, soit l’équivalent de la bourse accordée aux étudiants des universités publiques. «La scolarité est entièrement gratuite pour 80% des élèves. Les autres participent aux coûts, à partir de 10.000 DH par an», précise le management. Les tarifs imposés, en fonction des revenus des parents, restent modestes par rapport à la qualité de l’offre proposée.
    Cette année, presque 670 élèves ont poursuivi leurs études dans le campus: Quelque 315 en 1re et 2e année des classes prépas, et environ 350 au lycée (tronc commun et 1re année bac). Sa première promotion de bacheliers sortira l’année prochaine. 

    Dans son rapport sur le Plan d’urgence, publié en décembre dernier,  la Cour des comptes a relevé l’intention du ministère de construire 8 lycées d’excellence, avec des enveloppe de 4 millions de DH pour les études, 40 millions pour les travaux de construction et 10 millions pour l’équipement. A l’abandon du projet en 2012, aucune information n’a été avancée sur l’emploi réservé à ces budgets. 
    Le projet n’a plus jamais été évoqué, à l’instar d’une multitude d’autres initiatives, lancées puis rangées dans les tiroirs après le départ de leurs concepteurs. Aucun des trois ministres qui ont succédé à Louafa ne s’y est intéressé. «En principe, il faudrait d’abord régler le problème de l’école dans son concept général. Mais si des établissements d’excellence peuvent sauver une petite élite, pourquoi pas», estime un expert des questions éducatives. «Il serait intéressant de créer des centres pour les élèves présentant des aptitudes supérieures. Néanmoins, la sélection ne devrait pas s’opérer sur la base des notes obtenues. Il faudrait choisir les candidats à travers des tests psychotechniques. Autrement, on ne prendrait que ceux dotés de la plus forte capacité d’apprentissage par cœur», ajoute-t-il. En effet, les notes peuvent être trompeuses. Einstein n’était-ils pas mauvais élève à l’école? Les vrais génies ont souvent la fâcheuse habitude de s’ennuyer très rapidement en classe et de décrocher de leur cours. 

    Une sélection par appartenance sociale!

    Un mécanisme de détection, d’accompagnement et de suivi devrait être mis en place afin de capter ces hauts potentiels. «Certains pays arabes l’ont fait, comme l’Irak qui avait lancé un établissement dans les années 90 pour les élèves super intelligents, désintéressés de l’école. Ils suivaient un programme spécial avec des activités leur permettant de développer leur potentiel», relève notre expert. A l’école marocaine, il n’en a jamais été question. Aujourd’hui, la sélection s’opère par appartenance sociale. Les élèves issus de milieux aisés sont inscrits dans des établissements privés offrant des conditions d’apprentissage avantageuses. Les autres sont laissés pour compte dans un système en déperdition. C’est là la vraie discrimination, celle permettant l’émergence d’une école des riches, performante, et d’une deuxième pour les pauvres, complètement en faillite.  

     

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