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    Roman de l'été

    Episode 21 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Le message de Jésus

    Par L'Economiste | Edition N°:5533 Le 12/06/2019 | Partager

    Le message professé par Jésus est étroitement lié au contexte religieux et politique dans lequel il a vécu. La manière dont le Temple est géré et exploité ou encore l’occupation romaine constituent les fondements de ce message, dont les sources sont constituées essentiellement par les quatre Évangiles. Ce qu’il faut savoir c’est que Jésus lui-même n’a pas laissé d’écrits, contrairement à d’autres prophètes: Moïse (la Torah), David (les Psaumes), ou encore Mohammed (le Coran). En fait, ce sont ses partisans qui ont décidé de conserver et de rapporter ce qu’ils ont connu de sa vie et de ses paroles, ce qui a abouti à la rédaction des quatre Évangiles et autres écrits le concernant. Autrement dit, Jésus n’a laissé aucun document de son temps, même pas une lettre privée. Pourtant, il sera le sujet central d’une œuvre postérieure de portée considérable.  Les spécialistes des Évangiles rapportent un événement important qui s’est produit, loin des troubles de Judée, peut-être à Rome, avant l’an 70 de notre ère. Un homme commence à mettre, par écrit, ce qu’il connaît des témoignages sur Jésus et sur son enseignement. Des souvenirs des apôtres sont rapportés, notamment, sur les derniers jours de Jésus. Il met un peu d’ordre à tout cela, dans un grec primaire. Il ne sait pas qu’il est en train d’inventer une écriture, d’un type nouveau, qui ne relève ni du roman ni de l’histoire : une véritable déposition d’une mémoire, celle de la foi de toute une génération. Ce petit livret, après

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    avoir été modifié, corrigé et augmenté est attribué à Marc, connu pour avoir été le compagnon de Paul et de Barnabé, mais dont la Tradition a fait aussi le secrétaire et interprète de Pierre, en attendant de voir en lui le premier évêque d’Alexandrie. Le premier Évangile, celui de Marc, est né. L’intérêt qu’il soulève est tel que ce projet est repris par d’autres personnes, notamment les trois autres Évangélistes: Matthieu, Luc et Jean. Le résultat est que le message de Jésus se trouve, principalement, dans les quatre Évangiles qui se situent au début du Nouveau Testament et qui sont associés à quatre Évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean. En plus de raconter la vie de Jésus, les Évangiles rapportent, essentiellement, des discussions auxquelles il a pris part. Ils transmettent également des discours qu’il a prononcés. Ce sont ces discussions et ces discours qui forment le message de Jésus. Ce qu’il faut retenir, aussi, c’est que les Évangiles ont été écrits soit par des disciples de Jésus, soit par des proches des apôtres. En outre, il semblerait qu’à l’exception de l’Évangile de Luc, les trois autres n’ont pas été écrits par les auteurs auxquels ils sont attribués. Ce qui est une pratique courante de l’époque et qui ne veut nullement dire qu’ils sont faux. Mais même sur ce point, les auteurs ne sont pas d’accord. Ainsi, pour Emmanuel Carrère, Luc n’était pas un compagnon de Jésus. Il ne l’a pas connu. Il ne dit jamais «je» dans son Évangile, qui est un récit de seconde main, écrit un demi-siècle après les événements qu’il raconte. Certains spécialistes, dont Reza Aslan, sont persuadés que les Évangiles n’ont pas été écrits d’une seule traite, par un seul auteur, du début jusqu’à la fin. Pour eux, il est probable que plusieurs rédacteurs se soient succédés mais selon un ordre et une logique qui nous échappent, au gré de changements qui interviennent en cours de route, et qui touchent les objectifs et les destinataires.
    Dans tous les cas, la plupart des exégètes, qui sont les spécialistes de l’interprétation des textes, situent la date de rédaction des Évangiles dans une fourchette allant des années 70 à 100 apr. J.-C., probablement, un peu plus pour Jean, soit un peu moins de quarante ans après la mort de Jésus. Ainsi, d’après les théories les plus répandues, le récit de Marc, un proche ami de l’apôtre Pierre, a été écrit le premier, vers l’an 70 apr. J.-C. La caractéristique de cet Évangile («bonne nouvelle», «Evangelion» en grec) est qu’il est très court et surtout il ne traite pas de l’enfance de Jésus ni de sa résurrection. Il présente, dès le début, Jésus comme le «Fils de Dieu» (Marc I, 1).Viennent après, Matthieu, appelé aussi Lévi (apôtre et ancien collecteur d’impôts) et Luc (ancien pharisien et ami de Paul), travaillant chacun de son côté, détaillant le récit de Marc, en y ajoutant deux chroniques sur l’enfance de Jésus et sur sa résurrection. Ils s’appuient, notamment, sur un ensemble de paroles de Jésus auxquels les chercheurs ont donné le nom de «Q» que nous avons déjà cité. Puis, il y a eu l’Évangile de Jean, écrit en grec, qui présente des différences importantes par rapport aux trois autres.
    À la lecture des trois premiers Évangiles, ceux de Marc, Matthieu et Luc, on remarque de nombreux épisodes en commun, racontés de façon similaire. Ils sont qualifiés de «synoptiques» car on peut les présenter sous forme de colonnes parallèles. La raison est que les trois Évangélistes ont utilisé les mêmes sources. Ainsi, une fois le premier Évangile devenu public, les suivants ont pu bénéficier du travail de son rédacteur, même si certains auteurs pensent que Matthieu et Luc ont utilisé Marc et que d’autres pensent que c’est Matthieu qui a écrit le premier Évangile.
    Très différent des trois Évangiles, celui attribué à Jean, rédigé vers l’an 100, dans un style poétique, a omis de nombreux épisodes et en a ajouté d’autres. Il présente, pour la première fois Jésus comme Dieu lui-même. Pour Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, les Évangiles synoptiques et celui de Jean ne s’accordent ni sur le lieu de naissance de Jésus, ni sur la durée de son enseignement, ni sur l’identité de ses disciples, ni sur ses miracles, ni sur son procès, ni sur la date de sa mort, ni sur ses apparitions…
    Une place particulière doit être réservée à l’Évangile écrit par Barnabé. Rappelons que cet Évangile, découvert en Turquie, n’a été imprimé qu’au début du XXe siècle et qu’il a été traduit de l’anglais à l’arabe en 1908. Barnabé a été un disciple de Jésus et qui est connu pour avoir été le compagnon de Paul de Tarse, après avoir introduit celui-ci auprès des apôtres de Jérusalem, et à leur tête, Jacques, le frère de Jésus. Ils passent ensemble une année à Antioche, dans une église où ils instruisent une grande foule.
    Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, donnent des indications intéressantes sur l’Évangile attribué à Barnabé. Pour eux, il semble présenter des garanties d’authenticité. Ils rapportent comment, dès son impression au début du XXe siècle, il devient une référence majeure de l’islamologie populaire. Il devient, ainsi, l’Évangile de référence des exégètes musulmans qui le considèrent comme le véritable Évangile, à l’exclusion de tous les autres. Les raisons sont simples: le Coran parle d’un seul Évangile et non des Évangiles et surtout, l’Évangile de Barnabé confirme les affirmations du Coran sur un certain nombre de points tels les prophètes cités par le Coran, l’annonce de la venue du prophète Mohammed, la non-crucifixion du Christ, remplacé par Judas. Il nie la divinité de Jésus et rejette la Trinité; mais, paradoxalement, il nie à Jésus la qualité de Messie, ce qui est en désaccord avec le Coran.
    À part son contenu, que certains ont qualifié de «proto musulman», il faut signaler que l’Évangile de Barnabé se caractérise par sa longueur: il ne comprend pas moins de cent vingt-deux chapitres, soit plus que les quatre Évangiles canoniques qui ne dépassent pas, ensemble, vingt chapitres. En plus, il semble connaître parfaitement le contenu des autres Évangiles auxquels il enlève les incohérences et même les divergences. Il faut signaler que dans le premier chapitre de son Évangile, Barnabé explique que sa séparation avec Paul est due à une divergence dans la foi. Paul commence à prêcher une autre doctrine que celle de Barnabé. Il dit de Paul qu’il commence à prêcher une doctrine fort impie, appelant Jésus «Fils de Dieu», rejetant la circoncision et autorisant toutes sortes d’aliments impurs.
    Un autre Évangile, appelé «l’Évangile de Thomas» a été trouvé, en 1945, à Nag Hamadi, en Haute-Égypte par un fermier qui creuse le sol, à la recherche de sédiments fertiles. Placé dans un pot en argile, et enterré dans un champ, il se trouve avec d’autres textes chrétiens très anciens, tous écrits en langue copte archaïque sur papyrus. Apparemment, il a été caché à la fin du Ve siècle afin d’échapper à la destruction par des chrétiens «orthodoxes» qui auraient jugé son contenu hérétique. De nombreux experts le datent du IIe siècle de notre ère. Il constitue le document chrétien le plus précieux qui ait été découvert au cours des derniers deux mille ans. Formé de cent quatorze «paroles» de Jésus, certains l’ont surnommé «le cinquième Évangile». D’après certains spécialistes, il nous offre des pièces manquantes de l’enseignement de Jésus.
    On ne peut pas parler des sources du message de Jésus sans citer «l’Évangile perdu», appelé, par la suite, «la source Q». Il s’agit, comme nous l’avons signalé par ailleurs, d’une enquête textuelle, menée par des chercheurs allemands, il y a plus de cent cinquante ans. Cette enquête a permis de faire ressortir des Évangiles de Luc et de Matthieu un autre Évangile qui est dissimulé dans les deux Évangiles, sans que personne ne le remarque. En effet, on sait que Matthieu et Luc se sont appuyés sur la narration de Marc, mais également sur une autre source et c’est justement ce document que l’on désigne par la lettre «Q». Avec ce travail réalisé par les chercheurs allemands, on a trouvé un ensemble de paroles de Jésus, plus anciennes que celles rapportées par Marc.

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    Un Évangile du XIIe siècle sauvegardé par des moines réfugiés et conservé au monastère Saint Jean le Théologien de Patmos en Grèce, où prêcha l’apôtre Jean (Crédit DR)

    En plus des Évangiles, de nombreux écrits chrétiens anciens ont traité aussi bien de la vie de Jésus que de ses discours et de son message. On retiendra les Actes des Apôtres (cinquième livre du Nouveau Testament), attribués à Luc que la Tradition présente comme un syrien, d’origine païenne, médecin et profondément imprégné de culture hellénique. Il s’est converti au judaïsme avant de devenir un partisan de Jésus et par la suite compagnon de Paul qui l’appelle «le médecin bien-aimé». Les Actes des Apôtres constituent un parti pris évident pour Paul, mais, également, une référence quant à la naissance et le développement de l’Église à Jérusalem, le martyre d’Étienne, la conversion de Paul, la révélation faite à Pierre de l’intention de Dieu d’inclure les païens dans l’Église, la mission de Paul à Jérusalem et son séjour à Rome.
    On retiendra, également, Les vingt et une Épîtres (lettres), dont quatorze Épîtres attribuées à Paul et à ses proches et qui sont adressées aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates… Il s’agit de missives en prose destinées à être lues à toute la communauté des croyants. Les historiens distinguent «les Épitres authentiques», celles qui sont reconnues comme étant de sa rédaction et qui datent, toutes, des années 50 et les autres. Quant aux Apocryphes, ce sont, comme nous l’avons mentionné, des textes qui ressemblent aux vingt-sept livres du Nouveau Testament mais n’en font pas partie. Le terme grec «apocryphos» signifie «caché, soustrait du regard» et justement les Apocryphes contiennent de nombreux détails qui n’apparaissent pas dans la Bible. C’est la raison pour laquelle ils ont été souvent interdits à la lecture dans les églises. Pourtant, les spécialistes soutiennent que, d’un point de vue historique, il convient de ne pas considérer les récits canoniques comme supérieurs aux récits apocryphes. Parmi les textes apocryphes, il y a lieu de citer l’Évangile des Hébreux, appelé aussi l’«Évangile selon les Hébreux», qui désigne un ou plusieurs textes en usage dans des communautés judéo-chrétiennes, dont les nazôréens et les ébionistes. Selon Simon Claude Mimouni, cet Évangile a été composé en hébreu ou en araméen et a été traduit en grec avant la fin du IIe siècle. L’Esprit saint y est désigné comme la mère de Jésus. Il faut citer, également, la «Didachè», (à prononcer «didakè») qui est un texte grec anonyme appartenant à la tradition syrienne, daté de l’an 95, et retrouvé en 1875 à Constantinople. Il regroupe des informations sur la vie chrétienne, présentées comme transmises aux apôtres par Jésus.
    Une autre source est constituée par les écrits du grand historien juif, Flavius Josèphe (37-100 ap. J.-C.) qui parle de Jésus en termes élogieux, le qualifiant de «sage». Il raconte brièvement comment Jésus a vécu quand Pilate était préfet de Judée. Il rapporte que Jésus avait la réputation de faire des miracles et affirme qu’il a été crucifié sur ordre de Pilate, mais ses partisans ont continué de croire en lui.
    Quant aux textes rabbiniques, il faut citer surtout «le Talmud de Babylone» (Traité Sanhédrin, 43a), où il est question de la mort de Jésus. Signalons que le Coran reconnaît l’Ancien Testament et le Nouveau Testament et demande aux musulmans de les reconnaître. Il affirme: «Dites : (Nous croyons en Dieu, à ce qui nous a été révélé, à ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus; à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus; à ce qui a été donné aux prophètes, de la part de leur Seigneur. Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux; nous sommes soumis à Dieu)». (Coran, II, 136). D’ailleurs, le Coran insiste sur le fait que l’Évangile constitue une confirmation et une continuité de la Torah: «Nous lui avons donné l’Évangile (à Jésus) où se trouve une direction et une lumière pour confirmer ce qui était avant lui de la Torah». (Coran, v, 46).

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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