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    Reportage

    30 ans après, l'écosystème Jaouda bien installé

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5530 Le 04/06/2019 | Partager
    La coopérative a fait émerger quatre filières intégrées
    Premier exportateur d’agrumes et 2e producteur du lait et produits dérivés
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    La marque Jayda, lancée en 2016, a conquis la grande distribution et la restauration de luxe avec la viande rouge de la race Holstein. La capacité annuelle de l’abattoir totalise 20.000 bovins et 65.000 ovins (Ph. GA)

    7.500 collaborateurs, 50.000 emplois indirects, 4 milliards de DH de chiffre d’affaires et un investissement cumulé avoisinant les 2 milliards de DH. Ce sont là les chiffres clés de la coopérative agricole, plus connue sous le nom de Copag.

    L’ascension  fulgurante de ce groupement, qui fédère aujourd’hui 72 coopératives de petits producteurs, tient au choix stratégique initial: l’intégration. «De l’amont à l’aval des filières, toutes les chaînes de valeur sont investies pour créer le maximum de valeur ajoutée», révèle son président, M’Hamed Loultiti.

    Copag a été créée le 7 mai 1987 autour d’un  noyau réduit de petits et moyens producteurs. Aujourd’hui, cette confédération fédère 72 coopératives. Elle est deuxième producteur laitier et premier exportateur d’agrumes: 90.000 tonnes réalisées en 2018.

    En 2018, l’effectif recensé dépassait les 20.000 agriculteurs dont 14.900 affiliés et 6.000 agrégés dans le cadre du Plan Maroc Vert dans la région du Tadla-Azilal. Le tout est supervisé par un staff d’une centaine de cadres dont 40 ingénieurs, toutes spécialités confondues. C’est à l’image d’une grande entreprise rompue aux normes de gestion moderne. 

    Pour l’histoire, Copag est née dans la foulée des premières années de  libéralisation du commerce extérieur des fruits et légumes et la fin du monopole de l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE). Seulement, les petits producteurs faisaient figure des laissés-pour-compte de la réforme.

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    Copag valorise les écarts de triage en jus qu’elle commercialise à l’état naturel ou mélangé avec les produits dérivés du lait (Ph. GA)

    En monopolisant la logistique (conditionnement et fret maritime), les groupes exportateurs d’agrumes, constitués à l’époque, avaient tout mis en place pour écarter le petit producteur du circuit de l’export. Accès difficile aux stations de conditionnement, suppression des avances pour couvrir les frais de cueillette et recours aux achats sur pieds.

    Ce sont, entre autres, ces abus qui avaient poussé  quelques petits agrumiculteurs de la région du Souss à se constituer en consortium pour disposer de leur propre station de conditionnement. L’investissement s’élevait à 7 millions de DH dont 2 millions en fonds propres. Mais restait à convaincre les banques.

    Au départ, les établissements bancaires réclamaient l’hypothèque du titre foncier de la station avant même que la procédure d’immatriculation n’ait abouti. Ce qui nécessitait un long délai et donc un retard pour l’installation des équipements.

    Finalement, après de laborieuses négociation avec l’ex-BCM, Copag a pu obtenir un crédit relais sur la BNDE (ndlr: aujourd’hui disparue). Néanmoins avec des hypothèques individuelles des associés. Ironie de l’histoire, aujourd’hui,  «le groupe est courtisé par les banques dès lors qu’elles ont vent d’un projet d’investissement», confie Loultiti.  

    Le site de Taroudant (15 hectares) regroupe toutes les installations industrielles dédiées à la transformation du lait, la fabrication des aliments de bétail, l’abattage et la préparation des viandes, le conditionnement des agrumes et primeurs et la gestion administrative et financière. Il faut au moins trois jours pour visiter l’ensemble des installations, tellement gigantesques.

    L’impact sur l’environnement immédiat est également impressionnant. La petite localité Aït Iazza (10 km de Taroudant) où se trouve le complexe présente l’allure d’un village américain où les 4x4 circulent à loisir et l’habitat moderne y prédomine. De l’avis d’un pompiste, le chômage n’est pas passé par là. «Un membre d’un ménage sur deux est employé par Copag», précise un garçon de café.

    Le reste s’active dans l’agriculture, l’élevage ou le tourisme rural. La zone offre en effet des sites montagneux féeriques, parfois couverts de neige et où le gîte et le couvert relèvent de la tradition locale et des produits du terroir. Un type d’hospitalité trop prisé par les jeunes touristes en quête de l’authentique et du naturel.

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    Le complexe administratif regroupe l’ensemble des services. Des réunions hebdomadaires du comité sont tenues pour faire le point avec les responsables des différentes filières. Le conseil d’administration, élu par l’assemblée générale, tient un rôle capital en ce qui concerne la prise de décision

    Premier exportateur d’agrumes

    La première réalisation fut donc la station de conditionnement d’agrumes. Actuellement, les adhérents de Copag disposent de 6.500 ha de plantations pour  une production annuelle de 190.000 tonnes et 3 stations de conditionnement: 2 à Taroudant et une à Larache. A l’instar du profil actuel du verger agrumicole national, les  petits fruits représentent 75% . Et la clémentine se taille la moitié de la production globale. Lors de la campagne 2017-2018, les exportations ont totalisé 90.000 tonnes. Ce niveau place l’entreprise au premier rang des groupes exportateurs.

    Pour l’actuelle saison qui a souffert de  mauvaises conditions climatiques (retard des pluies et vagues de froid), Copag a pu quand même exporter 75.000 tonnes. Ses ventes à l’extérieur sont  réparties, pour l’essentiel, entre 3 grands marchés: L’UE, la Russie et l’Amérique du Nord.

    Le reste de la production est valorisé sous forme de jus et une partie est revendue sur le marché intérieur quand les prix s’annoncent rémunérateurs. Le fait de disposer d’une capacité de stockage sous froid permet à la coopérative de tirer profit des opportunités offertes par le marché.  Pour ce qui est des primeurs, Copag est également leader. En particulier en ce qui concerne les tomates.

    Avec 500 ha de superficie sous serres, le fruit représente  les 4/5 de la production des primeurs. Selon les années, le volume produit varie entre 50.000 et 60.000 tonnes dont 22.000 sont exportées. Le marché de l’UE en absorbe 60%. A côté des tomates, les affiliés de la coopérative agricole cultivent également les courgettes, le poivron et les piments. S’ajoute également un millier d’hectares de bananier dont la production est écoulée sur le marché local.

    Formation et embauche assurées

    Le complexe social et éducatif de Sebt El Guerdane abrite, en plus du centre de collecte du lait et l’économat, la Maison familiale rurale (MFR). Une institution dédiée à la formation. Depuis sa mise en service en 2005-2006, elle compte à son actif 400 lauréats intégrés à raison de 95% dans les filières de Copag.
    Pour le moment, 4 Maisons familiales rurales sont ouvertes aux enfants  d’agriculteurs  et 2 sont programmées pour 2020. Pour atteindre une dizaine l’année d’après, promet son directeur Lahbib Aït Taleb, lui-même lauréat de la MFR d’El Guerdane.  Bénéficiant également du soutien de l’Etat et de la coopération internationale, ces institutions assurent des formations dans 3 disciplines: la conduite de l’élevage laitier, de l’arboriculture et les techniques de l’irrigation. Les effectifs se recrutent parmi les jeunes qui ont décroché de l’école publique ou veulent  acquérir une spécialité.
    L’institution dispense aussi l’enseignement préscolaire, des cours de soutien, l’apprentissage des langues et la lutte contre l’analphabétisme pour les adultes. Le tout est servi gratuitement. Et certains bénéficient même du gîte et du couvert.  

    40 complexes coopératifs en cours de réalisation

    EN trois décennies, Copag est parvenue à intégrer l’ensemble de la chaîne de valeur des quatre filières qu’elle fédère: agrumes, primeurs, lait et viandes rouges. Et l’une des actions qui ont permis cette intégration tient au programme de mise à niveau technique des 72 coopératives adhérentes. Lancé en 2011, ce programme s’articulait autour de modèles de développement adaptés au système de production des petits faiseurs.
    Le plan déployé devrait se traduire par la création de 40 complexes coopératifs dotés d’infrastructures économiques, administratives et sociales. Une vingtaine est déjà opérationnelle, assurant des services payés  dans leur intégralité par le lait fourni par les adhérents. Parmi les services rendus, figurent l’utilisation en commun du matériel agricole, le ramassage et la collecte du lait, l’approvisionnement  en agrofourniture, aliments de bétail et produits phytosanitaires. S’ajoutent également l’approvisionnement en carburant, la mise en place d’économats (voir encadré ci-contre). Sans oublier la formation technique  et la scolarité des enfants  d’agriculteurs ainsi que l’encadrement administratif, comptable et technique des adhérents. 

                                                                        

    Lait, le cœur du métier

    Cœur du business, la filière laitière est axée sur 60.000 vaches laitières relevant de 20.000 éleveurs-producteurs, regroupés dans 72 coopératives, principalement dans la région du Souss-Massa. Pas moins de 1 million de litres de lait est collecté chaque jour, soit une moyenne annuelle de  346.000 tonnes. Ce volume est traité dans 3 usines d’une capacité de 550 millions de litres par an. La capacité de stockage installée totalise 12.000 tonnes dont 5.000 sous froid.

    Pour ce qui est du convoyage et de la distribution, Copag dispose de 9.200 camions réfrigérés pour maintenir la qualité des produits depuis la ferme jusqu’au client final. Au total, la flotte  effectue un trajet quotidien de 82.000 km (convoyage et distribution), soit deux fois le tour de la terre (40.075 km). Son réseau de distribution de produits laitiers compte 31 agences commerciales essaimées à travers le Royaume.

    A côté du lait frais pasteurisé et l’UHT, la fabrication porte également sur les produits de croissance, les yaourts (à boire et brassés), les desserts, le fromage frais, les produits de santé et les jus de fruits. En tout, 45 produits sont fabriqués. Tout récemment, 5 nouveaux produits ont été lancés: Jben, Ladid, Raibi junior, Ghilal à boire et Grec à boire. Les 31 agences commerciales  fournissent quotidiennement près de 70.000 points de vente.

                                                                        

    Viandes, de l’étable à la table

    EN 2015, Copag avait intégré la valorisation de la viande. A cet effet, un investissement de 250 millions de DH a été injecté. Il avait ciblé la création d’un complexe regroupant 5 unités: un abattoir moderne, un atelier de découpe, une unité de produits élaborés et de charcuterie, un espace de conditionnement et de stockage et une unité de traitement des produits résiduels (peaux, sang…). Le tout sur une superficie de 6.000 m2. L’investissement a permis la création de 190 emplois. C’est l’aboutissement d’un plan d’intégration: élevage, alimentation, abattage et production d’une gamme de spécialités sous la marque «Jayda». Des produits certifiés en termes de sécurité alimentaire et traçabilité. Outre l’agrément de l’Onssa, la marque bénéficie de la certification du système de management délivré par Bureau Veritas et le certificat halal de l’Institut marocain de normalisation. 

    Le cheptel destiné à l’abattage tout comme l’élevage laitier est adossé à des cultures fourragères approvisionnant l’unité de fabrication d’aliments de bétail. Au total, ces cultures occupent 11.500 ha dont 9.800 ha de maïs, 1.500 de luzerne et 500 ha de sorgho. Copag importe également des céréales fourragères quand le marché est favorable. «L’objectif est de faire tourner l’usine à plein régime  et, partant, se prémunir contre les aléas de la conjoncture climatique», est-il expliqué.     
    La capacité installée porte sur l’abattage de 20.000 têtes de bovins de race à viande (Holstein) et de  65.000 têtes d’ovins.  

    Et l’option n’est pas fortuite. Elle répondait à un souci de récupération de la valeur ajoutée de l’activité de l’engraissement de jeunes veaux. Un service rendu aux adhérents.  Il s’agit d’un élevage en commun des taurillons provenant des unités de production des adhérents de la coopérative. Ces animaux reçoivent des aliments composés de l’unité Aâlaf de Copag et sont cédés par la suite aux adhérents au prix coûtant. Mais ces derniers les revendaient à des intermédiaires.  De ce fait, la valeur ajoutée  résultant de l’engraissement profitait aussi aux intermédiaires.

    A.G.

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