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    Economie

    Statut de Bank Al-Maghrib: Le projet victime de manœuvres politiciennes

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5529 Le 03/06/2019 | Partager
    Il est suspendu à la loi organique sur l’amazigh
    L’examen des deux lois organiques démarre aujourd’hui
    La neutralité de la banque centrale la place au-dessus de la mêlée

    Qui l’aurait cru il y a encore quelques semaines: le projet de loi relatif au statut de Bank Al-Maghrib bloqué au niveau de la deuxième lecture à la Chambre des représentants. Pourtant, c’est ce qui est arrivé à ce texte, très attendu par le ministère des Finances et les autorités monétaires.

    Ainsi, après avoir franchi l’étape de la deuxième lecture de la Commission des finances qui lui a apporté quelques changements après l’étape des conseillers, notamment le renouvellement du mandat du wali de la banque centrale deux fois, voté à l’unanimité.

    L’autre changement réside dans la suppression de l’amendement prévoyant l’introduction de la langue amazighe sur les billets de banque et les pièces de monnaie. Le texte a été programmé en plénière pour son adoption et son transfert à l’imprimerie officielle pour une publication au Bulletin officiel.

    Entre-temps, le président du RNI, Aziz Akhannouch, est entré dans la danse, en remontant les bretelles au chef du groupe parlementaire Taoufik Kamil. Il lui reproche de ne pas l’avoir consulté à l’avance.

    Ce dernier s’est trouvé dans l’obligation de publier un communiqué de presse pour annoncer son intention de demander, lors de la plénière, le retour du projet de loi à la Commission des finances. Il a voulu montrer que le parti a décidé de changer de position et de voter en faveur de l’amendement introduisant la langue amazighe sur les billets de banque et les pièces de monnaie.

    C’est la stupeur dans les rangs du RNI et au sein de la majorité, surtout que les conseillers et les députés de ce parti avaient voté contre cet amendement défendu par le PAM. Même l’Istiqlal s’était rangé aux côtés de la majorité pour annuler l’amendement des conseillers.

    La tournure prise par les évènements n’est pas du goût du ministre de l’Economie et des Finances. En effet, Mohamed Benchaâboun ne voulait pas qu’on retarde l’adoption de son projet de loi. Surtout que le projet de loi organique sur l’officialisation de l’amazighe comporte une disposition visant l’inscription des langues arabe et amazighe sur les billets de banque.

    Toutefois, ce texte prévoit une application progressive, qui s’étale sur une période de 10 ans. «C’est une loi organique. Pourquoi alors mettre cette disposition dans une loi ordinaire», se demande Abdallah Boinou (PJD), président de la Commission des finances à la Chambre des représentants.

    Mais a-t-on mesuré les conséquences financières de l’application immédiate d’une telle mesure? En effet, Dar As-Sikkah devra engager des investissements pour changer son matériel de conception et d’impression. S’y ajoute le coût logistique nécessaire au ramassage de l’argent en circulation sur le marché, particulièrement à la veille du retour massif de la communauté marocaine résidente à l’étranger.

    Sur ce dossier, une source officielle au sein de Bank Al-Maghrib donne sa position. Pour elle, «une loi organique se prononcera sur l’usage de la langue amazighe dans l’ensemble des aspects économique et social du quotidien des citoyens. En vertu de cette loi organique, les dispositions nécessaires seront intégrées par rapport à cette question. La loi organique prime par rapport à la loi spéciale».

    En tout cas, ce n’est pas le premier coup que Mohamed Benchaâboun encaisse sans broncher de la part du président du RNI. La première fléchette a été lancée lors des protestations des commerçants contre une supposée facture numérique il y a quelques mois, décriée par le président du RNI lors d’une réunion de son état-major à Nador.

    Or, le ministre des Finances n’avait même pas entamé les réunions avec ses services et les professionnels pour élaborer le décret d’application. Visiblement, les deux hommes ne semblent pas sur la même longueur d’onde. Pourtant, à sa nomination par le Roi, Mohamed Benchaâboun a été présenté comme une recrue de Aziz Akhannouch. Et en tant que ministre, il devient, sur titre, membre du bureau politique.

    Mais, dans la réalité, les choses se passent autrement. Le ministre des Finances ne prend pas part aux activités partisanes du RNI. Il n’a assisté qu’une seule fois aux réunions du bureau politique du parti, juste après sa nomination en remplacement de Mohamed Boussaid.

    Plus-value électorale

    Dans cette histoire d’amendement amazigh, Mohamed Benchaâboun ne voulait pas qu’on utilise son projet de loi pour régler des comptes politiciens. Car, dans cette affaire, Aziz Akhannouch a été à la manœuvre pour faire pression sur son groupe parlementaire et sur les partis de la majorité, particulièrement le PJD. L’objectif est d’accélérer l’adoption du projet de loi organique relative à l’officialisation de la langue amazighe qui traîne dans les tiroirs de la Chambre des représentants depuis bientôt trois ans (déposé par le gouvernement Benkirane). Ce texte ne va pas sans le projet de loi organique sur le Conseil national des langues et de la culture  marocaines. De prime abord, le président du RNI semble avoir réussi en partie son coup. En effet, le dépôt des amendements du projet de loi organique a été fixé pour vendredi dernier. La Commission de l’enseignement et de la culture entame aujourd’hui, lundi 3 juin, l’examen et le vote des deux projets de loi. Ces derniers, en compagnie du texte sur le statut de Bank Al-Maghrib, sont promis pour une plénière la semaine prochaine. Visiblement, Aziz Akhannouch veut paraître comme le grand défenseur de la langue amazighe. Les partisans de cette logique comptent engranger une plus-value électorale. Ils tablent sur une centaine de milliers de nouveaux électeurs pour le RNI lors des prochaines élections.

    Mohamed CHAOUI

     

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