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    Finances-Banques

    Mutandis bouscule les codes de la communication financière

    Par Franck FAGNON | Edition N°:5528 Le 31/05/2019 | Partager
    Publication trimestrielle, prévisions annoncées au marché, rencontres avec les investisseurs...
    Hausse prévue de 10% de l'excédent brut d'exploitation en 2019
    La volonté de développer la Bourse s'est arrêtée depuis 20 ans!
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    Adil Douiri, fondateur de Mutandis: «Nous devons être la société la plus prévisible possible pour les marchés et pour la Bourse. Il y a donc un focus sur la discipline budgétaire et les prévisions» (Ph. L'Economiste)

    Introduite en Bourse en décembre dernier, Mutandis est une société atypique dans le paysage du capitalisme marocain. Il n'y a pas d'actionnaire archi dominant comme souvent dans les firmes cotées à Casablanca. Le capital est éclaté entre les actionnaires avec un flottant en Bourse de 65%. Cette configuration du tour de table nécessite des exigences particulières en termes de qualité et de délai de communication financière, explique Adil Douiri, fondateur du groupe. L'entreprise s'est obligée à la publication trimestrielle de ses résultats, même si elle n'y est pas tenue par la réglementation. Au premier trimestre, elle a réalisé un chiffre d'affaires consolidé de 315 millions de DH, en hausse de 15%. Elle table sur une croissance entre 6 et 8% de ses revenus sur l'ensemble de l'année et une hausse de l'ordre de 10% de l'excédent brut d'exploitation. Adil Douiri analyse les choix de son groupe et la situation de la Bourse.

    - L'Economiste: Quatre mois après l'introduction en Bourse de Mutandis, qu'est-ce qui a changé dans votre quotidien?
    - Adil Douiri:
    Les changements se situent à deux niveaux principalement. D'abord en interne, nous portons une attention plus forte aux chiffres. Nous devons être la société la plus prévisible possible pour les marchés et pour la Bourse. Il y a donc un focus sur la discipline budgétaire et les prévisions. Lorsqu'on appartient à soi-même ou à un groupe restreint d'actionnaires, il n'est pas grave que quelque chose soit fait par avance ou en retard. Par contre, lorsqu'on est coté en Bourse, il faut être plus fin dans ses prévisions et rigoureux sur les chiffres.
    Ce qui change aussi, c'est l'agenda du dirigeant et du directeur financier. Une bonne partie du temps est tournée vers les relations avec les actionnaires pour leur expliquer l'entreprise et détailler ses perspectives, sachant que c'est une population mouvante. Nous avons une forte demande d'informations et de rendez-vous de la part des investisseurs anglo-saxons, principalement d'Afrique du Sud, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. J'ai participé à des rencontres en Afrique du Sud et à Londres. Je retournerai à Londres pour des rencontres individuelles en septembre. Je pense que Mutandis est aujourd'hui bien connue auprès des investisseurs internationaux et a attiré dans son capital un bon nombre d'entre eux. Je n'en dirai pas autant des gérants de portefeuilles institutionnels marocains.

    - Comment expliquez-vous cette tiédeur des institutionnels locaux?
    - Nous effectuons avec eux le même travail qu'auprès des investisseurs étrangers. Le résultat n'est pas le même pour le moment. Ils sont peut-être plus méfiants. Nous sommes en Bourse depuis quelques mois seulement et il leur faudra sans doute plus de temps pour avoir plus confiance. Mais nous avons foi qu'ils adhèrent à l'histoire que nous voulons raconter.

    - Vous avez choisi de publier vos indicateurs trimestriellement. Est-ce une façon de vous démarquer des pratiques de la majorité de la cote?
    - Même en étant hors de la Bourse, nous nous comportions déjà comme une société cotée, avec beaucoup de transparence et de communication envers nos actionnaires. Je pense qu'il est de la responsabilité du management de s'assurer que les différents intervenants sur le marché des capitaux ont une bonne compréhension de la réalité de l'entreprise, de ses mécanismes de fonctionnement et de ses perspectives d'avenir. C'est ainsi que le cours de Bourse finit par refléter la réalité de la valeur de l'entreprise. C'est l'une des raisons qui nous a poussés à choisir une publication trimestrielle de nos chiffres d'activité bien que la réglementation ne nous y oblige pas. En communicant tous les trois mois, nous améliorons la «guidance», c'est-à-dire le pilotage des attentes et des anticipations des analystes quant aux résultats de l'année en cours.

    - Les petits porteurs sont bien souvent les oubliés de la communication des entreprises cotées. Quel dispositif avez-vous prévu pour mieux les informer?
    - Nous avons eu environ 3.100 petits porteurs lors de notre introduction en Bourse. C'est vrai que nous n'avons pas encore trouvé le canal d'échange et d'information avec cette catégorie d'actionnaires. A l'assemblée générale, ils ne sont pas venus. Par ailleurs, la publication formelle des comptes dans les journaux est une forme de communication inadaptée aux petits porteurs. Nous réfléchissons donc à mettre en place une communication digitale (réseaux sociaux, médias digitaux...) qui puisse permettre d'informer en temps réel une large population d'épargnants, actionnaires actuels ou potentiels de Mutandis. Cette information doit être continue tout au long de l'année. J'espère qu'on y arrivera d'ici la fin de l'année. 

    - Les actionnaires de Mutandis sont-ils contents aujourd'hui?
    - L'année commence bien avec une croissance de 15% du chiffre d'affaires au 1er trimestre, ce qui est plutôt exceptionnel pour des produits de grande consommation. Sur l'ensemble de l'année, nous prévoyons une hausse de 10% de l'excédent brut d'exploitation et une croissance de 15 à 20% du résultat net. Parallèlement, nous travaillons d'arrache-pied à la finalisation des projets d'investissement financés par les ressources levées en Bourse. Nous comptons construire trois nouvelles usines et créer entre 400 et 600 emplois au démarrage. Nous devons néanmoins bien ficeler les études marketing détaillées relatives aux nouvelles catégories de produits que nous lancerons. L'objectif est d'avoir tout décidé au 4e trimestre.

    - Quel regard portez-vous sur l'état de la Bourse?
    - Pour être franc, je pense que la volonté politique de construire et de développer des marchés des capitaux au Maroc s'est arrêtée depuis près de 20 ans. Les ministres des Finances se succèdent, mais sont débordés par le budget, les impôts et ne passent pas de temps sur la construction des marchés. Le sujet leur paraît secondaire.
    La Bourse sert à augmenter le capital des entreprises pour qu'elles puissent s'endetter auprès des banques pour investir et grandir. En même temps, la Bourse a un effet magique sur les entreprises qui y entrent: elles sont pérennisées, deviennent transparentes, payent leurs impôts, s'organisent pour survivre à leurs fondateurs, recrutent des hommes de qualité, etc. Ce n'est donc pas un sujet secondaire.
    Nous avons un potentiel d'au moins 150 sociétés cotées, alors que nous végétons à 75 sociétés depuis 20 ans et c'est bien triste. C'est une simple question de volonté politique: qui veut peut. Eu égard aux bienfaits que le bon fonctionnement de la Bourse et son élargissement apporteraient à notre économie (investissements privés et emplois), il serait bon que les autorités se mettent au travail et appuient sur le bouton du développement accéléré.
    Je suis néanmoins optimiste dans la mesure où nous avons la chance d'avoir un ministre des Finances qui a vécu en tant que dirigeant de banque les dysfonctionnements des marchés. Nous sommes donc dans la bonne fenêtre pour reprendre le travail de fond.

    Des profits warning... sur le passé

    «La réglementation marocaine a une difficulté conceptuelle sur l'alignement de la diffusion de l'information entre les petits porteurs et les professionnels. Ce tabou a été dépassé depuis longtemps dans les grandes Bourses. Les entreprises communiquent avec le grand public par l'intermédiaire des analystes financiers et de la presse spécialisée. Au Maroc, cette diffusion de l'information via un intermédiaire n'est pas encore totalement acceptée. Nous sommes encore dans le principe pur et dur qui veut qu'on ne dise mot à quelqu'un sans l'avoir fait avec les autres. Une fois qu'on aura érigé le principe de conférence avec les analystes, des contacts one to one entre les émetteurs et les analystes, nous ferons un saut qualitatif en matière d'information financière. Les publications de profit warning sont la preuve que nous ne sommes pas encore à niveau. L'alerte sur les résultats est une révision des projections. Les émetteurs doivent guider les analystes sur leurs prévisions futures et non sur le passé. Alors que nous avons sur le marché des publications de profit warning en janvier ou en février sur les résultats de l'année précédente. C'est hallucinant!» .

                                                                   

    250 millions de DH à investir, 3 nouvelle usines

    Entrée en Bourse en décembre 2018, Mutandis est une société atypique, d'abord par l'actionnariat. Le capital est éclaté entre les actionnaires avec un flottant en Bourse de 65%. La levée de fonds va permettre à la l'entreprise d'accélérer sa croissance. Elle prévoit 250 millions de DH d'investissement en deux ans, notamment dans trois nouvelles usines. Cela portera à 12 les unités industrielles de l'entreprise. «Ces investissements démontrent que nous avons confiance dans le futur», relève Adil Douiri, fondateur de Mutandis.

    Au premier trimestre, l'industriel a réalisé un chiffre d'affaires en hausse de 15% à 315 millions de DH. La croissance est au rendez-vous sur tous les segments. Premier pôle de revenus, l'activité Détergent a généré un chiffre d'affaires de 148 millions de DH (+17%). Les ventes des marques propres ont accéléré de 21% sur les trois premiers mois de l'année. Sur le métier des produits de la mer, la société a amélioré ses revenus de 4% à 95 millions de DH. La maintenance simultanée de deux navires ont impacté la commercialisation des produits accessoires.

    En revanche, les ventes de conserves de sardine affichent une hausse de 9%. Mutandis vend en Europe, aux Etats-Unis et en Asie pour le compte des marques distributeurs. Elle écoule ses propres marques en Afrique subsaharienne. La conserve de sardine Anny par exemple cartonne en République démocratique du Congo, un marché sur lequel Mutandis réalise 80 millions de DH de chiffre d'affaires (annuel).

    Les activités de bouteilles alimentaires et de jus de fruits ont vu leur chiffre d'affaires augmenter de plus de 30% à 72 millions de DH.

    Pour l'ensemble de l'année, la société table sur une croissance comprise entre 6 et 8% du chiffre d'affaires consolidé et une hausse de l'ordre de 10% de l'excédent brut d'exploitation.

    Propos recueillis par Franck FAGNON

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