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    Episode 12 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Jésus et Jean Baptiste

    Par L'Economiste | Edition N°:5524 Le 27/05/2019 | Partager
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    Jean  demande au peuple d’Israël de se détourner de ses fautes et réclame la repentance.  Les gens viennent à lui, il les baptise, en les plongeant dans le Jourdain, marquant une nouvelle vie sans péchés. Les baptisés forment la nouvelle nation d’Israël: ses membres, purifiés, sont prêts à accueillir le Royaume de Dieu. Jésus a fait partie de ces personnes (Crédit DR)

    Ce sont les Evangiles canoniques qui racontent de nombreux épisodes de la vie de Jésus. Les Épîtres (lettres) de Paul (rédigées entre 50 et 65) sont généralement reconnues comme plus anciennes que les Évangiles, mais fournissent peu d’informations sur la vie de Jésus.
    Les travaux modernes ont élargi la liste des sources, notamment aux documents apocryphes, ceux qui n’ont pas été retenus par le canon biblique. À la lecture des Évangiles, on constate que ceux-ci se concentrent sur deux périodes de sa vie: sa petite enfance et surtout les dernières années de sa vie avec quelques apparitions qui suivent sa résurrection. La question qui se pose est celle de savoir si les quatre Évangiles racontent la même chose.
    En réalité, les Évangiles se recoupent beaucoup mais chacun traite de la vie de Jésus d’un angle différent. Ainsi, Matthieu insiste beaucoup sur l’appartenance de Jésus au monde juif. Il n’hésite pas à citer des textes de prophètes de l’Ancien Testament pour les rattacher aux événements qu’a connus Jésus. Il a, également, regroupé en cinq grands discours les paroles que Jésus a prononcées en diverses occasions.
    L’Évangile de Marc est différent. Il a un caractère narratif et comprend peu de discours de Jésus. Luc se présente, avant tout, comme un historien. Quant à Jean, c’est l’identité de Jésus et sa relation avec Dieu qui sont mises en relief.
    Le déroulement de la vie de Jésus
    On a essayé de reconstituer la physionomie de Jésus à partir de ce que l’on a appelé «le linceul de Turin». Il s’agit d’une pièce de lin dans laquelle Jésus semble avoir été enseveli et qui se trouve à Turin, en Italie, dans la crypte en marbre noir de l’une des chapelles baroques de la cathédrale San Giovanni.
    Pour Jean-Christian Petit fils, dans son livre intitulé Jésus, ce linceul représente les empreintes faciale et dorsale d’un homme de type sémitique, flagellé, violemment frappé au visage, sanguinolent, coiffé d’une calotte d’épines, crucifié selon les techniques romaines, avec des clous aux poignets et aux pieds, portant au flanc droit une blessure ; autrement dit, les plaies de la Passion.
    Pour de nombreux chrétiens, ce linceul constitue le témoin silencieux de la sépulture et de la résurrection de Jésus. Son authenticité a suscité et continue de susciter de grands débats. Il permet de montrer, selon l’anthropologue et archéologue Carleton S. Coon, que Jésus était grand, entre 1,75 et 1,85 mètre, athlétique, de bonne corpulence, sans excès de poids (entre 77 et 79 kg), de type sémite ancien tel un hébreu sépharade.

    L’enfance de Jésus
    Les Évangiles ne disent rien sur la période entre la naissance de Jésus jusqu’à l’âge de trente ans. La seule exception concerne l’Évangile de Luc qui raconte un événement important que Jésus a vécu à l’âge de douze ans. À cet âge, Jésus accompagne ses parents à Jérusalem pour la fête de Pâque. Sur le chemin du retour, Joseph et Marie constatent que Jésus, n’est plus avec eux. Affolés, ils retournent à Jérusalem et pendant trois jours, ils sont à sa recherche. Ils le trouvent dans le Temple en pleine conversation avec les docteurs de la Loi. Lorsque ses parents lui reprochent d’agir ainsi, il répond de façon énigmatique «Pourquoi me chercher? Ne savez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père».
    Durant sa jeunesse, tout le monde croit que Jésus a été charpentier-menuisier et que ceci résulte de plusieurs versets du Nouveau Testament. En fait, la profession de Jésus n’est établie que par un verset de Marc, quand les habitants de Nazareth se sont demandés: «N’est-ce pas le charpentier?» (Marc, VI, 3), interrogation transformée par Matthieu en: «N’est-ce pas le fils du charpentier?» (Matthieu, XIII, 55). Or d’après certains historiens, dont James Tabor, le mot grec «tectone» a un sens plus large, qui signifie, le «bâtisseur» ou le «constructeur». Ils pensent que Jésus, comme Joseph, travaille dans la pierre et qu’il connaît une situation matérielle précaire d’un journalier, ne possédant pas de terre. Ce qui n’est pas facile pour lui car ces historiens pensent que Joseph est mort assez jeune et que c’est Jésus qui a eu la charge de sa nombreuse famille. Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus raconte lui-même l’histoire de paysans, payés «un denier par jour» pour travailler dans un vignoble, les décrivant comme devant endurer «la fatigue du jour et la chaleur» (Matthieu, XX, 12), comme s’il parlait de lui-même. Certains auteurs rapportent, mais sans aucune preuve, que Jésus a fait des voyages en Inde, au Tibet ou en Haute-Égypte pour expliquer son savoir et sa science. Ce genre d’affirmations doit être écarté car sans fondement. En revanche, les historiens pensent que Jésus parle l’araméen, sa langue maternelle et celle de son peuple, qu’il a des notions d’hébreu, langue de la Bible juive et certainement des notions de grec. Comme dans les maisons orientales, il a dû vivre dans un foyer plein d’enfants et de gens de passage.

    Jean-Baptiste, précurseur de Jésus
    Les liens, notamment historiques, entre Jean le Baptiste (Yahia dans le Coran) et Jésus sont incontestables. Les premiers chrétiens ont salué, en lui, le précurseur de Jésus. Pour eux, Jésus s’est associé à son mouvement pour procéder, ensuite, à étendre son propre message. Certains des premiers disciples de Jésus ont été des adeptes de Jean-Baptiste.
    Jean est issu de la tribu de Lévy, un descendant de Aaron, le frère de Moïse. D’après la Torah (Nombres, IV, 43), ce sont les prêtres qui s’occupent du service du Temple depuis l’âge de trente jusqu’à celui de cinquante ans. Il n’y a pas de plus noble mission pour un juif que de servir le Temple. Pourtant, d’après les historiens, Jean n’a jamais exercé la moindre fonction sacerdotale au Temple. Il a préféré, contrairement à son père Zacharie, se retirer dans le désert.
    Il est d’ailleurs frappant de constater que le Coran, qui considère Jean-Baptiste (Yahia) comme un prophète, consacre de nombreux versets aux conditions de sa naissance, rejoignant ainsi les informations données par la Bible.

    Jean-Baptiste, selon les Évangiles
    C’est Luc qui établit un parallèle entre la naissance de Jésus et celle de son cousin, Jean, fils de Zacharie qui deviendra Jean-Baptiste et qui sera le précurseur du Messie, celui qui lui ouvrira le chemin.  Jean, fils de Zacharie et d’Élisabeth, est né dans des conditions peu ordinaires, de parents stériles et avancés dans l’âge. Issu d’une famille de prêtres, Jean apparaît, à la trentaine, dans le désert, au bord du Jourdain. Il est cité plus de deux cents fois dans la Bible. D’après Matthieu, «Jean est celui que le prophète Isaïe avait annoncé lorsqu’il a dit: (C’est la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, rendez ses sentiers droits)» (Matthieu, III, 3). Comme un prophète, dans la pure tradition juive, il mène une vie d’ascète: il s’alimente uniquement de sauterelles et de miel sauvage et porte une tunique en peau de chameau. Jésus dit de Jean qu’il «ne mangeait ni ne buvait» ou encore qu’il «ne consommait ni pain ni vin». Il demande au peuple d’Israël de se détourner de ses fautes et réclame la repentance, en annonçant un prochain jugement de Dieu, car la fin est proche, et le Royaume de Dieu est imminent. Ses propos, rapportés, notamment, par Luc, ont une connotation apocalyptique.
    Les gens viennent à lui, il les baptise, en les plongeant dans le Jourdain, marquant une nouvelle vie sans péchés. Les baptisés forment la nouvelle nation d’Israël: ses membres, purifiés, sont prêts à accueillir le Royaume de Dieu. Jésus a fait partie de ces personnes. L’historien juif  Flavius Josèphe parle de Jean en le surnommant «Jean le Baptiseur». Il dit de lui qu’il demande aux gens de s’engager à suivre le droit chemin, à se montrer justes envers leurs semblables et à vénérer Dieu. Cet engagement est symbolisé par l’immersion dans le Jourdain et par le baptême. En effet, le baptême de Jean a une signification particulière, puisqu’il s’agit d’un rite purificateur et unificateur qui n’a pas de précédent dans le judaïsme, en ce sens qu’il ne sépare pas le sacré du profane, mais le bien du mal ou encore le moral de l’immoral. À ce propos, les historiens, dont Flavius Josèphe, insistent sur le fait de ne pas commettre de faux-sens: le baptême de Jean n’efface pas les péchés et le fils de Zacharie n’a jamais prétendu être mandaté pour accomplir un tel geste de pardon. D’après Marc, il s’agit d’un «baptême de conversion ou de repentir», en vue du pardon des péchés. Paul parle d’un «baptême de repentance».
    Il est remarquable de constater que, pour les Évangiles, c’est la rencontre entre Jésus et Jean qui constitue le point de départ de la mission de Jésus.
    Matthieu, qui ne dit aucun mot sur les trente années précédentes, affirme: «Alors, Jésus arrive de la Galilée au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui». (Matthieu, III, 13).
    Marc, quant à lui, commence son récit sur Jésus par cet évènement, ignorant tout ce qui est arrivé avant. Il dit, tout simplement: «Et il advint qu’en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth de Galilée, et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean» (Marc, I, 9).
    Même constat pour l’Évangéliste Jean qui, lui aussi, a occulté tout ce qui a précédé la vie de Jésus avant cet événement. Il raconte que Jean, voyant venir Jésus vers lui, dit: «Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde». (Jean, I, 29).
    Quant à Luc, qui a rapporté ce qui est arrivé à Jésus avec ses parents, lors d’un pèlerinage à Jérusalem, écrit: «Or il advint une fois que tout le peuple eut été baptisé et au moment où Jésus baptisé lui aussi se trouvait en prière que le ciel s’ouvrit… » (Luc III, 21).
    Ainsi, les Évangélistes sont tous d’accord pour raconter la rencontre de Jésus avec Jean, au bord du Jourdain. Jésus se présente, comme les autres pèlerins, devant Jean-Baptiste qui, dans un premier temps, refuse de le baptiser, sachant qui il est, jugeant que Jésus n’a pas besoin d’être purifié. Pourtant, Jésus insiste et Jean doit le baptiser. D’après l’Évangéliste Luc, pendant que Jésus prie, le ciel s’ouvre et le Saint-Esprit descend sur lui, sous forme d’une colombe. Cet événement est confirmé par Matthieu (Matthieu, III, 16-17).
    Concernant le fait que Jésus soit baptisé par Jean, les exégètes parlent du «critère d’embarras», dans la mesure où, par certains de ses aspects, le baptême de Jésus pose quelques problèmes, surtout aux premiers chrétiens et même pour les Évangélistes. En effet, si Jean baptise pour le pardon des péchés et si Jésus a insisté pour être baptisé par lui, cela signifie que Jésus avait des péchés à se faire pardonner.
    En outre, le fait que Jésus soit baptisé par Jean implique qu’il lui soit soumis et qu’il lui est supérieur. En effet, selon les termes de l’époque, cela signifie que Jésus a été le disciple de Jean et que ce dernier était son «rabbin», c’est-à-dire son guide spirituel. Or dans le contexte de la divinisation progressive de Jésus, l’idée est inconcevable. C’est la raison pour laquelle les Évangélistes ont essayé d’attribuer à Jean une place assez réduite par rapport à celle de Jésus, sans pouvoir nier qu’il était son précurseur.
    On a essayé de dépasser ce «critère d’embarras», en puisant dans ce qu’on a appelé «l’Évangile perdu», nommé, par la suite, «la source Q», de l’allemand «Quelle», qui veut dire (Source). De quoi s’agit-il? Il s’agit d’une enquête textuelle, menée par des chercheurs allemands, il y a plus de cent cinquante ans.
    Cette enquête a permis de faire ressortir des Évangiles de Luc et de Matthieu un autre Évangile qui était dissimulé dans les deux Évangiles sans que personne ne le remarque. En effet, on sait que Matthieu et Luc se sont appuyés sur la narration de Marc, mais également sur une autre source et c’est justement ce document que l’on désigne par la lettre «Q». Avec ce travail réalisé par les chercheurs allemands, on a trouvé un ensemble de paroles de Jésus, plus anciennes que celles rapportées par Marc. Or d’après la «source» Q, Jésus a énormément cité Jean, en disant de lui qu’il était «plus qu’un prophète» (Luc.VII, 26), ou encore «Je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’y en a point de plus grand que Jean». C’est dire la haute estime dans laquelle Jésus tenait Jean. D’ailleurs, Matthieu, tout en insistant sur ces sentiments de Jésus pour Jean, rapporte ces paroles qui confirment que ce dernier est véritablement le précurseur de Jésus: «Voici, j’envoie mon messager devant toi pour préparer le chemin» (Matthieu, II, 10).
    Quoi qu’il en soit, en se faisant baptiser, Jésus a manifesté ouvertement son adhésion au mouvement de Jean. Sur l’authenticité du baptême de Jésus par Jean-Baptiste, de nombreux historiens pensent qu’il n’y a pas de raison d’en douter. C’est le cas de David Flusser, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem ou encore du théologien James D.G. Dunn. De son côté, Reza Aslan pense que la vie de Jésus historique n’a pas commencé avec sa naissance miraculeuse, mais avec sa rencontre avec Jean-Baptiste pour la première fois. Concernant la mort de Jean, Matthieu raconte dans quelles conditions il a été exécuté sur l’ordre d’Hérode (Matthieu XIV, 3-12). En effet, Jean n’a cessé de critiquer les gens qui gouvernent le peuple, en particulier la vie dissolue d’Hérode Antipas. Celui-ci a épousé Hérodiade, sa belle-sœur, la femme de son frère Philippe; cette critique lui sera fatale. Hérode Antipas finira par le faire arrêter en l’an 29 de notre ère et le décapiter. D’ailleurs, quand Hérode entend parler de Jésus, il dit à ses serviteurs: «C’est Jean-Baptiste; il est ressuscité et c’est pour cela qu’il a le pouvoir de faire des miracles».  Avec la mort de Jean, un coup dur a été porté au mouvement messianique. Jésus, comprenant que son tour allait arriver, décide de rentrer dans la clandestinité. Quoi qu’il en soit, le Coran a réservé une place de choix à Jean-Baptiste, considéré comme prophète et messager de Dieu.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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