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    Episode 11 Jésus, une grande figure biblique du Coran: L’horrible calomnie

    Par L'Economiste | Edition N°:5523 Le 24/05/2019 | Partager
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    Certains écrits racontent que trois Rois mages, venus d’Orient, cherchent «le roi des juifs » qui vient de naître. Les Évangélistes ne précisent pas s’ils sont rois ou encore trois. Ils disent avoir vu son étoile et désirent l’adorer. Cette affaire arrive aux oreilles d’Hérode dont les conseillers religieux l’informent que, d’après la prophétie de Michée, le Christ doit naître à Bethléem. Hérode invite les mages pour connaître leur présage. Ceux-ci retrouvent finalement le couple (Marie et Joseph) ainsi que l’enfant Jésus à qui ils font des cadeaux (de l’or, de l’encens et de la myrrhe). Quant à Hérode, il décide de faire tuer tous les enfants de deux ans et moins qui sont à Bethléem et sur tout le territoire; c’est ce qu’on appelle «le massacre des innocents». Lors d’un rêve, l’ange apparaît à Joseph et lui recommande de partir avec sa famille en Égypte jusqu’à ce qu’il lui annonce la mort d’Hérode.
    Pour revenir sur la naissance miraculeuse de Jésus, comme on l’a signalé, seuls les Évangiles de Matthieu et de Luc la mentionnent. Ni Marc ni Jean n’en parlent. Jean va jusqu’à dire: «Nous ne savons pas d’où vient cet homme, mais il est vrai que, lorsque le Messie apparaît, personne ne sait d’où il vient» (Jean, VII, 27).
    Aujourd’hui, «la conception virginale» de Jésus qui consiste à affirmer que la grossesse de Marie procède d’une action divine sans intervention d’un mâle est devenue un dogme théologique fondamental et tous ceux, parmi les chrétiens, qui diraient le contraire seraient les auteurs d’un blasphème, et même d’une hérésie.

    La naissance miraculeuse de Jésus, selon le Coran

    Les conditions de la naissance miraculeuse de Jésus, telles que racontées par le Coran, sont très proches de celles des Évangiles de Luc et Matthieu. Cependant, contrairement à ce qu’affirme Luc, aucune référence au fait que Jésus sera appelé «Fils de Dieu» ne figure dans le Coran. En plus, comme nous l’avons vu, contrairement aux Évangiles de Matthieu et de Luc qui donnent à Jésus une généalogie masculine, d’ailleurs différente, le Coran place Jésus, par sa généalogie maternelle, dans la lignée de Noé, Abraham et le père de Marie, Imran. Dans tous les cas, le Coran donne plus de détails sur la naissance de Jésus que les deux Évangiles réunis.
    Ainsi, concernant la naissance de Jésus, le Coran rapporte: «Mentionne Marie, dans le Livre. Elle quitta sa famille et se retira, en un lieu vers l’Orient. Elle plaça un voile entre elle et les siens. Nous lui avons envoyé Notre Esprit: il se présenta devant elle sous la forme d’un homme parfait. Elle dit : (Je cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux ; si toutefois tu crains Dieu!) Il dit: (Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur). Elle dit: (Comment aurai-je un garçon ? Aucun mortel ne m’a jamais touchée et je ne suis pas une prostituée). Il dit: (C’est ainsi: Ton Seigneur a dit: cela m’est facile. Nous ferons de lui un Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de Nous. Le décret est irrévocable)» (Coran, XIX, 16-21).
    Expliquant ce verset, les exégètes musulmans, cités par Ibn Kathir, racontent que, un jour, Marie sort de sa chambre et se retrouve, soudain, seule, devant un homme, sous une forme parfaite. C’est l’ange Gabriel, envoyé par Dieu. Pour l’Évangéliste Luc, c’est pendant un songe que Marie a eu cette apparition. Effrayée par cette apparition, «elle dit: (Je cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux ; si toutefois tu crains Dieu!)» (Coran, xix, 18).
    Gabriel lui dit de ne pas avoir peur car il n’est pas un homme ordinaire, c’est le messager de Son Seigneur et son Envoyé. Il lui annonce qu’elle va avoir un enfant, un garçon pur. Troublée par cette déclaration, Marie exprime sa surprise et déclare: «Elle dit: (Comment aurai-je un garçon? Aucun mortel ne m’a jamais touchée et je ne suis pas une prostituée)» (Coran, XIX, 20). Une interrogation similaire se trouve dans l’Évangile de Luc: «Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?» (Luc, 1, 34). L’ange Gabriel lui explique que c’est la volonté de Dieu, et rien ne pourra l’arrêter. «Il dit «C’est ainsi: Ton Seigneur a dit: Cela m’est facile…» (Coran, XIX, 21). Dieu, le Tout-Puissant, dit que la naissance de Jésus est un signe de son omnipotence. Il peut créer sans qu’il y ait phénomène de cause à effet. Il a déjà créé Adam, sans père ni mère; Il a créé Ève hors d’un homme et sans mère. Il va créer Jésus, d’une mère et sans père. D’ailleurs, dans le Coran, Dieu déclare qu’Il veut faire de la naissance miraculeuse de Jésus un signe pour toute l’humanité, et l’expression de son Pouvoir: «Nous ferons de lui un Signe pour les hommes; une miséricorde venue de Nous. Le décret est irrévocable». (Coran XIX, 21).
    Comment, alors, s’est opérée la conception miraculeuse de Jésus? Dieu, dans le Coran, dit: «Et Marie, fille de Imran qui garda sa virginité. Nous lui avons insufflé de Notre Esprit… » (Coran, LXVI, 12). Certains exégètes disent que Gabriel a soufflé sur sa poitrine, et le souffle est entré dans son utérus à travers son vagin. Elle devient, ainsi, enceinte de Jésus. La suite des événements n’est pas facile pour Marie. On comprend qu’elle soit bouleversée par ce qui vient de lui arriver et, aussi, par ce que les gens diront de sa grossesse.
    En effet, dès que les premiers signes de la grossesse apparaissent, les gens commencent à jaser. Ils connaissent sa piété et sa droiture et n’arrivent pas à comprendre qu’elle tombe enceinte sans avoir de relations avec un homme. Devant leur étonnement, elle leur dit, d’après le Coran, que Dieu lui a annoncé de bonnes nouvelles: l’enfant qu’elle porte en son sein n’est pas n’importe qui: «Les anges dirent: (Ô Marie! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de Lui: Son nom est le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. Dès le berceau, il parlera aux hommes comme un vieillard; il sera au nombre des justes)». (Coran, III,45-46).
    La même conversation a eu lieu avec Zacharie, auquel Marie donne les mêmes réponses. Un des exégètes musulmans rapporte que Marie est allée voir sa cousine Élisabeth, épouse de Zacharie, et lui annonce qu’elle est enceinte et Élisabeth, elle-même enceinte de Jean, lui dit: «Je sens que celui qui est dans mon ventre s’incline devant celui qui est dans le tien». Les opinions divergent sur la durée entre le moment où Marie est tombée enceinte et celui de l’accouchement. Mais, pendant toute cette période, Marie souffre des calomnies des gens qui l’accusent d’être tombée enceinte de Joseph, hors mariage. L’accouchement est raconté par le Coran qui dit: «Elle devint enceinte de l’enfant puis elle se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier». (Coran, XIX, 22-23).

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    Elle se tord de douleurs et souffre doublement: de la douleur de l’accouchement et de celle de la calomnie. Elle déclare, d’après le Coran: «Malheur à moi! Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée». (Coran, XIX, 23). Elle sait que les gens parlent d’elle et tous ceux qui la connaissent n’arrivent pas à croire qu’une femme, issue d’une famille de prêtres et de prophètes, soit coupable d’un tel délit d’adultère. D’après le Coran, au moment de l’accouchement, elle entend une voix au-dessous d’elle qui lui dit: «Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds. Secoue vers toi le tronc du palmier; il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange, bois et cesse de pleurer » (Coran, XIX, 24-26).
    Quelle est donc cette voix? Certains disent qu’il s’agit de celle de l’ange Gabriel, mais la majorité des exégètes affirment qu’elle est de Jésus lui-même. La voix continue et dit: «Lorsque tu verras quelque mortel, dis: (j’ai voué un jeûne au Miséricordieux; je ne parlerai à personne aujourd’hui)» (Coran, XIX, 26).
    Les exégètes musulmans, cités par Ibn Kathir, rapportent que, après l’accouchement, les gens du village de Marie, qui ne l’ont pas vue pendant un certain temps, partent à sa recherche et la trouvent avec un bébé dans les bras. Surpris, ils lui disent, d’après le Coran: «Ô Marie! Tu as fait quelque chose de monstrueux! Ô sœur d’Aaron! Ton père n’était pas un homme mauvais et ta mère n’était pas une prostituée». (Coran, XIX, 27-28).
    Les opinions ne sont pas toutes d’accord sur cette référence à Aaron (Haroun pour les musulmans). Certains ont dit que Marie avait un frère qui portait ce prénom. D’autres, de façon erronée, ont affirmé que le Coran se réfère à Aaron, frère de Moïse. La réponse est celle qui a été rapportée par l’Imam Ahmed qui raconte que, lorsque le prophète Mohammed envoie un messager aux chrétiens de Najran, ceux-ci lui demandent à quel Haroun le Coran se réfère. Quand le messager rapporte ce fait au Prophète, celui-ci lui dit: «Pourquoi ne leur as-tu pas dit qu’ils nommaient à l’époque avec les noms des prophètes et des messagers?» Pour revenir à Marie, alors qu’elle porte le bébé dans ses bras, et qu’elle a été interpellée, violemment, par les gens de son village, le Coran dit: «Elle fit signe au nouveau-né et ils dirent alors: (Comment parlerions-nous à un petit enfant au berceau ?)» (Coran, XIX, 29). En effet, les gens pensent que c’est une plaisanterie de la part de Marie. Pourtant, rapporte le Coran, le bébé, miraculeusement, commence à leur parler, et dit: «Je suis en vérité, le Serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre; Il a fait de moi un prophète ; Il m’a béni, où que je sois. Il m’a recommandé la prière et l’aumône tant que je vivrai - et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent ni malheureux. Que la paix soit sur moi, le jour où je naquis; le jour où je mourrai; le jour où je serai ressuscité. » (Coran, XIX, 30- 33).
    Ce sont les premières paroles qu’a prononcées Jésus, alors qu’il est encore bébé. C’est aussi le premier miracle accompli par Jésus et qu’aucun des Évangiles ne rapporte. C’est aussi la meilleure réfutation de la calomnie des juifs qui prétendent que Jésus est le fruit d’une relation illégitime de Marie. C’est ce que confirme le Coran, dans un autre verset quand il dit: «Parce qu’ils n’ont pas cru, parce qu’ils ont proféré une horrible calomnie contre Marie». (Coran, IV, 156).
    En effet, les adversaires de Jésus, juifs et païens, ont prétendu que Jésus est né d’une relation illégitime. Le Coran qualifie cette prétention d’«énorme calomnie». Il a toujours désigné Jésus le «fils de Marie» «Issa Ibn Maryam». En effet, l’accusation d’adultère de Marie a été souvent au cœur des disputes entre les chrétiens, d’une part, les juifs et les païens, d’autre part. La plus ancienne version connue de cette accusation se trouve chez Celse, un philosophe grec qui a rédigé, vers l’an 178, un traité contre le christianisme, intitulé Discours véritables. Dans ce livre, il raconte l’histoire selon laquelle Marie était enceinte d’un soldat romain appelé Pantera et dont le mari l’avait répudiée pour adultère. En fait, Celse ne fait que rapporter une rumeur très répandue dans les milieux juifs de l’époque qui n’hésitent pas à appeler le Nazaréen  Jésus, fils de Pantera», sachant que d’après des recherches historiques et archéologiques récentes, faites notamment par l’Américain Tabor, le soldat romain Pantera a bien existé. Il est né en Syrie-Palestine, peut-être, de confession juive, contemporain de Marie, enterré, aujourd’hui, en Allemagne (Germanie à l’époque), dans le cimetière romain de Bingerbrück.
    Pour revenir à la rumeur colportée par les juifs, le paroxysme est atteint au Moyen âge, avec ce qui a été écrit dans les Toledot Yeshu «Les Histoires juives de Jésus» ou encore dans le Talmud. Pour Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, toutes ces accusations de prostitution ou d’adultère ont été des instruments des polémiques païennes et juives contre les chrétiens. Le contexte s’y prête dans la mesure où le christianisme est installé au pouvoir et où les juifs sont persécutés par les nouveaux maîtres. D’ailleurs, dans l’Évangile de Jean, on trouve cette phrase: «Nous ne sommes pas nés de la prostitution» (Jean, VIII, 41), répondant indirectement aux accusations déjà proférées par les pharisiens contre Marie. Dans tous les cas, en qualifiant l’accusation d’«horrible calomnie», le Coran prend le parti des chrétiens contre les juifs et les païens.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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