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    Turquie: Un «putsch contre les urnes»…

    Par L'Economiste | Edition N°:5511 Le 08/05/2019 | Partager
    Erdogan salue l'annulation du scrutin à Istanbul
    L'opposition affûte ses armes

    Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affiché sa satisfaction d'avoir obtenu l'annulation de l'élection municipale à Istanbul perdue par son parti. Et ce, au moment où l'opposition se réunit pour établir un plan de bataille.

    Après un déluge de recours du parti islamo-conservateur AKP de Erdogan dénonçant des «irrégularités massives», le Haut-comité électoral (YSK) a provoqué un séisme en annonçant l'annulation des résultats du scrutin municipal du 31 mars à Istanbul.

    «Cette décision était la meilleure pour renforcer notre détermination à résoudre nos problèmes dans le cadre de la démocratie et du droit et laisser la volonté populaire arbitrer…», s'est félicité Erdogan lors d'un discours devant ses députés à Ankara.

    Mais le principal parti d'opposition CHP (social-démocrate) a vivement condamné cette décision qui invalide le mandat de son candidat élu, Ekrem Imamoglu. Tout en dénonçant un «putsch contre les urnes et une mesure qui enfonce la Turquie dans la dictature».

    A l’heure où nous mettions sous presse, Imamoglu devait rencontrer mardi le chef du CHP Kemal Kiliçdaroglu et la dirigeante du parti Iyi (droite), Meral Aksener, qui a soutenu sa candidature lors du scrutin du 31 mars, pour discuter de leur stratégie.

    La défaite en mars de l'AKP dans cette mégalopole qu'elle contrôlait depuis 25 ans a infligé un camouflet sans précédent à Erdogan, qui a plusieurs fois déclaré dans le passé que «celui qui remporte Istanbul, remporte la Turquie».

    Pour faire annuler le scrutin à Istanbul, la capitale économique et démographique du pays, l'AKP a fait pleuvoir un déluge de recours sur les autorités électorales, tandis qu’Erdogan multipliait les appels à renouveler les élections. Le parti islamo-conservateur a également perdu la capitale Ankara, un revers qui s'explique notamment par la tempête économique qui secoue le pays.

    Le Haut-comité électoral a annoncé que le nouveau scrutin pour Istanbul se tiendrait le 23 juin. Il opposera à nouveau Imamoglu à l'ex-Premier ministre Binali Yildirim, le candidat de l'AKP qu'il avait battu le 31 mars avec moins de 13.000 voix.

    Pour Imamoglu, qui l'a emporté le 31 mars en dépit de conditions de campagne largement déséquilibrées en faveur de son opposant, l'annulation du scrutin sonne comme un coup de massue. Malgré tout, il s'est voulu rassurant et combatif appelant ses partisans rassemblés à Istanbul à «ne pas désespérer».

    Les réactions

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    La décision d'annuler le scrutin risque de renforcer les accusations de dérive autoritaire contre le président Erdogan. Ceci au moment où les organisations de défense des droits humains dressent un portrait de plus en plus sombre de la Turquie depuis le putsch manqué de 2016, suivi de purges massives. Après la décision du Haut-comité électoral, l'Union européenne a exhorté les autorités turques à permettre à des observateurs internationaux de surveiller le nouveau scrutin en juin. L’Allemagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Heiko Maas, a jugé incompréhensible une pareille décision qui suscite de surcroît l'inquiétude des marchés. La livre turque s’est dépréciée ces derniers jours pour évoluer en début de semaine au-dessus de 6 livres pour 1 dollar (0,89 euro).

    F. Z. T. avec agences

     

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