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    Comment les machines à laver écolo ont sauvé les oasis au Maroc

    Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5500 Le 22/04/2019 | Partager
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    Alors que le lavoir traditionnel rejette les eaux chargées de produits polluants directement dans la seguia, la laverie collective recycle les eaux usées dans un bassin de filtration et n’utilise que des produits écologiques (Ph. Association Eau du désert)

    Dans l’oasis de Tafilalet dans le sud du Maroc, cinq communes sont passées des lavoirs traditionnels, polluants, à des laveries collectives écologiques, faisant revivre l’agriculture oasienne.

    La modernité a certes amélioré le niveau de vie des habitants des oasis, mais elle a apporté également son lot de pollution dans un écosystème très fragile où l’eau est particulièrement précieuse. Dans le milieu oasien du sud du Maroc, le cours d’eau est utilisé pour l’abreuvage des bêtes et pour l’irrigation, mais également pour le lavage des habits et des tapis, et ce dans des lavoirs construits spécialement pour cette activité. Il y a encore quelques décennies, le lavoir ne constituait pas de problème, car les femmes, principales utilisatrices de ce système dans le milieu rural, employaient des produits naturels.
    Or, depuis l’introduction de la lessive chimique et l’eau de javel, les cours d’eau ont subit de plein fouet les effets de la pollution, particulièrement l’eau qui arrivait en aval de l’oasis, et qui servait jadis à irriguer la luzerne(dont la culture représente presqu’un quart des superficies consacrées aux fourrages dans le pays). L’eau s’infiltre par le sol et contamine celle des khettara, un système ancestral de dragage souterrain de l’eau, ainsi que celle des puits.

    Solution communautaire durable

    Pour faire face à cette problématique, l’association française l’Eau du désert (EDD), qui œuvre pour la sauvegarde des khettara au sud-est marocain, et en collaboration avec les associations locales de cinq oasis, a proposé à la population d’installer

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    Laverie collective-Les eaux de lavage sont évacuées dans deux bassins de filtration des eaux grises dotés d’un système de phytoépuration. L’évacuation s’effectue par alternance pour laisser le temps à la repousse des plantes épuratrices (Ph. Association Eau du désert)

    des laveries collectives modernes. «L’objectif de ce projet est de contribuer à la protection des sols et des ressources en eau d’irrigation du milieu oasien contre les polluants chimiques issues des lessives. C’est également une solution communautaire durable pour la réduction de la pollution et l’autonomisation des femmes», explique Yvette Suzuki, présidente de l’association.
    Ainsi, avec l’abandon des lavoirs traditionnels, les agriculteurs ont remarqué un recul progressif de la pollution des eaux d’irrigation et des sols des oasis causée par les substances chimiques. Selon les associations locales, la qualité de l’eau des khettara s’est améliorée et les odeurs nauséabondes ont disparu.
    Tout cela grâce à la phytoépuration, un système d’assainissement écologique qui filtre les eaux usées en utilisant des plantes et un substrat comprenant des graviers ou granulats. Celui-ci constitue l’habitat des bactéries qui vont dégrader les particules organiques pour les rendre assimilables par le milieu naturel. La granulométrie du gravier allant du plus fin au plus grossier, joue le rôle d’un filtre permettant de laisser passer l’eau tout en bloquant les plus gros éléments.
    Le gravier permet l’enracinement des plantes, qui, elles, décolmatent le filtre par le mouvement de leurs racines et décontaminent l’eau en absorbant une petite proportion des minéraux. L’initiative a commencé en 2013 avec un projet prototype dans l’oasis de Ouaklim, à 350 kilomètres à l’est de Marrakech. Dans sa formule finale, le projet a été développé en 2014 dans l’oasis d’Izilf, puis dans celles de Tabesbaste et Taltefraout cette même année et enfin en 2015 dans l’oasis de Magamane, dans la même région. Le financement des projets est assuré via la participation des associations locales en charge de la gestion, de l’association Eau du désert, de l’Initiative nationale de développement humain (INDH), du Programme de sauvegarde et de développement des oasis du Tafilalel qui est co-financé par le gouvernement marocain, le Programme des Nations Unies pour le développement et le gouvernement japonais, ainsi que les communes de chaque oasis. Les laveries sont gérées par les associations locales dites «Associations des usagers de l’eau».

    Arriver à zéro eaux grises

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    Chaque laverie compte 10 à 12 machines à laver, utilisant des boules de savon écologique (savon de Marseille ou d’Alep). Ce sont toujours les femmes qui rapportent le linge familial, les tapis et les couvertures de la maison. En revanche, les nouveaux clients sont les hommes gérant les établissements touristiques et les internats qui se chargent d’apporter les couvertures pour le lavage. Le prix fixé pour les vêtements est de 10 DH (environ 1 dollar) par 10 kg, 20 DH pour les couvertures et jusqu’à 40 DH pour les tapis. Le nombre des clients est variable d’un jour à l’autre et selon les périodes de l’année (été/hiver, les fêtes). La laverie de Magamane par exemple, reçoit entre 320 à 350 clients par mois. Après deux années d’exercice, ces laveries arrivent à engranger des bénéfices jusqu’à 6.000 DH (environ 623 dollars) par an. Chaque bâtisse accueillant la laverie dispose d’une salle dédiée aux femmes du village et abrite des activités telles que les travaux de couture, de tricot ou de fabrication de gâteaux traditionnels.
    Suite à ces résultats encourageants, l’association EDD se penche actuellement sur un projet d’assainissement liquide au niveau des oasis bénéficiaires, en commençant par celle d’Izilf. Cette oasis évacue ses eaux usées via les fosses septiques traditionnelles. Les habitants ont abandonné l’agriculture à cause de la raréfaction de l’eau et la pollution de celle qui est utilisée par les ménages.
    «Notre objectif est d’arriver à zéro eaux grises à travers l’instauration d’un système de phytoépuration adapté à la taille du village, avec l’option de réutilisation de l’eau filtrée dans l’irrigation afin de faire revivre l’agriculture oasienne dans le village», conclut Yvette Suzuki. Pour une gestion efficiente du projet de laverie écologique, l’association EDD continue à accompagner les associations locales à travers la formation à la comptabilité et à l’utilisation des machines. Le soutien s’effectue aussi pour la recherche de financements par exemple pour les panneaux solaires.
    Par Sabrina Belhouari

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