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    International

    Démission de Bouteflika: La fin d’une époque

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5488 Le 04/04/2019 | Partager
    Il quitte le pouvoir, poussé vers la sortie par la vague populaire
    Né et grandi à Oujda, mais aucune référence à cette partie sur le site officiel de la présidence
    Il a été un opposant notoire à la récupération du Sahara marocain
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    Après des semaines de mobilisation, la rue algérienne a fini par avoir gain de cause. Après la démission de Bouteflika, la pression populaire exige une véritable transition politique qui rompt avec les pratiques du passé (Ph. AFP)

    Qui aurait pu miser un dirham sur la démission de Abdelaziz Bouteflika il y a seulement quelques semaines? Aujourd’hui, elle est effective puisque le président de la république l’a remise au Conseil constitutionnel. C’est le président du Sénat Abdelkader Bensalah qui assurera l’intérim pendant une période de trois mois, le temps d’organiser de nouvelles élections. Ce temps est jugé court pour la mise en place des instances électorales indépendantes, la révision du code électoral, des listes,... La pression populaire exige une véritable transition politique qui rompt avec les pratiques du passé. On n’en est pas encore là. Il reste que cette démission est un compromis pour éviter au président la sortie déshonorante de l’empêchement par l’article 102 de la Constitution.  Déjà, les arrestations commencent à pleuvoir. Le patron des patrons algériens, Ali Haddad, a été arrêté dimanche dernier. Des rumeurs circulent sur d’autres personnages clés de l’ère de Bouteflika ayant profité de la proximité avec le pouvoir pour s’enrichir indûment. Des enquêtes sont ouvertes sur d’autres personnes. Dans ces opérations, l’armée veut montrer patte blanche pour continuer à jouer les premiers rôles. Mais, la rue s’en méfie et ne veut surtout pas que les généraux jouent un rôle actif et décisif dans la transition politique. 

    En attendant l’arrivée de nouveaux profils...

    Avant de partir, poussé vers la sortie par la vague populaire qui veut en finir avec le régime en place, le président était plombé dans une chaise roulante. 
    Depuis un accident vasculaire cérébral survenu en avril 2013, son état de santé n’a pas arrêté de se dégrader au point que ses apparitions publiques et la tenue des conseils des ministres se faisaient de plus en plus rares au cours des derniers mois. Mais ce bulletin de santé ne l’a pas empêché de décrocher un 4e mandat à la tête de l’Algérie. Bouteflika fait quatre mandats sans que le président ne participe physiquement à la dernière campagne électorale. Avec le temps, il est devenu grabataire et aphasique.  Même dans cet état, il a cherché à décrocher un 5e mandat que la rue a stoppé net.
    En attendant que les choses se décantent et de nouveaux profils émergent sur la scène politique, force est de constater que la biographie officielle de la présidence de la république a évacué toute référence à la partie marocaine de la vie de Abdelaziz Bouteflika, son lieu de naissance et son enfance. Pourtant, son père Ahmed, originaire de Tlemcen, avait émigré très jeune à Oujda où il s’était installé. La famille habitait la rue Nedroma, derrière «Hammam Boucif», dans le centre ville de la capitale de l’Oriental, à quelques encablures de la frontière maroco-algérienne. Abdelaziz y est né le 2 mars 1937.  Lui, ses quatre frères et deux sœurs surnommaient leur mère El Mansouria, par le sobriquet de «Yaya», selon leurs voisins. Après des études primaires, Abdelaziz a poursuivi son cursus scolaire au lycée Abdelmoumène d’Oujda. 

    Le «clan d’Oujda»

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    En dépit d’une jeunesse passée à Oujda et un entourage composé de dirigeants originaires de l’ouest algérien, le président Abdelaziz Bouteflika n’a pas ouvert les frontières, fermées depuis un quart de siècle (Ph. AFP)

    Le colonel Houari Boumediene, de son vrai nom Mohamed Boukharrouba, avant  de devenir président de l’Algérie à la faveur d’un coup d’état militaire contre Ahmed Benbella en juin 1965, lui rendait régulièrement visite. Et pour cause, les dirigeants de premier plan du Front de libération nationale (FLN) avaient choisi cette ville comme base arrière dans la lutte pour l’indépendance du pays. D’ailleurs, on les surnommait le «clan d’Oujda». Abdelaziz Bouteflika doit son ascension fulgurante à Houari Boumediene, l’homme fort de ce clan et de la branche marocaine de l’Armée de libération nationale. Au moment de la Marche verte, Abdelaziz Bouteflika était ministre algérien des Affaires étrangères. Il restera à ce poste jusqu’à la mort de son mentor Houari Boumediene en décembre 1978. Après cette séquence et poursuivi par la Cour des comptes, il choisit de s’exiler en France, en Suisse et dans les pays du Golfe. Mais, l’histoire retiendra que si Abdelaziz Bouteflika a été un flamboyant ministre des Affaires étrangères du temps des pays non alignés, il a été aussi un opposant notoire à la récupération du Sahara marocain. A cette époque, il avait joué un rôle de premier plan dans le blocage du dossier et dans le soutien financier et armé du polisario. Après son accession à la présidence de l’Algérie en 1999, il avait beaucoup déçu des deux côtés de la frontière où les populations  avaient des liens familiaux. Pis, les différents appels pour l’ouverture de ces frontières entre les deux pays frères sont restés sans suite. Aujourd’hui avec sa démission, il ne reste à son actif que la concorde nationale et la posture de président qui avait ordonné la répression brutale des kabyles en 2001. 
    Même si sa famille avait quitté Oujda, Abdelaziz Bouteflika avait tenu à garder la maison dans cette ville. Aujourd’hui, après son réaménagement, elle est  fermée. Au cours de sa traversée du désert après la mort de Boumediene et avant de devenir président, il revenait régulièrement dans l’Oriental pour revoir notamment son neveu et ses amis d’enfance. 


    Cortège funèbre, concorde civile, espoirs d’ouverture des frontières...

    Bouteflika avait un trait de caractère: le maintien des relations cordiales même avec ses adversaires les plus farouches. C’est ainsi qu’avec feu Hassan II, les relations sont restées empreintes d’un profond respect. Même s’il abritait, finançait et armait le polisario, il tenait à garder des rapports amicaux avec son voisin. D’ailleurs, à la mort du Roi, Abdelaziz Bouteflika avait tenu à assister à l’enterrement. L’image de sa main posée sur le cercueil, tout au long du cortège funèbre à pied, avait frappé les esprits.  Avec cette séquence, beaucoup de marocains étaient prêts à oublier le drame familial du refoulement des milliers de marocains installés en Algérie, juste après le coup d’envoi de la Marche verte. Ils ont cru à la fin proche de la fermeture des frontières entre les deux pays et au début d’une vie normalisée entre peuples voisins. C’était mal connaître les officiels d’Alger. Car, quelques semaines après la mort du roi, le président était reparti dans une campagne anti-marocaine alors qu’il lançait la politique de «concorde civile» dans son pays, après les années noires de la guerre civile. 

     

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