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    International

    Mini-sommet européen pour le président chinois

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5482 Le 27/03/2019 | Partager
    Objectif, faire adhérer Pékin à l’intégration européenne
    La France ambitionne de mettre en place un nouvel ordre international
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    C’est à Noursoultan (ex-Astana) au Kazakhstan, point de confluence des caravaniers, que le président  chinois a choisi en 2013 de poser le premier jalon de la nouvelle Route de la soie. Baptisé «BRI (l’acronyme anglais de Belt and Road Initiative, Initiative route et ceinture), ce nouveau passage est en fait une renaissance  de l'ancienne Route de la Soie qui reliait la côte pacifique de la Chine à la Méditerranée il y a 2.000 ans pour les Grecs et les Romains de l'époque.  Avec des nuances à l’aune de la globalisation, le mégaprojet est une réponse à l’«America First» de Trump

    Après les discussions bilatérales et la moisson de contrats portant sur une quarantaine de milliards d’euros, le président français Emmanuel Macron a choisi d’organiser un mini-sommet européen pour son hôte chinois Xi-Jinping.

    Deux participants de taille étaient présents hier mardi à l’Elysée: la chancelière allemande, Angela Merkel et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Selon des sources relayées par les médias français, le débat  n’était pas centré uniquement sur des sujets qui fâchent mais a été étendu aux questions de réchauffement climatique ainsi qu’aux enjeux de la consolidation de l’UE.

    Le président chinois, qui préfère les discussions et les accords bilatéraux, s’est ainsi retrouvé  face aux trois personnages considérés par beaucoup comme centraux pour ce qui est de l’Union européenne: Merkel, Juncker et Macron. Trois poids lourds pour faire passer un message, celui du réveil européen comme l’a qualifié le président français.

    Emmanuel Macron ambitionne de mettre en place une définition commune d’un nouvel ordre international afin de relancer le multilatéralisme malmené ces derniers mois par le président américain Donald Trump. Pas sûr que cela plaise à Xi Jinping qui préfère sceller des accords au cas par cas et pas sûr que ces trois dirigeants européens aient les arguments pour convaincre un président chinois qui vient de signer des accords bilatéraux avec l’Italie.

    Et, justement, ce sont ces accords signés, samedi 23 mars, à Rome qui ont réveillé une partie des dirigeants européens qui voient à travers les offres chinoises le risque de voir l’Europe se diviser encore plus qu’elle ne l’est en ce moment. Une Europe forte et unie, c’est le seul moyen selon ces dirigeants de faire face à la montée en puissance de la Chine, de la Russie ou encore des Etats-Unis.

    En attendant, l’identité de vue quant à la défense du multilatéralisme est soulignée de part et d’autre par Paris et Pékin. Le tout matérialisé par la signature de nombreux contrats. A commencer par la méga-commande  de 300 Airbus.

    Très attendu, ce contrat entre l'avionneur européen et l'entreprise étatique chinoise CASC (China Aviation Supplies Holding Company) est encore plus important que prévu. Il est en effet passé de 184 appareils lorsqu'il a été évoqué en janvier 2018 à 290 Airbus A320 et 10 A350 pour un montant estimé à 35 milliards de dollars au prix catalogue.

    D'autres accords ont été signés pour une dizaine de milliards d'euros, portant sur la construction d'un champ d'éoliennes en mer par l'électricien français EDF et un partenaire chinois, ou l'achat par la compagnie maritime CMA-CGM de 10 porte-conteneurs construits en Chine pour 1,2 milliard d'euros.

    Paris et Pékin ont également conclu des coopérations dans la lutte contre le réchauffement climatique, le spatial, notamment l'exploration de la Lune, et la culture avec l'ouverture prévue en novembre d'un centre Beaubourg à Shanghai.
    Au-delà de ces annonces, Xi Jinping et Emmanuel Macron ont insisté sur la défense du multilatéralisme.

    «Aucun pays, si puissant soit-il, ne sortira gagnant si le système multilatéral implose» a répété le chef de l'Etat français. A un moment où les équilibres du monde sont bousculés, la Chine et la France ont une responsabilité: construire les équilibres de demain,  plaide Macron. Même analyse du président chinois  dont le pays mène des négociations tendues avec les Etats-Unis: «nous restons fermement engagés en faveur du multilatéralisme».

                                                                              

    Avis d’expert

    Lors d’un point de presse relayé par l’AFP, le sinologue François Godement, conseiller Asie pour le cercle de réflexion Institut Montaigne, plaide pour une «forme de réponse coordonnée» des Européens face aux investissements de la Chine. Pour le sinologue, Il est extrêmement important que la Commission prenne une position sur la sécurité des réseaux et les infrastructures critiques.

    L'intensité des politiques industrielles et technologiques chinoises oblige à une forme de réponse coordonnée. Et les termes de la Commission sont très forts: rival systémique, compétiteur stratégique. Cela a peut-être été pensé mais n'a jamais été dit aussi nettement.

    «Je pense qu'ils ont décidé d'interpeller la Chine par lassitude face à l'absence de réponses chinoises sur un certain nombre de questions et de sujets de négociations. Mais comment la Chine considère l'Union européenne? La visite de Xi Jinping (avec l'Italie qui a rejoint les Nouvelles routes de la Soie de Pékin), de ce point de vue-là, symbolise la division de la politique chinoise vis-à-vis de l'Europe.

    Il y a les grandes déclarations et l'adhésion formelle à l'intégration de l’Union européenne. A ce niveau les négociations traînent depuis des années ou sont bloquées. En revanche, une action bilatérale avec chaque pays est favorisée par le président chinois.

    «Sur le filtrage des investissements par exemple (soutenu par la France et l'Allemagne, et sur lequel Italie et Royaume-Uni se sont abstenus), je constate que la Chine perd peu de temps à polémiquer sur cet aspect et s'emploie de façon pratique à travailler au cas par cas», conclut Godement.

    A.G.

     

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