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Liquidation Samir: Le gouvernement accusé de «neutralité négative»

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5473 Le 14/03/2019 | Partager
A elle seule, la justice ne pourra pas vendre la raffinerie
Débat politique acharné sur les responsabilités de l’Etat
«La compagnie perdue par les derniers des nationalistes de pacotille»
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De gauche à droite, Abdelghni Raki, un des ténors de la CDT, la parlementaire socialiste, Hanane Rihab, le coordinateur national du Front pour la sauvegarde de la compagnie Samir, Hussein El Yamani, et l’expert en économie, Omar Benmoussa. Ils sont intervenus dans un débat très chaud sur la reprise du raffineur et la responsabilité de l’Etat dans ce dossier actuellement entre les mains de la justice (Ph. Jarfi)

L’odeur du pétrole et de son argent pue en cette soirée du mardi 12 mars à Mohammedia. La cité balnéaire abrite l’unique raffineur du Royaume. La liquidation de Samir, la plus grande jamais connue à ce jour avec ses «35 milliards de DH de dettes», focalisent les propos de nos hôtes.

Le Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole nous a fixé rendez-vous dans l’un des nouveaux hôtels de la ville des fleurs. Ses porte-parole plaident pour «la reprise urgente» d’une compagnie en arrêt d’activité depuis août 2015. L’une des figures historiques de la résistance est aux premiers rangs.

A 93 ans, Mohamed Bensaïd Aït Idder, le vieux leader de l’extrême gauche marocaine, écoute attentivement le maître de cérémonie. «Ce n’est pas une conférence, c’est une bataille de portée nationale», déclare le syndicaliste Abdelghni Raki. Il est l’un des poids lourds de la Confédération démocratique du travail (CDT).

«La compagnie créée par les premiers nationalistes a été jetée en pâture par les derniers des nationalistes de pacotille. Les citoyens, l’entreprise, la ville et le marché payent le prix de la privatisation et de la libéralisation des hydrocarbures», poursuit le représentant de la CDT.

De la fondation de la compagnie pétrolière en 1959 par le gouvernement socialiste d’Abdallah Ibrahim et les Italiens, à sa privatisation dans fin des années 1990 puis aux «bénéfices immoraux» des distributeurs de carburants. L’évocation de ces faits contemporains défile devant une assistance largement ralliée à la cause d’un prolétariat «otage d’une interminable dépression sociale» (Cf. L’Economiste n°5236 du 23 mars 2018).

Le Front national pour la sauvegarde de la Samir est un condensé de politiques, de syndicalistes, d’élus, de militants associatifs, d’économistes, comme Mohammed Benmoussa, un ancien de la Bourse de Casablanca et de la CGEM et membre du Cercle des économistes istiqlaliens.

Cette coalition mise aussi sur la solidarité d’intellectuels présents dans ce débat, comme le Pr. Ahmed Assid et Salah Ouadi, fondateur de l’association Damir (conscience). Son coordinateur national, Hussein El Yamani, est aussi l’un des trois contrôleurs de la liquidation nommés par la Cour d’appel de commerce de Casablanca.

Une politique qui «fait défaut»

Egalement président de la section pétrolière de la CDT, Hussein El Yamani se veut la voix d’un pragmatisme économique. Il dresse ainsi les 5 scénarios d’une reprise «qui tarde à venir»: gestion libre, cession aux tiers, transformation de la dette (environ 35 milliards de DH) en participations au capital, cession à une société mixte et enfin la nationalisation de la Samir. Le Front national a élaboré un rapport d’une cinquantaine de pages au nom de «la souveraineté énergétique du Royaume».

Une formule dont usera aussi le Conseil de la concurrence dans son avis sur le plafonnement des prix du carburant. Son constat sur «une libéralisation mal préparée» en dit long sur les ramifications politiques de la liquidation (Cf. L’Economiste n°5461 du 26 février 2019).

La socialiste, Hanane Rihab, a été l’un des membres de la Commission d’information parlementaire sur la distribution du carburant. «Pression politicienne», «pétroliers hautains et réfractaires à communiquer», «conflits d’intérêts» ont meublé son discours aseptisé par un prétendu «devoir de réserve». Le rapport parlementaire de mai 2018 «contient 20 recommandations et 10 conclusions» qui, à en croire l’élue, n’a servi qu’à amuser la galerie.

A part ses propositions pour «sortir de la crise», le Front, constitué pour sauver Samir, règle ses comptes avec le gouvernement El Othmani. L’exécutif est accusé de «se complaire dans une neutralité négative (1) qui participe indirectement à enterrer la compagnie». Mais pour quelle fin? «Certes la justice est indépendante, sauf que la réussite de la reprise est intimement liée à une politique sectorielle claire pour les investisseurs potentiels».

Or, celle-ci «fait défaut» aujourd’hui. En tant que contrôleur de la liquidation, Hussein El Yamani annonce que «plus de 30 investisseurs se sont déclarés à ce jour au tribunal». Leurs offres d’achat oscillent entre 25 et 30 milliards de DH.

«Les responsables ministériels doivent cesser leurs déclarations trompeuses. Un acquéreur ne prend pas en charge les dettes de la compagnie. L’Etat a intérêt à trouver un repreneur pour récupérer ses 16 milliards de DH qui sont des fonds publics», insiste le contrôleur de la liquidation.

Cinq scénarios pour sauver une compagnie pétrolière

Le Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole a élaboré un rapport d’une cinquantaine de pages. Ce document compte trois chapitres qui relatent le destin de la compagnie depuis sa déclaration en faillite en mars 2016. Ses rédacteurs reviennent d’abord sur «l’évolution historique et l’épilogue de la liquidation judiciaire». Ensuite, sur «la situation actuelle et les difficultés pour réussir la sauvegarde de la raffinerie». Enfin, «la responsabilité de l’Etat et les propositions de sortie de crise». Cinq choix sont proposés dans cette dernière partie du rapport: la gestion libre, la cession aux tiers, la transformation des dettes en participations au capital, la cession à une société mixte et enfin la nationalisation de la compagnie pétrolière.

Faiçal FAQUIHI  

                                                                               

Cinq scénarios pour sauver une compagnie pétrolière

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Le Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole a élaboré un rapport d’une cinquantaine de pages. Ce document compte trois chapitres qui relatent le destin de la compagnie depuis sa déclaration en faillite en mars 2016. Ses rédacteurs reviennent d’abord sur «l’évolution historique et l’épilogue de la liquidation judiciaire». Ensuite, sur «la situation actuelle et les difficultés pour réussir la sauvegarde de la raffinerie». Enfin, «la responsabilité de l’Etat et les propositions de sortie de crise». Cinq choix sont proposés dans cette dernière partie du rapport: la gestion libre, la cession aux tiers, la transformation des dettes en participations au capital, la cession à une société mixte et enfin la nationalisation de la compagnie pétrolière.

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(1) Le terme «neutralité négative» a émergé après 1999 avec la fin de l’ère Driss Basri, ancien ministre de l’Intérieur. Et plus exactement, dans des rapports d’association ayant suivi des élections législatives et communales. La «neutralité négative» critique l’immobilisme complice du département de l’Intérieur face à des candidats aux pratiques électorales louches et en accointance avec les cercles du pouvoir.

 

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