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Edition spéciale 8 Mars

Les femmes secrètes de l'astronomie

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5469 Le 08/03/2019 | Partager
Mesure de l’univers, catalogues d’étoiles, découverte de comètes et pulsars… les découvertes
Elles ont marqué l’histoire de ce champ d’études scientifiques
Souvent sous la coupe d’un homme, et sans grande reconnaissance
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Maria Mitchell, ici au collège Vassar dans la région de New York où elle était enseignante, découvre en 1847 la comète «Miss Mitchell» à l’aide d’un télescope. C’est la troisième femme, après Maria Kirch et Caroline Herschel, à découvrir une comète invisible à l’oeil nu (Source: Vassar College)

Pour ses 100 ans d’existence, l’Union astronomique internationale s’est penchée sur de grandes absentes: les femmes. Enfin pas tout à fait absentes mais toujours en marge. Car sait-on que l’organisation des populations d’étoiles, les premières connaissances de leur formation ou la collision des galaxies sont quelques-unes des découvertes faites par des femmes?

Le Club astronomique de la faculté Semlalia à Marrakech s’est penché sur cette question en invitant la seule enseignante chercheuse de l’établissement, Aziza Bounhir. Si la météorologie de l’espace est le sujet de ses actuelles recherches, elle a

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dressé le portait de celles qui ont réussi à percer. Un panorama des premières à intégrer ce petit monde scientifique réservé aux hommes décrit par une spécialiste en astrophysique, Yaël Nazé, dans son ouvrage  «L’astronomie au féminin».

Leur premier point commun, en ces siècles derniers réfractaires à l’élévation des femmes, est d’avoir eu un père et un mari éclairés. «Il leur a fallu de la rage aussi, beaucoup de persévérance et surtout de l’humilité pour ne servir que la science et non sa propre reconnaissance», rappelle Bounhir.

Un regret: celui de n’avoir comme source que l’histoire occidentale, nous n’avons pas écrit la nôtre», précise-t-elle. Retour dans le passé avec quelques-unes de celles qui ont ouvert la voie depuis Enheduanna, qui a dirigé des observatoires babyloniens vers le 23e siècle avant J.C. La plus ancienne astronome connue de l’histoire de l’humanité, hommes et femmes confondus.

                                                                   

Un contexte peu favorable

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Aristote disait: «Les femmes sont des êtres inférieurs, sans logique et sans intelligence». Et il n’était pas le seul à le penser puisque cette opinion a perduré jusqu’à la fin du Moyen Age. Elle vit dans la Grèce du 2e siècle avant J.C. et a été accusée de sorcière. Aglaonice de Thessalie, grâce à sa compréhension des mécanismes des éclipses lunaires, faisait peur. On lui prêtait le pouvoir de faire disparaître la lune. Une époque où celles qui parvenaient à s’instruire étaient accusées de sorcellerie et brûlées vives.

                                                                   

Sous tutelle

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Penser «précision des mesures des positions des planètes», c’est penser à Tycho Brahe. Pourtant, sa sœur Sophia Brahe a pleinement participé à ses côtés à construire des catalogues de positions planétaires. Pour la petite histoire, dans la préface de son livre sur leurs découvertes, Tycho s’excuse auprès des lecteurs que les mesures aient été faites par une femme.
La Polonaise Catharina Hevelius s’est elle aussi distinguée en devenant la première femme à être représentée en image en train d’observer le ciel. Elle met le pied à l’étrier en devenant la collaboratrice de son mari, et poursuit ses recherches à la mort de ce dernier. Elle publie notamment un catalogue de 1.564 étoiles, considéré comme le meilleur catalogue réalisé sans télescope. Éduquée comme un garçon par son père et son oncle, l’Allemande Maria Kirch travaille en équipe avec son mari Gottfried, mais était considérée comme son assistante plutôt que son égale. En 1702, elle découvre seule une comète jusque-là inconnue, devenant ainsi la première femme à faire une telle découverte. Mais si le siècle des Lumières amène un peu de changement dans les salons, sur le terrain, ce sont encore les maris qui brillent. A elles, les calculs fastidieux qui leur ont valu le surnom de «calculatrices».

 

                                                                   

Nouvelle vague

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Caroline Lucretia Herschel sera la première femme au monde à être payée pour faire de l’astronomie. Un salaire à vie étant versé pour toute découverte de nouvelles comètes. Avec son frère, elle fabrique des télescopes maniables et découvre plus de 2.500 nébuleuses tout en spéculant sur leur nature. En 1828, elle reçoit la médaille d'or de la Royal Astronomical Society. Quant à Maria Mitchell, elle découvre en 1847 la comète «Miss Mitchell» à l’aide d’un télescope. C’est la troisième femme, après Maria Kirch et Caroline Herschel, à découvrir une comète invisible à l’oeil nu. Ce 19e siècle a également vu Chloe Angelina Stickney découvrir avec son mari les satellites de Mars. Elle demande alors à être payée le même salaire qu’un homme, ce qu’il refuse. Cette militante pour le droit de vote des femmes et fervente opposée à l’esclavagisme a donc poursuivi sa route seule.

                                                                   

L’homme de la situation

Edward Pickering a été le premier à recruter des femmes. Le directeur de l’observatoire de l’université de Harvard s’est lancé dans l’étude et le classement des luminosités des étoiles. Autant de données recueillies qui demandent du personnel pointilleux, patient, ne cherchant pas d’avancement, apte au travail routinier, et bon marché. Les femmes se sont alors naturellement imposées. De 1875 à 1919, date de sa mort, il fera travailler 45 femmes pionnières. Son «harem» comme il aimait à le dire. Ensemble, ils réalisent le catalogue Henri Drapper, qui repose sur un nouveau système de classification selon le spectre des étoiles, toujours en vigueur aujourd’hui.

S.J.

 

 

 

 

 

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