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    Edition spéciale 8 Mars

    «N’attendons pas que l’Etat fasse tout pour nous»

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5469 Le 08/03/2019 | Partager
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    Meriem Othmani, présidente d'Insaf. «Récemment décorée de la légion d’honneur en France, Meriem Othmani a créé l’Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse (INSAF), en 1999. Trois ans après, elle contribue à la création de l’association «Hayat Chaîne de Vie», dont elle est vice-présidente. Meriem Othmani a aussi été une femme d’affaires et membre de plusieurs associations et fédérations d’entreprises»

    Nous sommes un peuple formidable. J'aimerais vous parler des valeurs de solidarité car vous les avez tous en vous.  Ces valeurs, vous les connaissez, les partagez et les pratiquez. Car tous vous avez en vous dans votre ADN une qualité à nulle autre pareille. Vous vous occupez de votre famille, vous participez aux dépenses, et souvent vous la prenez en charge.

       Je ne connais pas une Marocaine ou un Marocain qui n'envoie pas une partie de son salaire à ses parents, pour la sœur divorcée, pour la nièce handicapée, pour participer aux études du jeune frère ou pour les soins de la grand-mère, etc.
    Avec notre famille nous faisons ce que l'Etat doit faire et nous le faisons si bien que personne ne meurt de faim chez nous comme dans les autres pays.

    Goethe avait dit «Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie». Et si nous nous demandions ce que nous pourrions faire pour notre pays, je vous assure que nous sommes capables au-delà de toutes nos occupations de donner encore plus.

    Nous pouvons donner du bonheur juste avec quelques mots. Vous croisez un migrant subsaharien, il est sale! Vous détournez vos yeux pour ne pas croiser son regard. Pourquoi cette fuite? C’est un homme et il a besoin, au-delà des petites pièces, d’être considéré comme un homme.

    Un sourire, une poignée de mains de votre part et il ne ressentira plus le dédain raciste qui le couvre constamment. Deux mots échangés et ce sera deux êtres humains identiques qui se parleront. Vous ne pouvez pas l’aider car ils sont trop nombreux. Mais vous pouvez lui donner plus: de la considération et vous lui rendrez ainsi sa dignité.

    «Gardons notre révolte pour agir»

    Albert Einstein, lui, avait dit «la valeur d’un homme tient dans sa capacité à donner». Nous pouvons changer le monde, ou du moins ce qui nous entoure. N'attendons pas que l’Etat fasse tout pour nous. Agissons et gardons notre révolte pour agir, et nous pourrons alors décider de nous battre pour le respect de nos valeurs.

    Je peux vous raconter comment la société civile peut se mobiliser et comment elle peut agir, mais vous le savez déjà et chacune de nous a déjà ses engagements personnels. Les chiffres sont là. Le HCP nous apprend que moins de 20% des femmes ont une activité lucrative. C’est une régression importante.  

    «Des femmes qui méritent toute notre admiration»

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    Pour libérer les petites bonnes de leur martyre quotidien, Meriem  Othmani lance un appel d’aide à la société civile: «Nous, société civile, nous devons éradiquer ce phénomène des petites bonnes. Nous ne devons plus accepter l’inacceptable! C’est un crime de faire travailler une enfant. Il faut que nous réussissions à faire peur aux employeurs de petites bonnes en diffusant ce message au maximum. Il faut qu'ils les libèrent et leur permettent ainsi de retourner à l’école. Nous pouvons maintenant signaler à la police toute personne qui fait travailler une petite bonne entre 6 et 16 ans. Si nous, société civile, nous réussissons cette campagne sur les réseaux sociaux, peut-être que des milliers d’enfants ne souffriront plus» (Ph. F. Al Nasser)

    Le mariage précoce sacrifie des milliers de petites jeunes filles. Le travail domestique des petites bonnes reste, pour sa part, un relent d'esclavage moderne. Si je vous parle de l'action de l'association que je préside, Insaf, je devrais vous parler d'une grande injustice. Les mères célibataires sont reniées, humiliées et souvent insultées par la population. Leurs enfants subissent aussi les conséquences de cette discrimination. Et pourtant ce sont des femmes qui méritent toute notre admiration. Elles bravent la société pour permettre à leurs enfants de vivre.

    Si elles sont devenues mères célibataires, c'est souvent à cause d'un viol et parfois de viols multiples. Sinon c'est qu'elles ont cédé à un jeune homme sans scrupules qui leur a promis le mariage en utilisant une arme redoutable qui est la tendresse.  
    Que peuvent-elles faire quand elles découvrent leur grossesse?

    La première solution à laquelle elles pensent est le suicide. La deuxième est l’avortement dans la plus parfaite inégalité avec des pratiques dangereuses qui risquent de les mutiler à vie. La troisième est de venir accoucher dans la clandestinité et d'abandonner leur bébé. Nous pouvons imaginer leur immense détresse et leur profonde culpabilité. C'est d’une violence extrême à mon sens.

    La quatrième solution est de chercher refuge auprès d’une association telle que la nôtre, Insaf. Ce sont des femmes très courageuses qui affrontent la cruauté de la société pour défendre la vie de leur bébé que nous accueillons. J'aimerais tant qu'on leur redonne leur dignité. Nous devons les aider à se reconstruire et à vivre!

    Nous avons pu en sauver 10.000 en 20 ans d’existence. Mais nous devons continuer à lutter pour que les lois changent, et qu'elles puissent abandonner leur enfant sous X pour ne pas avoir à les déposer dans la rue. 

    L’association Insaf a aussi agi en amont et s’est attaquée au sort des petites bonnes. Nous en avons arraché 500 du travail pour les rendre à leurs parents.  Nous leur donnons depuis 10 ans une pension de 250 DH par mois, nous leurs offrons aussi des fournitures de classe et assurons les cours de soutien scolaire pour les mettre à niveau.

    En plus de cela, nous les mettons dans des foyers pour qu’elles puissent aller au collège et nous les aidons après qu’elles aient obtenu leur bac. Aujourd’hui, 14 d’entre elles sont à l’université et 54 passeront le bac d'ici 3 ans.

    «Dans notre beau Maroc,
    des enfants esclaves souffrent toujours en silence»

    Nous avons accepté l'inacceptable! Des milliers de petites filles vivent un calvaire, cachées dans les maisons. Elles sont livrées à partir de 8 ans à des familles qui les exploitent sans vergogne, souvent cruelles, et sont ainsi vouées à un avenir sombre.

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    Depuis plusieurs générations le phénomène des petites bonnes est rentré dans nos mœurs, dans nos coutumes. Les diverses études nous ont appris des choses surprenantes sur leurs employeurs, à titre d’exemple: 40% sont des fonctionnaires et 25% ont un niveau d'études supérieures.

    Nous savons qu'elles ne vont pas à l'école, qu'elles ne sont pas soignées, que leurs mains sont gercées par les produits ménagers, qu'elles ne possèdent aucun jouet et qu'elles sont loin de leur famille. Et pourtant nous vivons dans un beau pays. Un pays qui a ratifié toutes les conventions protégeant les enfants.  Un pays où 7 millions d’enfants vont à l'école.  
    Et dans notre beau Maroc, des enfants esclaves souffrent toujours en silence.

    Nous ne pouvons que nous féliciter de la révolte de toute notre population. Des voix s'élèvent de partout pour dénoncer cette terrible injustice. Tous, jeunes et moins jeunes répondent présent. Tous ont envie de s'investir et de défendre ces petites filles. Tous veulent se mobiliser pour rendre ces enfants à leurs parents. 

    Vous allez me demander ce que vous allez gagner en vous mettant au service des autres. Et là, je vous réponds avec beaucoup de conviction et si j’ose dire d’expérience. Vous allez gagner du bonheur! Du pur bonheur! Le bonheur de se sentir utile.

    TEG

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