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    Edition spéciale 8 Mars

    Mon histoire avec l’enseignement public

    Par Meriem Moussaoui | Edition N°:5469 Le 08/03/2019 | Partager
    Par Meriem Moussaoui
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    Meriem Moussaoui est directrice d’une école primaire publique, dans un quartier défavorisé à Casablanca (Ph. MM)

    J’ai commencé ma carrière d’enseignante de français du primaire très jeune. A 19 ans, j’ai atterri dans une école d’une région rurale du Nord, Melloussa. C’était la première fois que je me confrontais à l’extrême pauvreté. Les élèves, mal nourris, se contentaient de pain et de thé durant toute la journée. A l’école, ils arrivaient légèrement habillés, même en période de grand froid.

    J’ai donc commencé à faire le tour des écoles de la ville de Tanger et de ma famille pour ramasser vêtements, livres, fournitures scolaires, jouets… Je prenais tout ce qu’on voulait bien me donner pour le redistribuer à mes élèves, démunis mais propres, respectueux et bien élevés.

    Cela me comblait de bonheur de voir parents et enfants heureux de leurs présents. Dans leurs yeux, je percevais le fruit de mes efforts. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai toujours préféré exercer dans des milieux ruraux ou difficiles. Parce que c’est là où je peux être utile. Même si pour d’autres, cela est souvent perçu comme une punition…

    Je suis restée cinq ans à Melloussa, jusqu’en 2002, où j’ai été mutée à Errahma (province de Nouaceur) à Casablanca. A l’époque, c’était une région rurale où il n’y avait que des bidonvilles. J’y ai passé deux ans. Je n’enseignais que les après-midis. J’ai donc pu m’inscrire en licence de littérature française, moi qui suis à la base scientifique.

    A Casablanca aussi j’ai essayé de récolter des dons dans les écoles. Cela n’a cependant pas marché, car il fallait être bien introduite. Je n’ai pas été découragée pour autant.  En 2014, j’ai passé le concours de la première promotion de formation de directeurs d’école. Les cours se déroulaient à Kénitra. J’ai fait la navette tous les jours pendant un an. Chaque soir, je revenais épuisée. Je devais prendre mon courage à deux mains pour m’acquitter aussi de mon rôle de maman, d’épouse et de maîtresse de maison.

    Ma première affectation en tant que directrice a été à Lissasfa, une autre région défavorisée, où j’ai mené plusieurs actions sociales en faveur des élèves. J’ai ensuite été mutée dans un quartier difficile, à Hay Hassani. J’ai commencé par une convention avec un orphelinat, dont les jeunes venaient encadrer nos élèves dans différents domaines (sport, théâtre, musique…).

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    Une deuxième s’en est suivie avec l’association Wiam, qui a mobilisé des élèves ingénieurs de l’Ensem pour des cours de soutien aux enfants en difficulté scolaire. Sa présidente, Assya Benayada, nous accompagne en tant que coach pour les élèves vivant des problèmes familiaux.

    Avec l’association des parents, nous avons monté et équipé une salle multimédias, et construit un terrain de sport. Les enseignants aussi donnent énormément de leur temps. Nous avons participé à des concours et remporté plusieurs prix. Nos élèves les plus brillants, nous veillons toujours à les récompenser et à les encourager.

    Notre établissement manque cruellement de moyens, mais je continue à me battre pour convaincre des sponsors et partenaires de nous soutenir. Pour avancer, l’école doit s’ouvrir sur son environnement. Le directeur, lui, doit faire preuve de sens de l’initiative, de leadership et d’audace. C’est ce que je m’efforce de faire, tant bien que mal. Autrement, rien ne pourrait changer.

    Par Meriem Moussaoui

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