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    Héros de l’éducation: Un ex-enfant des montagnes au parcours exceptionnel

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5395 Le 19/11/2018 | Partager
    Sauvé in extremis de l’abandon scolaire, il finit avec deux doctorats
    Il deviendra haut cadre et expert pour des organismes internationaux
    Une enfance difficile, mais une générosité à toute épreuve
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    Ayad Lemhouer est berbère et fier de l’être. Il appartient à une grande tribu amazighe des Aït Ouaraïne. Parfois, durant les évènements organisés dans les douars, il arbore une tenue traditionnelle et s’adonne à quelques pas de danse. Bon vivant, il entraîne enfants et invités dans des chorégraphies berbères (Ph.  ATCAS)

    C’est dans un douar reculé du Moyen Atlas, Taridalt, du côté de Taza, que Ayad Lemhouer a vu le jour. Ses parents avaient eu une quinzaine d’enfants, dont seuls cinq ont survécu. A l’époque, les temps étaient très durs, et la mortalité infantile était à son comble. Ayad lui-même a failli perdre la vie à l’âge de deux ans. Son père, petit agriculteur, également résistant aux forces coloniales, était souvent en prison. 

    Taridalt fait partie d’une grande tribu amazighe, Aït Ouaraïne, formée de plusieurs douars allant de Fès à Figuig. Ne comptant pas d’école primaire dans les années 50 (à aujourd’hui, le douar n’est pas raccordé aux réseaux d’eau et d’électricité), le petit Ayad a dû partir chez son frère aîné, dans une localité à proximité, Tahla. Pour le secondaire, il devra encore déménager, mais cette fois-ci, dans un internat à Taza.

    Au collège tout se passe normalement, toutefois, au lycée, il échoue à la première année. Et là, c’est le drame. Le jeune lycéen n’a plus droit au lit. Pour rester dans l’internat et continuer ses études, il doit payer un montant de 160 DH. Ses parents ne pouvant s’en acquitter, il n’a de choix que de mettre fin à sa scolarité.

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    Tout aurait pu s’arrêter là. Ayad aurait pu retourner dans son douar et enchaîner les petits métiers. Heureusement pour lui, un bienfaiteur, lui-même de condition moyenne, décide de prendre en charge sa pension complète. Grâce à cette petite contribution, Ayad ira loin, très loin. Cette histoire le marquera à jamais.

    Le bac en poche, il tente sa chance à Casablanca, en passant un concours d’agent de trafic à Royal Air Maroc, qu’il réussit. Le rythme de vie de la capitale économique ne lui sied pas. Il s’en rend compte au bout de trois mois. Entre-temps, il décroche une bourse universitaire, et s’inscrit à la faculté des lettres de Rabat, en lettres et civilisation anglaise. Lui et les langues, c’est une grande histoire.

    «J’étais amazighophone jusqu’à l’âge de 6 ans. J’ai dû apprendre la darija, l’arabe classique et le français. Une langue de plus ne me faisait pas peur. J’étais toujours premier en anglais au lycée», confie-t-il.

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    Danse, chants, peinture, sport, distribution de fournitures scolaires et de denrées alimentaires, équipement d’écoles… Dans les petits douars enclavés, l’arrivée de l’association fondée par Ayad Lemhouer se transforme en véritable évènement (Ph.  ATCAS)

    Dès la troisième année de licence, il passe un concours et décroche un poste d’enseignant d’anglais dans un lycée à Rabat. Il loue alors son premier appartement, dont les portes seront ouvertes à tous les jeunes de sa région ayant besoin d’un logement. «J’accueillais tous ceux qui n’avaient nulle part où loger ou manger. Ce que j’ai, je l’ai toujours partagé. A 68 ans, je suis toujours locataire, et heureux!» témoigne-t-il.

    Au bout de trois ans dans l’enseignement, il rêve de s’évader de la routine du quotidien, et postule pour une bourse accordée par le Royaume-Uni, dans le cadre de la coopération internationale. Là encore, la chance lui sourit. Ayad empoche la bourse et s’envole en Ecosse pour Edinburgh University, où il obtient un diplôme d’enseignement de l’anglais, puis un post-graduate diploma en linguistique, en 1978.

    En 1980, il reçoit son premier doctorat en sciences de l’éducation de Leicester University en Angleterre. Il enchaînera avec un Ph.D en1988, en éducation et formation professionnelle, cette fois-ci, de l’université de l’Ohio aux Etats-Unis. Il rentre aussitôt au Maroc, et prend la direction du Centre d’orientation et de planification de l’éducation, qui forme les inspecteurs et conseillers en orientation et en planification.

    De nombreux directeurs provinciaux de l’Education nationale sont lauréats de ce centre. Professeur de l’enseignement supérieur, il y enseigne également différentes matières (techniques de communication, encadrement des stages, recherche de l’information…). Cela dit, l’administration, ce n’est pas pour lui. Ayad présente sa démission de la direction du centre en 1994, tout en y restant enseignant.

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    Des artistes et sportifs l’accompagnent dans ses actions. Comme Saïda Fikri, ici en concert privé pour des enfants de la montagne (Ph.  ATCAS)

    n parallèle, il donne des cours d’anglais en tant que vacataire dans plusieurs établissements, dont l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC), ou encore l’Ecole des mines de Rabat. Fort de son expérience, il devient, en outre, consultant pour divers organismes, dont le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement), et l’Observatoire national du développement humain (ONDH), pour lesquels il produira des études et rapports sur l’éducation.  

    En 2005, il souscrit à la vague de départs volontaires, et part à la retraite. «J’ai arrêté pour m’occuper de mes enfants, mais aussi de ceux des autres», lance-t-il.

    En 2011, il crée son association de lutte contre l’abandon scolaire qui sillonne plusieurs régions du Maroc, après avoir parrainé à titre individuel des élèves de milieux défavorisés pendant des années (voir article précédent).

    Une belle histoire pour un ancien enfant démuni, dont le destin a changé grâce à 160 DH! La preuve que de petits moyens peuvent mener à de grands chemins, pourvu qu’il y ait de la volonté.

    Ahlam NAZIH

     

     

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