Dossier Spécial

Des lodges écolos: Un tourisme orienté vers le kitesurf

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5386 Le 05/11/2018 | Partager
Des opérateurs nationaux et étrangers à pied d’œuvre
Sports de glisse: surf, windsurf et kitesurf
Le taux de retour est jugé important
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Le kitesurf, sport roi à Dakhla, grâce aux vagues et au vent, est une niche très convoitée par les investisseurs (Ph. JM)

Dakhla intramuros, c’est d’abord un port de pêche, son histoire est étroitement liée à cette activité, et elle le reste encore économiquement. Mais pour les investisseurs marocains et étrangers positionnés sur les sports de glisse, le kitesurf et le windsurf, la ville devient bien exiguë. Ils vont construire leurs hôtels et bungalows, et installer leurs écoles de formation à ces sports en dehors de la ville, sur la côte nord, en direction du village Al Argoub, sur les 60 km qui séparent ce dernier de Dakhla.

Là où il y a l’immensité des plages, l’énergie du vent qui pousse sans obstacles la planche du glisseur et qui fait virevolter frénétiquement les cerfs-volants dans le ciel azur. Nous prenons la route nationale N°1, Dakhla-Boujdour, les travaux d’élargissement et de renforcement de cette voie routière vont bon train, une bonne partie est finie, mais l’ensemble des 162 km qui séparent les 2 villes ne sera réalisé, selon les prévisions de la direction régionale de l’équipement, du transport et de la logistique, qu’en 2019.

Plusieurs chantiers sont visibles sur la route, dès la sortie de la ville, en allant vers la péninsule nord, dont le grand hôtel 5 étoiles, «Laguna Beach», un investissement de 60 millions de DH. Au 17e km, des panneaux commencent à indiquer les installations d’aquaculture: société Labbar ZBA, élevages de palourdes et d’huîtres, Aquaculture Abbadi… Et Azura-aquaculture, une écloserie s’étendant sur 2 ha dédiée à la production de phytoplancton, de géniteurs, et de fécondation, ainsi qu’un laboratoire et une zone micro-nurserie. Impossible d’y entrer, le portail est clos et le gardien nous empêche de s’en approcher.

C’est «top secret», nous signifie-t-il. Pilotée par l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA), cette écloserie fait partie du plan d’aménagement aquacole dans la région de Dakhla-Oued Eddahab (2015/2020), qui figure parmi les projets phares du nouveau modèle de développement des provinces du Sud.

300 mètres de piste séparent la RN1 de la lagune, nous les parcourons pour nous trouver face l’océan, c’est la marée basse et l’on peut apercevoir, disséminées ça et là, des cages en fer où sont reproduits les crustacés. Dans la seule baie de Dakhla, le plan d’aménagement aquacole prévoit la réalisation de pas moins de 520 unités sur les 878 prévues par ce plan. Au KM25, un autre décor: l’on aperçoit un camping, quelques tentes plantées, et des camping-cars immobilisés.

A quelques mètres, juché sur un petit monticule, le QG de «Mostafly», l’une des premières écoles privées ayant percé dans le domaine au PK25, un peu après le géant du kitesurf et de l’hôtellerie dans cette même zone, «Dakhla Attitude», appartenant à la famille Senoussi. Accrochés sur une barre en bois, juste à proximité de la tente: des ailes, des planches, des harnais, des sacs à dos, soit tout le matériel utilisé pour la pratique du kitesurf. Brahim, le chef d’une équipe de 3 moniteurs, sous une petite tente, échange brillamment en anglais avec un couple espagnol.

Un taux de retour bien élevé

Venue d’Agadir, après avoir fait ses premières armes sur les vagues d’Essaouira, de Safi et de Taghazoute, cette équipe de moniteurs a choisi Dakhla pour mieux se vendre. «Cette partie de l’Atlantique est unique, il y a plus de vent, plus de vagues, plus d’espace, l’eau est moins froide et c’est peu profond. On ne peut rêver mieux», se félicite Brahim. L’Eldorado Dakhla aimante en effet de plus en plus de jeunes, qui viennent de l’Atlantique nord du Maroc chercher du travail. Les plus doués, grâce à ces vagues, sont promus, ici, à un bel avenir.

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Des écolodges, respectueux de l’environnement, fleurissent sur la côte atlantique: recyclage des eaux usées, panneaux solaires, matériau de construction en symbiose avec la nature sahraouie (Ph. JM)

Les écoles de formation se multiplient, et les pratiquants de ces sports viennent de toute l’Europe et au-delà, pour une aventure à Dakhla. Les opérateurs dans le domaine sont d’autant plus confiants que le taux de retour est jugé bien élevé. On vient surfer sur les vagues de Dakhla en famille, plusieurs fois par an, souvent pendant les vacances scolaires. L’un de ces opérateurs est à peine à un km du camping visité. En reprenant notre route après avoir quitté l’équipe de Brahim, on aperçoit sur le sable, à une centaine de mètres au bord de la nationale, des constructions en bois, et un panneau indiquant «Dakhla kitesurf world».

C’est une nouvelle unité hôtelière récemment ouverte, à 200 mètres des vagues, dotée de toute l’infrastructure nécessaire, comme il en existe plusieurs dans cette zone, dédiée à la même activité: hébergement avec pension complète, stages et formation aux sports de glisse, excursions… Le gardien lève la barrière pour nous laisser entrer après avoir consulté ses supérieurs. Le site est flambant neuf, une vingtaine de bungalows en bois, couleur de sable, sont alignés les uns derrière les autres, un restaurant, une salle de jeux, un vestiaire, le tout entouré d’un jardin bien arrosé et de quelques palmiers. Mohamed Malainine Nawa, le gérant de l’établissement, nous accueille.

Dès l’abord, notre interlocuteur plante le décor, voulant dégager l’originalité de son club-hôtel. «Ce secteur, les spotrs de glisse, était jusqu’à récemment l’apanage d’Européens. Désormais, des investisseurs marocains ont percé dans le domaine, et tant mieux. Ce site appartient à Hamid, un Sahraoui de Laâyoune de pure souche». M. Nawa, 35 ans, fait partie de cette génération de diplômés d’université qui ont su s’adapter au marché du travail, aussi loin soit-il de la formation académique qu’ils ont suivie.

Diplômé de l’Institut de communication et des sciences de l’information, il a fait, en plus, un master en droit français, et a couronné le tout par une thèse de fin d’études sur «Les nouvelles techniques de communication et le printemps arabe». Un background suffisamment étoffé pour entreprendre une aventure dans le tourisme. «Le surf, le kitesurf, c’est bien, mais le patrimoine sahraoui n’est pas moins précieux, il faut savoir marier les deux: pratiquer les premiers sans négliger le second.

En un mot, le Sahara c’est d’abord l’environnement et l’écologie, sans leur préservation on est foutu», philosophe notre interlocuteur. Cet établissement essaye, en effet, autant que faire se peut, de se comporter écolo: recyclage des eaux usées, panneaux solaires, matériau de construction en symbiose avec la nature sahraouie. Une vingtaine de salariés y sont engagés, et l’affluence, seulement 8 mois après son ouverture, «est encourageante», estime le gérant, «les nationaux viennent de plus en plus nombreux et commencent à aimer et à pratiquer, eux aussi, le kitesurf», conclut-il.

L’écologie et la protection de l’environnement sont le maître-mot des propriétaires des établissements hôteliers qu’on a visités au bord de la lagune, sur la route d’El Argoub. A 35 km de Dakhla, sur le même rivage, à quelques encablures de «Dakhla kitesurf world», est fondé, depuis 2010, l’un de ces éco-lodges de la région qui s’enorgueillit de son engagement indéfectible pour la cause de l’environnement.

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Au «kilomètre 17» de Dakhla, élevage des huîtres. Les sports de glisse et l’aquaculture sont les principaux atouts de la région (Ph. JM)

Non sans raison, deux ans seulement après son inauguration, il a obtenu le label «Clef verte» de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, présidée par la princesse Lalla Hasnaa. Celui-là est à seulement deux pas de la lagune, depuis les fenêtres de ses 30 bungalows plantés au-dessus d’une plateforme, les résidents peuvent apprécier l’étendue de l’océan. Le temps, cet après-midi de notre visite, est plutôt pluvieux, le vent souffle à peine, mais les kitesurfers et leurs moniteurs sont à pied d’œuvre.

L’établissement affiche complet, Marie Latsague, la gérante, une Française des Pays basques, une chevronnée dans l’hôtellerie internationale, n’a pas osé importuner ses clients pour nous faire visiter l’intérieur de l’un de ses bungalows. «60% de notre clientèle est régulière, elle vient du Maroc, d’Europe, de Russie, d’Australie…, tous segments confondus», signale-t-elle. Une clientèle plutôt triée sur le volet, même si le prix par rapport aux services proposés n’est pas si exorbitant: 230 euros pour 2 personnes, avec pension complète, avec droit de puiser de la base nautique (matériel de sport). La formation est non comprise dans ce prix.

L’histoire d’ «Océan vagabond» se confond avec son fondateur, Sébastien Deflandre. C’est une affaire qui rapporte de l’argent à ses propriétaires, sans aucun doute, mais le bonhomme voudra lui faire porter des valeurs qu’il essaye d’inculquer à ses employés issus de différentes nationalités. Des valeurs, dit-il, plus précieuses et pérennes que le gain matériel éphémère: «Générosité, respect de la nature et de l’environnement, et préservation de cet océan atlantique si généreux, qui nous appartient à nous tous, êtres humains, menacé plus que jamais de pollution, soumis à une exploitation humaine sans limites».

Jaouad MDIDECH

 

 

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