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    Economie

    Rapport annuel du CESE: Pourquoi les inégalités persistent

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5358 Le 26/09/2018 | Partager
    Essoufflement de l’économie nationale incapable de créer suffisamment d’emplois pour résorber le chômage
    Corruption, lourdeur administrative, accès au financement… plombent l’environnement des affaires
    Echec des programmes d’insertion des jeunes

    C’est un sombre tableau qui a été dressé par le rapport du Conseil économique, social et environnemental pour l’année 2017. Ce document pointe la persistance d’une série de dysfonctionnements qui ont plombé les efforts menés pour relancer la dynamique économique et renforcer la protection sociale.

    Dans un contexte tendu, marqué par la panne du dialogue social, les inégalités continuent de se creuser, au moment où les activités économiques n’arrivent pas à favoriser la création d’un nombre suffisant d’emplois pour résorber le chômage.

    Après une perte de 37.000 emplois en 2016, 86.000 nouveaux postes ont été créés en 2017. Mais seulement 7.000 emplois dans les secteurs de l’industrie et de l’artisanat. «Cette situation confirme que l’économie nationale n’a pas poursuivi sa transition vers un palier de croissance plus élevé», est-il indiqué.

    ■ Essoufflement du modèle économique
    Certes 2017 a été marquée par un rebond de la croissance économique, avec un taux de 4,1% contre 1,1% en 2016. Mais cette progression reste conjoncturelle. En face, «l’économie nationale a connu un essoufflement sur les 7 dernières années», selon le CESE. Le rapport annuel de cette instance a mis l’accent sur les défaillances du modèle de croissance actuel.
    En tête, «le caractère dual de l’économie nationale». Cela se traduit par la coexistence de quelques branches modernes dynamiques, intégrées aux chaînes de valeurs mondiales, et d’autres, à faible valeur ajoutée en plus des activités informelles». La faible efficacité de l’investissement public a été également pointée.
    Pour les membres du CESE, il est nécessaire de «promouvoir davantage l’investissement dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée et ceux disposant d’effets d’entraînement plus importants sur les autres branches d’activité». Cet effort devra s’accompagner de «la mise en place d’une entité indépendante en charge de l’évaluation des politiques et des investissements publics».

    ■ Facteurs de blocage
    Corruption, manque d’efficience de l’administration, difficultés d’accès au financement… autant de maux qui continuent de plomber l’environnement des affaires au Maroc. C’est ce qui ressort du rapport annuel du CESE. Cette situation est amplifiée par l’allongement des délais de paiement, qui ont atteint 99 jours en moyenne en 2017. Résultat: le rythme de création d’entreprises a ralenti de 8,3% à 5,2% durant cette année. Dans ce contexte, le CESE s’interroge si «la persistance de ces facteurs de blocage remet en question l’efficacité des réformes engagées».

    ■ Les inégalités ont la peau dure
    Le rapport du CESE pour l’année 2017 a mis l’accent sur un changement de perception. Pour ses rédacteurs, «les mouvements sociaux enregistrés durant cette période ont montré que la pauvreté, le chômage des jeunes, l’exclusion et les inégalités sont de plus en plus vécus comme des injustices». D’où l’importance d’agir en urgence pour inverser la tendance.
    Le CESE propose une série de leviers à activer. La lutte contre la corruption et la généralisation de la reddition des comptes sont des actions décisives dans ce sens. S’y ajoute la sanction des pratiques anticoncurrentielles et des privilèges. C’est ce qui permettra, selon le CESE, de rétablir la confiance des citoyens dans la capacité des institutions et des politiques publiques d’améliorer leurs conditions de vie, de faire valoir la méritocratie et de réduire le poids des inégalités. Autre mesure proposée: élargir la base fiscale et mettre en place une fiscalité équitable et progressive, favorisant la redistribution des richesses.

    ■ Faible résilience des territoires
    Jerada, Al Hoceïma… autant d’exemples de la faible résilience des territoires. C’est l’un des constats du rapport annuel du CESE. Il en ressort que «les protestations survenues dans certaines provinces, en raison notamment du manque d’opportunités en emplois décents et en sources de revenus stables, renseignent sur les limites des profils de développement dans certains territoires». Ces derniers dépendent généralement d’une seule ressource naturelle ou disposant d’une structure productive peu diversifiée. Pour inverser la tendance, le Conseil, présidé par Nizar Baraka, met en avant le rôle des programmes de développement régionaux (PDR). Ceux-ci doivent prendre en compte les différents aspects favorisant la viabilité des territoires, dont la nécessité d’une stratégie de diversification sectorielle et de valorisation des ressources et des potentialités locales.

    ■ Les jeunes: de plus en plus nombreux au chômage
    Le chômage des jeunes continue d’être un véritable casse-tête pour le gouvernement. Leur taux de chômage est 2,6 fois plus que la moyenne nationale. Ce qui traduit les limites des différents programmes d’insertion. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’appel du CESE à axer les efforts sur l’entrepreneuriat comme principal levier d’insertion de cette catégorie. Mais cela doit passer par la prise en compte de «l’hétérogénéité de cette catégorie lors de la conception des programmes d’emploi». S’y ajoute l’importance d’améliorer l’accès des jeunes aux formes de financement adaptées. Cela devra s’accompagner du renforcement du statut d’entrepreneur, en tant que «modèle d’inspiration».

    ■ Les maux du système de santé
    Le constat est alarmant. Les systèmes de couverture médicale sont plombés par une série de dysfonctionnements. Cela concerne aussi bien l’AMO que le Ramed. Selon le CESE, «les régimes de couverture médicale sont fragilisés par le non-accompagnement de l’élargissement par une hausse des financements alloués». S’y ajoutent d’autres défaillances spécifiques à chacun des régimes. Par exemple, pour l’AMO, «le reste à charge des ménages connaît depuis plusieurs années une hausse permanente, notamment dans le secteur privé». Pour le Ramed, si le nombre des bénéficiaires a atteint 11,7 millions à fin 2017, seuls 7,4 millions de personnes disposent de cartes actives, en raison d’un faible taux de renouvellement, essentiellement parmi les populations vulnérables.

    ■ Dialogue social en panne
    C’est connu, le dialogue social est en panne depuis quelques années. Un constat confirmé par le rapport annuel du CESE qui souligne que les rencontres entre les partenaires sociaux n’ont pas enregistré d’avancées notables. Résultat: un climat social tendu, avec 154 mouvements, menés dans 121 entreprises, soit 178.289 journées de grèves dans le secteur privé. Ce qui devrait «alerter sur les conditions d’emploi et sur l’application du code du travail».

    ■ Au chevet de la classe moyenne
    L’élargissement et la préservation de la classe moyenne doivent être une priorité des politiques publiques. C’est l’une des principales recommandations du CESE. D’où l’importance de mener une série de mesures en faveur de cette catégorie. Par exemple, parallèlement au lancement du ciblage des classes modestes, le CESE plaide pour l’activation d’actions de protection du consommateur, de lutte contre les monopoles et les rentes de situation. Cela devra s’accompagner d’un suivi régulier de l’endettement des ménages.

    ■ Faible attrait des logements à faible valeur
    Le rapport du CESE a confirmé le constat dressé par le ministère de l’Habitat, il y a quelques semaines. Le programme de logement à faible valeur, dont le prix fixé à 140.000 DH n’intéresse pas les populations ciblées. En face, les indicateurs montrent un engouement pour le segment à 250.000 DH. C’est dans ce contexte que l’une des principales recommandations du rapport du CESE dans ce domaine concerne la nécessité de changer d’approche. «La politique de l’habitat ne doit pas se limiter uniquement à la construction de logements, mais devrait s’étendre à une politique sociale intégrant l’emploi, l’éducation, la santé, la culture et la mobilité».

    Repères

    • 4,1% est le taux de croissance en 2017 contre 1,1% l’année précédente
    • 99 jours de délais de paiement enregistrés en 2017, accentuant la pression sur la trésorerie des entreprises
    • 37% des entreprises radiées en 2017 avaient moins de 5 ans
    • 11,7 millions de bénéficiaires du Ramed en 2017
    • 154 mouvements de grèves dans le secteur privé en 2017
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