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Représentation politique: Le chantier tabou

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5314 Le 13/07/2018 | Partager
En dépit de l’injonction royale, aucun dispositif n’est mis en place
Complicité de l’Intérieur et des partis politiques pour différer ce rendez-vous
L’establishment craint d’être poussé vers la sortie par une élite politique des Marocains du monde

Avec le retour des MRE, pour passer les vacances,  la question de leur représentativité politique revient sur la table. Même si le Souverain avait montré la voie il y a une dizaine d’années pour les impliquer dans les institutions et les différents aspects des affaires publiques, pas grand-chose n’a été fait jusqu’ici. En effet, aucun ministre de l’Intérieur n’est arrivé à mettre en œuvre cette recommandation royale. A chaque échéance, on invoque le prétexte du manque de temps et de l’ampleur de la logistique à mettre en place, pour différer ce rendez-vous aux élections suivantes. Par la suite, tout le monde aura oublié cette communauté qui se fait discrète à l’exception de l’été. Dans ces manœuvres, le ministère de l’Intérieur s’est appuyé sur la complicité des partis politiques. A croire que l’establishment craint d’être poussé vers la sortie par une élite politique des Marocains du monde, née et élevée dans des sociétés ancrées dans la démocratie. Du coup, il n’est pas exclu que le scénario du report de la participation politique des MRE ne se reproduise encore une nouvelle fois. Pourtant, aujourd’hui, le gouvernement dispose de suffisamment de temps pour initier un débat et finaliser un projet de loi en vue d’organiser la représentativité politique d’une communauté qui transfère annuellement vers le Maroc plus de 65 milliards de DH. 
Cette participation est pourtant réaffirmée dans la Constitution de 2011, comme un droit constitutionnel, en stipulant que «les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales. La loi fixe les critères spécifiques d’éligibilité et d’incompatibilité. Elle détermine de même les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence». Officiellement, le Maroc est convaincu de la nécessité d’assurer une participation politique conséquente et une représentativité effective des MRE dans les institutions consultatives. «Leur implication est de nature à mettre en exergue leurs compétences, leur sens de patriotisme et leur attachement au pays qui, en réalité, ne leur a pas donné grand-chose. C’est également une opportunité de servir leurs intérêts et défendre leurs droits», souligne un responsable du ministère.  Pour la concrétisation de la conviction partagée de toutes les composantes de la société, il est impératif de réviser les lois régissant les deux Chambres du Parlement. C’est également une occasion de revoir les textes relatifs aux élections municipales pour permettre à des étrangers vivant au Maroc de voter lors des élections locales. Des pays européens comme notamment l’Espagne pratiquent la réciprocité. Il serait donc intéressant d’avoir des élus d’origine marocaine qui pourraient un jour faire du lobbying pour le Maroc. Toutefois, pour l’opérationnalisation de la participation politique des MRE dans les élections, il est impératif de se préparer à l’avance, en lançant un débat national entre les différentes institutions politiques.

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Le Maroc n’est pas novice dans ce domaine. En effet, le Parlement de 1984 comprenait deux députés représentant les Marocains du monde. L’un d’eux était Akka El Ghazi, ouvrier et syndicaliste de la CGT. Devenu célèbre lors des mouvements de grève dans le secteur de l’automobile en France, il avait occupé la Une des magazines et ouvert les journaux télévisés, puis a fini par être élu député au Parlement par les Marocains installés dans ce pays. Il avait intégré le Mouvement populaire.

 

 

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