Reportage

Lac du barrage Bablouta, pour les amoureux du black-bass et de la nature

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5304 Le 29/06/2018 | Partager
A 50 km de Fès vers Taza, le lac du barrage Bablouta, au milieu de la forêt de chêne liège
Des amateurs et professionnels y viennent d’Europe pêcher le black-bass et se repaître la natur
barrage-bablouta-004.jpg

Vue du lac du barrage Bablouta, où l’on pratique la pêche sportive

■ Visite guidée

 

Du lac du barrage Bablouta, sur le fleuve Bab Bousbaâ, érigé au milieu des forêts de liège et de chêne, peu de monde parle. C’est pourtant une destination magique que les Marocains ont intérêt à découvrir en cette saison printanière, mais aussi pendant les grandes vacances d’été. De là, c’est tout un pan de la chaîne du Moyen Atlas qui s’offre à eux, dont le parc national Tazekka, l’une des réserves naturelles les plus belles du pays.

 

Notre voyage commence à Fès. 50 km plus loin sur la route nationale N°6 en allant vers Taza, il faudra prendre le tronçon qui mène à Tahla (région Taza-Al Hoceïma-Taounate), une petite ville de 25.000 habitants dépendant de la province de Taza. Cette même route mène aussi au village d’Ahermomou, célèbre pour avoir abrité la caserne militaire d’où sont partis, vers Skhirat, les putschistes de juillet 1971, village rebaptisé, depuis, Ribat Al Khaïr.

Le lac et ses eaux miroitantes se profilent à l’horizon, alors que l’on s’approche de Tahla. Là, on est déjà en pleine forêt et montagnes du Moyen Atlas, fief de l’une des grandes tribus berbères de la région, les Beni Ouaraines, appartenant elles-mêmes à la grande tribu des Zenata. Avant d’arriver au lac, un panneau indique Aïn Bouzemlane, du nom d’un village à proximité. La source mérite le détour.

barrage_bab_loutr_2_004.jpg

Au bord d’une petite rivière alimentée par cette dernière, quelques femmes du terroir s’affairent à laver leur linge sale, et quelques enfants, à quelques mètres de là, tapent dans le ballon rond sur un terrain vague. «C’est une source thermale pure, on vient de toute la région, même de Tahla, y puiser des tonnes d’eau bonne à boire pour la santé. Il fallait voir, pendant l’été, quand la canicule atteint les 48 °C, cette rivière se transforme en piscine naturelle où les enfants de tous les villages aux abords viennent s’y rafraîchir…», lance un paysan sur son âne que nous croisons sur notre route. 

Nous tournons les talons et empruntons le chemin menant au barrage Bablouta. Sur une route asphaltée, pas toujours en bon état en certains endroits, l’on croise des troupeaux de chèvres et de moutons traverser la chaussée en quête de pâturages plus denses. L’élevage et l’arboriculture constituent en effet l’activité économique la plus ancienne et la plus importante de la région, et la pratique de la transhumance à la recherche de l’herbe pour le bétail n’a pas encore tout à fait disparu jusqu’à aujourd’hui.

A l’approche du barrage, des panneaux affichés par le Haut-Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (CHFLCD) indiquent la saison et les heures de la journée où la pêche est autorisée, ainsi que l’amodiation du droit de pêche. Le Commissariat aux eaux et forêts loue en effet le droit de pêche à des sociétés ou à des associations de pêcheurs à la suite d’une adjudication ou par marché de gré à gré. Objectif: lutter contre le braconnage, la pollution des eaux, et pousser les pêcheurs à s’organiser en associations ou en coopératives.

D’une retenue d’eau de 37 millions de mètres cubes, le barrage Bablouta a été  inauguré en 1999 pour alimenter en eau potable la ville de Taza et environs, qui comptaient naguère sur les seuls forages pour boire de l’eau, mais qui deviennent de plus en plus saturés à cause de la sécheresse.

Comme tous les autres barrages du Royaume, ce lac a été empoissonné au fil des ans en carpes, brochets et, surtout, en black-bass, au grand bonheur des amateurs et professionnels de la pêche de cette espèce. Ils viennent du Maroc, mais aussi d’Europe, pour la pêche sportive, y jettent leurs leurres au bord du lac ou à partir d’une barque pour attraper des black-bass.

source-ain-bouzemlane-linge-004.jpg

Au bord de la source Aïn Bouzemlane, des femmes lavent leur linge

■ Lac indiqué pour la pêche sportive
A l’approche du lac du barrage, un autre panneau indique «Le Relais de Tahla». Comme la nature a horreur du vide, voilà un Français d’Auvergne, Yves Malaret, un chasseur professionnel, qui, au fil de ses pérégrinations à travers l’Afrique du Nord et subsaharienne, découvre ce lac perdu au milieu des montagnes, à quelques encablures de la réserve naturelle de Tazekka.

C’est le coup de foudre de sa vie. Sur un terrain grand d’un hectare, qui abritait naguère une ancienne maison de campagne, il construit en 2005 cette jolie maison d’hôtes, pied à l’eau, spécialement conçue pour les personnes assoiffées de la nature, la sérénité, et les amoureux de la pêche sportive et des randonnées pédestres. Un dépaysement total. Cinq chambres, dont trois avec accès direct au lac, et le strict nécessaire (toilettes, douches…).

black-bass-barrage-bablouta-004.jpg

Panneau du Commissariat aux eaux et forêts réglementant la pêche dans le lac

Le gîte n’est même pas encore lié au réseau d’électricité, mais on ne manque pas de lumière, pendant la nuit il y a le clair de lune quand le ciel est suffisamment limpide. Et il y a la lumière artificielle puisée d’un groupe électrogène et de panneaux solaires  que le propriétaire et son époux ont eux-mêmes installés. Même de santé déclinante, ce septuagénaire a encore de l’énergie à revendre.

Dans sa voiture tout terrain, Malaret sillonne encore les routes et les forêts avoisinantes pour surveiller son domaine et le protéger des braconniers. «Cette terre fait partie de moi. Plus de 30 ans de chasse et de pêche, en Afrique subsaharienne, puis, ici, au Maroc, m’ont appris plus d’humilité. Si les gens d’Europe viennent ici pour la chasse, c’est grâce à l’ACP, qui constitue pour nous tous un label de qualité», confie Y. Malaret.

black-bass_lac_babloutaou_004.jpg

Black-bass pêché du lac Bablouta

L’ACP, c’est-à-dire l’Association des chasseurs professionnels, dont il est membre, et à travers laquelle il organisait des safaris quand il possédait un domaine de chasse au Sénégal. Les animaux du continent africain lui sont familiers pour les avoir côtoyés des années durant. Quelques têtes, cornes, et autres ossements de ces animaux sont exposés comme des trophées à l’intérieur du salon de son domaine de Tahla (lièvre, sanglier, loup, gazelle, antilope, pigeon, tourterelle, perdrix…).

Habitué aux safaris en Afrique, ayant géré 300.000 hectares de chasse au Sénégal pendant 30 ans, le couple Malaret ne manque pas d’idées et d’ingéniosité. En même temps que son relais au bord du lac, il avait géré pour quelque temps une réserve naturelle de plusieurs hectares louée auprès du Commissariat aux eaux et forêts, et invitait ses clients à venir y chasser du sanglier, du mouflon et autres oiseaux de la région.

Possédant un réseau de connaissances en matière de chasse et de pêche en France, et dans d’autres pays européens, le couple organise des séjours dans le Relais de Tahla pour les étrangers, avec prise en charge complète depuis l’aéroport de Fès.

Pour les amateurs et les professionnels de la pêche, il fournit même du matériel de pêche, une barque et un guide si nécessaire, pour pêcher le black-bass qui se reproduit dans le lac Bablouta, gros de 4 ou 5 kg. Uniquement pour le plaisir, car la pêche commerciale y est strictement réglementée.

Pour le black-bass, on fait ce qu’on appelle la pêche No Kill, c’est un poisson jugé noble par les professionnels qu’on ne doit pas tuer. Des panneaux plantés à bord du lac insistent là-dessus. Pour préserver cette population, le pêcheur relâche ce poisson juste après sa capture. «C’est un sport dont le but forcément est de prendre du plaisir, de partager avec les amis cet esprit naturel, cet esprit de conservation», explique Ouhlal Hatim, vice-président de l’Association black-bass Maroc.

barrage-bablouta-hebergement-004.jpg

Têtes et cornes d’animaux exposées dans le salon du Relais de Tahla

                                                                          

Amodiation du droit de pêche

Afin d’assurer le développement du secteur de la pêche et de la pisciculture continentales, lutter contre les problèmes liés au braconnage, à la pollution des eaux et au manque d’organisation des pêcheurs en associations ou en coopératives et impliquer et responsabiliser les pêcheurs dans les efforts de conservation et de gestion rationnelle du poisson, le HCEFLCD a adopté la politique des amodiations du droit de pêche. Cela consiste à louer ce droit à des sociétés ou à des associations de pêcheurs à la suite d’une adjudication ou par marché de gré à gré. Ces amodiataires du droit de pêche sont soumis à des règlements bien définis par un cahier des charges qui prévoit, entre autres, le montant d’une redevance annuelle et la réalisation d’un certain nombre d’aménagements nécessaires à l’accroissement du poisson et sa reproduction. Toujours selon le Commissariat aux eaux et forêts, le programme d’empoissonnement de ces milieux en carpes, black-bass et brochet pour l’amélioration de la pêche a permis la mobilisation d’environ 3.500 tonnes de poissons par an.
La pêche dans les retenues de barrages est actuellement exercée par environ 2.000 à 2.500 pêcheurs ruraux.

Source: HCEFLCD

moutons_004.jpg

Troupeau de moutons et chèvres sur la route du barrage

Où dormir et manger

Relais de Tahla: Yves Malaret et son épouse sont des professionnels des safaris de chasse en Afrique. Pendant 30 ans, ils ont géré plus de 300.000 hectares de chasse au Sénégal oriental. Installés depuis 10 ans au Maroc, ils proposent des semaines de pêche à la carpe et aux black-bass sur le lac de Bablouta (300 hectares).
Le Relais de Tahla est situé au bord du lac sur un terrain d’un hectare, avec un accès direct au lac. Les clients y sont reçus dans une atmosphère familiale, par groupe de 6 pêcheurs maximum par semaine. Suivant leur choix, ils séjournent en bivie ou en chambre double. Dans les deux cas, ils disposent d’une salle de bain et de toilettes communes à la ferme. Une cuisine traditionnelle locale y est proposée à table, sur place, ou sur le poste de pêche.o
Contact: Yves Malaret - Relais de Tahla - BP 24 - Tahla – Maroc - Tél: +212 644 021 395
Contact France : +33 608 269 083 - Stéphane: +33 668 090 007
Email: [email protected]

Avis aux amateurs

  • Pour pêcher le black-bass, le matériel qu’il faut:
  • Deux cannes pour moulinet à tambour fixe d’environ 1,80 m. L’une d’un grammage 5/20g, l’autre de 8,30 environ.
  • Deux moulinets de taille moyenne capables d’engranger une centaine de mètres de 30/100.
  • De la tresse assez résistante pour garnir des moulinets, des plombs de 5g et de 10g. Quelques petites billes pour ces montages, ainsi que du nylon ou du fluorocarbone de 30/100.
  • Des agrafes rapides de petite taille pour les leurres durs, ainsi que des hameçons appropriés aux leurres souples que vous choisirez.
  • Outre les leurres habituels, prendre des vibrations, des spinnerbais, des slug et des worms. C’est pour le black-bass qu’a été créé le plus grand nombre de leurres au monde.
  • Lunettes polarisantes et crème solaire sont recommandées.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc