Médias

Conseil national de la Presse: «Une fenêtre historique pour notre profession»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5298 Le 21/06/2018 | Partager
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Meriem Oudghiri: «La régulation ce n’est pas simplement élaborer des règles, c’est disposer également d’une vision structurelle sur ce que nous voulons faire en tant qu’acteur institutionnel de l’espace public» (F. Al Nasser)

Le 22 juin auront lieu les élections des membres du futur Conseil national de la Presse. Une instance qui aura un rôle primordial dans la mise à niveau du secteur. Meriem Oudghiri, Secrétaire Générale de la Rédaction de L’Economiste est candidate sur la liste du Syndicat national de la Presse marocaine (auquel s’est allié le syndicat de journalistes affilié à l’Union marocaine du travail), menée par notre confrère de 2M Hamid Saadani. Elle en explique les enjeux.

- L’Economiste: La campagne pour l’élection des membres du Conseil national de la Presse s’achève ce soir avec le vote demain vendredi 22 juin. Quels sont vos arguments pour convaincre les journalistes en faveur de votre liste?
- Meriem Oudghiri:
Parler le même langage que nos confrères, en toute transparence. Leur dire que le Conseil est notre instance à tous et que nous sommes le dépositaire de leur confiance. Voter pour notre liste c’est voter pour des compétences et des parcours divers, des profils ayant une expertise reconnue et bâti leur carrière dans le monde des médias au Maroc et à l’international. Voter pour notre liste serait de travailler ensemble pour la mise à niveau de notre secteur et l’amélioration de l’environnement dans lequel nous évoluons tous. Cela signifie le respect des pratiques déontologiques, la rigueur, l’éthique, l’indépendance. Tous ces fondamentaux vers lesquels tend notre profession. Ce sont toutes ces préoccupations et ces défis sur lesquels nous devons travailler ensemble pour restaurer le cœur du métier de journaliste et des médias en général. Ce premier Conseil est une fenêtre historique pour notre profession.

- Comment se déroule la campagne électorale? Sur les réseaux sociaux et sur des sites d’informations, la bataille fait rage…
- Pour notre liste, le mot d’ordre a été de mener une campagne propre, la plus digne et la plus saine possible pour un Conseil sur lequel tous les espoirs sont portés et qui est appelé à faire preuve de crédibilité pour être à la hauteur de sa mission. Dès le démarrage de la campagne, une extraordinaire mobilisation et un engouement sans précédent ont été enregistrés au sein de notre profession.

- Quels sont les dossiers urgents qui doivent être défendus, selon vous, par le Conseil national de la Presse?
- Le Conseil est un organe d’autorégulation des médias et les missions qui lui sont confiées ont pour objectif ultime de contribuer à une information de qualité et au droit des citoyens d’être informés correctement.
Le Conseil doit être une référence pour ceux qui veulent respecter et faire respecter une déontologie qui doit aussi évoluer, parce que les médias eux-mêmes changent. Les nouveaux outils technologiques, notamment, modifient profondément la manière de produire de l’information. Nous vivons une époque où l’information est instantanée, où la profession du journaliste est attaquée et en cours de route des dérives se sont installées. Il faut réapprendre la notion de l’importance de l’information indépendante et de la qualité du travail de journaliste. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies c’est une marche forcée dans laquelle les codes ont changé, imposent de nouveaux défis et transforment en profondeur la recherche, la production et la diffusion de l’information. Le Conseil va s’atteler à codifier les règles déontologiques, ce qui signifie rassembler ce qui existe, et combler les lacunes, loin des clivages idéologiques qui poussent parfois les uns et les autres à camper sur des positions qui freinent l’action.

- Quelle est votre vision pour la mise à niveau du secteur?
- La presse marocaine a encore d’importantes perspectives de développement mais elle est arrivée à un stade où elle a besoin de commencer à penser à sa propre réorganisation, sa modernisation pour pouvoir effectivement continuer son développement. Elle fait face aux mêmes défis rencontrés par les médias dans le monde. Nous vivons de plus en plus selon un mode fondé sur la rapidité de l’information et au centre duquel se trouvent des lecteurs de plus en plus dépendants de l’information. Cette nouvelle donne ne doit en aucun cas constituer une excuse à l’altération de la qualité des médias et de la profession de journaliste.
La régulation ce n’est pas simplement élaborer des règles, c’est disposer également d’une vision structurelle sur ce que nous voulons faire en tant qu’acteur institutionnel de l’espace public.

- Quel équilibre observer au sein du Conseil entre les journalistes et les éditeurs?
- Un éditeur ne peut exister sans journalistes et vice versa. Les réunir au sein d’une même structure ne fera qu’avancer le secteur. Les discussions et les débats entre les deux corps n’en seront que plus riches, à condition de ne pas considérer le Conseil comme une structure de revendications. Ce serait là une grosse erreur.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                                  

Trois listes en lice

Pour l’élection du collège des journalistes, trois listes sont en lice. L’une, placée sous le signe du «changement», est conduite par Ali Bouzerda. L’autre, «fidélité et responsabilité», est emmenée par Abdessamad Benchérif. La dernière, baptisée «liberté, professionnalisme et intégrité», est pilotée par Hamid Saadani, directeur adjoint de l’information à 2M.

C’est la seule liste où figurent deux femmes. Il s’agit de Meriem Oudghiri, Secrétaire Générale de la Rédaction du quotidien L’Economiste et présidente de l’Union de la presse francophone, section Maroc. Elle est accompagnée par Rabiâ Malak, rédactrice en chef à la direction de l’information de la radio nationale, vice-présidente du SNPM et membre de la commission régionale des droits de l’homme à Rabat-Kénitra.

Y figurent également Younès Moujahid, vice-président de la Fédération internationale des journalistes et secrétaire général du Syndicat de la presse. Il est également membre du bureau politique et porte parole de l’USFP. Sur la liste aussi, Abdallah Bakkali, ancien député de l’Istiqlal, actuel président du SNPM et directeur du journal «Al Alam». Abdelkader Hajjaji, journaliste à la MAP et ancien responsable au niveau du service politique de l’agence et Mokhtar Omari, rédacteur en chef de la version arabe du site de Telquel et ex-rédacteur en chef du quotidien «Akhbar Al Youm», sont membres également de la liste.

                                                                  

Une voix francophone

«La presse francophone a toute sa place dans le paysage médiatique marocain et donc au sein du Conseil national de la Presse», estime Meriem Oudghiri, candidate aux élections. Celle-ci rappelle que parmi les membres de cette instance figurent des représentants du Conseil national des Langues et de la Culture marocaine qui devra être bientôt mis en place.

«Un signe de la volonté du Maroc de s’ouvrir sur les langues et les autres cultures. Cette pluralité et cette diversité des identités est une chance dans un pays où nous avons la possibilité de parler plusieurs langues», poursuit la présidente de l’Union de la presse francophone, section Maroc.

Selon elle, la francophonie n’est pas simplement une langue, «c’est un  ensemble de valeurs de respect, de tolérance, d’humanisme, d’ouverture....Ces valeurs, l’UPF les traduit en actions mobilisatrices, à savoir aider au développement d’une presse francophone indispensable au développement économique, social, culturel». 

La section marocaine de l’Union de la presse francophone va dans ce sens et sa relance il y a un an et demi était arrivée à un moment important de la vie du secteur, notamment avec l’adoption du code de la presse et de la loi sur le droit d’accès à l’information.

 

 

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