Entreprises

L’avenir de Stroc Industrie suspendu à une expertise

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5291 Le 11/06/2018 | Partager
Plan de sauvegarde: la justice audite les comptes
Une réponse attendue pour le 14 juin

Stroc Industrie fixée sur son sort dans trois jours. Son PDG, Nabil Ziatt, a déposé fin mai 2018 un plan de sauvegarde auprès de la justice. Jeudi dernier, le tribunal de commerce de Casablanca décide à huis clos de diligenter une expertise judiciaire. Ses conclusions devront déterminer si l’entreprise est en cessation de paiement ou pas.

L’expert-comptable Mohammed Safrioui va évaluer les comptes de Stroc Industrie. Son rapport est attendu pour le 14 juin. Le juge Abderrafi Bouhamria peut opter pour un plan de sauvegarde ou enclencher une autre mesure, tel que le redressement judiciaire. Le niveau de solvabilité démontré par l’expertise judiciaire sera déterminant.

Pour l’heure, le PDG de l’entreprise en difficulté «ne souhaite pas» s’étaler sur le business plan remis à la Justice. Du moins «pas avant» son éventuelle validation par le tribunal de commerce. Cette feuille de route -qui vise à sauver l’entreprise et ses 800 emplois- est indispensable pour prétendre à un plan de sauvegarde.

Son défaut entraîne de plein droit le rejet de la demande, selon l’article 562 du code de commerce. Le plan de sauvegarde «fixe les engagements nécessaires pour sauver l’entreprise, les garanties à accorder, les moyens de préserver l’activité et son financement, à solder les contentieux...».  
Réclamer une telle mesure n’exige pas forcément qu’il y ait cessation de paiement.

Est-ce le cas pour Stroc Industrie? «C’est au juge de décider. L’entreprise est en situation difficile. Mais c’est valable pour tout le secteur», rétorque le fondateur de la société cotée en Bourse. Il cite le cas de son concurrent Buzzichelli Maroc en redressement judiciaire depuis fin juillet 2017.    

Nabil Ziatt reconnaît toutefois que les difficultés remontent à six ans: «Nous avançons face à la crise à cause des fondamentaux de l’entreprise». Aussi, des profits warning ont été émis par Stroc Industrie: «Nous avons averti entre les lignes sur notre situation». D’où un autre débat dont le régulateur boursier devrait se saisir: le degré de pertinence et de clarté des informations à exiger des sociétés cotées dans leurs communications financières avec le public.

La situation est-elle redressable? Ronan Le Guellec, le directeur financier et administratif de Stroc Industrie, y croit. A part l’expertise en ingénierie «reconnue et référencée» dont se prévaut son patron, la société dispose de 400 millions de DH de commandes.

«Nous avons même refusé des marchés à cause du besoin en fonds de roulement», précise le management. Aussi, des investissements en milliards de DH sont programmés pour les prochaines années. La compagnie cite les grands donneurs d’ordre publics, comme l’OCP et la CDG.

«Il n’y a donc pas de pénurie de marchés en perspective», pronostique son directeur financier. En revanche, la sortie de crise pour Stroc Industrie est largement dépendante d’un appui financier des projets décrochés: cautions, lignes de crédits, facilité de trésorerie...
Nabil Ziatt affirme «avoir démontré» au marché que son entreprise est «fiable».

Il en veut pour preuve le projet Mzinda de 265 millions de DH, lancé le 5 juin à El Youssoufia.  Un sous-compte a été créé pour le gérer financièrement «en vase clos». C’est désormais la méthode appliquée «pour toutes les autres affaires».
Reste à convaincre la justice et les banquiers.

Entreprise en difficulté? «C’est Hchouma»

Le top management de Stroc Industrie se dit prêt à se sacrifier: «Je quitte mon poste de PDG si mon départ va permettre de sauver l’entreprise que j’ai créée il y a 30 ans avec 20.000 DH en poche». Son plan de sauvegarde «est tributaire aussi de l’engagement des clients, fournisseurs et banquiers». L’on se rappelle comment les banques créancières de Maghreb Steel ont exigé le changement de management.
Il y a deux ou trois ans, Stroc Industrie a pensé «à se mettre en redressement judiciaire, voire en liquidation». Sauf que c’est «Hchouma dans notre culture qui perçoit mal» le recours aux procédures d’entreprise en difficulté.

 

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