Analyse

L’aquaculture à l’horizon 2020: Retard à l’allumage

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5291 Le 11/06/2018 | Partager
L’objectif de 200.000 tonnes en 2020 ne sera pas atteint
La production actuelle 40 fois inférieure
L’activité freinée par plusieurs boulets
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La production des huîtres représente environ les deux tiers de la production aquacole  (Ph. ANDA)

A moins d’un miracle, le ministère de la Pêche n’atteindra pas les objectifs qu’il s’est fixés dans le domaine de l’aquaculture à l’horizon 2020. La stratégie sectorielle prévoit en effet une production de 200.000 tonnes de poissons.

A ce jour, elle ne dépasse guère 500 tonnes. Ce chiffre n’inclut pas la production de poissons élevés en milieu continental qui relève des Eaux et Forêts, estimée à 16.000 tonnes en 2017. Ce qui représente à peine 0,1% de la production halieutique nationale. Soit le volume le plus faible de toute la Méditerranée. Or, le dernier rapport du ministère des Finances fait état d’un potentiel de 380.000 tonnes.

A quoi est donc dû ce gap? En plus des objectifs irréalistes, plusieurs obstacles empêchent le décollage du secteur.

«Le ministère de l’Equipement exige au préalable d’effectuer une étude d’impact environnemental avant la signature d’un contrat de bail relatif à l’occupation du domaine maritime. Nous ne sommes pas opposés à cette étude qui coûte environ 400.000 DH, mais nous demandons au moins un accord de principe qui nous permettra de réaliser notre projet si les conclusions s’avéraient favorables», déclare un opérateur ayant soumissionné à l’un des appels à manifestation d’intérêt lancé par l’Agence nationale de développement de l’aquaculture.

L’investissement en question est un projet intégré comprenant une écloserie, une unité de pré-grossissement et une ferme d’élevage en mer. D’aucuns pourraient s’interroger sur le bien-fondé d’exiger la réalisation d’une étude d’impact environnemental puisque tous les plans d’aménagement ont déjà fait l’objet de cette étude de la part de l’ANDA.

L’objectif étant de donner de la visibilité aux investisseurs sur le potentiel des zones ciblées et de garantir en même temps la durabilité de la ressource.

L’aquaculture marine souffre également de la double tutelle entre le ministère de la Pêche et celui de l’Equipement. Une fois qu’un investisseur a décroché l’autorisation de créer une ferme aquacole, il doit également obtenir l’aval de l’Equipement pour une occupation permanente du domaine maritime, nécessaire à la construction d’une base en terre ferme pour le stockage de l’aliment de poisson, les filets et différents autres intrants. A l’inverse, l’aquaculture continentale relève du seul département des Eaux et Forêts.

La dernière note du Centre marocain de conjoncture (CMC) évoque d’autres contraintes. Parmi ces difficultés, le régime fiscal. En effet, à l’image d’autres secteurs tels que la cuniculture (élevage de lapins), l’apiculture, l’aviculture, l’aquaculture n’est pas fiscalement assimilée à une activité d’élevage.

Par conséquent, elles sont soumises à l’IS et à une TVA en tant qu’activité commerciale. Les produits de l’aquaculture sont hors champ de TVA. Du coup, la taxe supportée au moment de l’achat des équipements et différents intrants ne peut être déduite.

L’investissement dans l’aquaculture nécessite des moyens conséquents pour l’implantation des fermes, leur gestion, l’achat des différents intrants. Mais le secteur bute sur des problèmes de financement.

L’activité n’ayant pas encore bonne presse auprès des banques. Par conséquent, il faudrait mettre en place un dispositif de financement dédié à l’image de l’agriculture. Une expérience est actuellement conduite dans le nord du Royaume. La coopérative Al Amal (Nador) spécialisée dans la mytiliculture (élevage de moules), bénéficie actuellement d’un financement de la Région via un partenariat avec GIZ.

L’aquaculture est également pénalisée par l’amont. Il n’existe pas encore au Maroc une écloserie d’alevins destinée à approvisionner les fermes aquacoles. La seule qui existe importe elle-même ses propres alevins et les cède aux éleveurs aquacoles. Une autre est opérationnelle dans le nord, implantée sur la terre ferme.

L’assurance dédiée aux fermes aquacoles reste trop chère. Selon l’étude du ministère des Finances, intitulée «Aquaculture marine marocaine: Potentiel et nécessités de développement», elle est 30% plus chère qu’à l’étranger. La Mamda a conçu récemment une assurance contre les aléas climatiques, destinée aux éleveurs de poissons dans les bassins d’eau douce et en mer et aux propriétaires de fermes aquacoles.

L’assurance multirisque couvre la mortalité du cheptel aquacole du fait d’événements pathologiques, météorologiques et autres dommages provoqués par les installations et les équipements.

Chiffres clés

  • 20 fermes aquacoles opérationnelles
  • 250 employésUn potentiel de 380.000 tonnes 510 tonnes produites en 2016
  • 5 plans d’aménagement couvrant la moitié du littoral
  • 1.750 km sur les deux façades maritimes
  • 3 types d’élevage: conchyliculture, pisciculture et algoculture

La feuille de route des Eaux et Forêts

Les Eaux et Forêts ambitionnent de monter en régime dans le domaine de l’aquaculture continentale. L’objectif est de passer à une production piscicole de 16.000 à 50.000 tonnes à l’horizon 2024.
La feuille de route porte également sur le déversement de 30 millions d’alevins de poissons dans les parcours halieutiques, contre 22,6 millions actuellement. La production d’alevins concerne essentiellement les salmonidés (truite fario et truite arc en ciel), les poissons carnassiers (brochet et black bass), les cyprinidés.
Les Eaux et Forêts ont ciblé 12 cours d’eau, 7 lacs naturels et plans d’eau et 34 retenues de barrages. Les 16.000 tonnes de poissons produites actuellement permettent d’approvisionner les populations rurales en protéines animales et contribuent à l’amélioration des revenus de 3.000 pêcheurs.

                                                                

Une réglementation disparate

Le cadre juridique régissant l’aquaculture, formé de plusieurs textes, dont un dahir sur la pêche maritime, constitue un autre frein à son développement. L’Agence nationale de développement de l’aquaculture a lancé des consultations afin de concevoir une réglementation spécifique à l’aquaculture.

Le texte est en cours de finalisation et comporte plusieurs nouveautés. Parmi ces dernières, figurent la clarification de la nomenclature de l’aquaculture, l’instauration du principe de planification maritime et terrestre à des fins aquacoles via des plans de développement régionaux et de gestion.

COP21 oblige, le texte intégrera également l’obligation de soumettre tous les plans d’aménagement à des études d’impact environnementales et fixer les conditions d’attribution des autorisations des fermes. Le cadre réglementaire précisera par ailleurs les conditions de commercialisation des produits d’aquacultures.

 

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