Tribune

Du bourrage des urnes au bourrage des crânes: Sommes-nous encore maîtres de nos opinions?

Par Anas BOUJIR | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager

Anas Boujir est cadre financier dans l’administration marocaine. Il est diplômé en finances et services de gestion financière de l’Ecole supérieure de commerce de Troyes en France (Ph. Privée)

Il est certain que l’avènement des réseaux sociaux a constitué un tournant historique dans la vie politique des peuples et nations, et cela grâce à la véritable opportunité d’expression d’opinions et de débat qu’ils procurent, ces espaces se sont transformés en lieux propices de discussion, de conception d’avis ou tout simplement d’information. Ils  deviennent aussi des partis politiques incontestables pour une majorité non représentée.

Saut démocratique et risque majeur

Il y a sans conteste un saut démocratique d’envergure. Il  est une occasion pour le rapprochement culturel entre civilisation ou  la construction et confrontation d’idées. Il est aussi le lieu du risque maximal de manipulation et récupération extrémiste. Ces espaces virtuels ont occupé une place pionnière durant les dernières campagnes électorales américaines et françaises. Aujourd’hui, l’Elysée se sert du Live Facebook pour diffuser le direct des déplacements du président Macron. De même, le président Trump se sert toujours de son compte Twitter afin de communiquer et exprimer des positions, en dépit des avertissements de ses conseillers chevronnés  en communication.

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A gauche avec une bouteille d’eau devant lui, l’ex-président Zuma, et à droite le nouveau président Ramaphosa, lors des élections dans leur parti politique, l’ANC. Sur le continent, il y a plus de smartphones que de branchements en eau potable. Les intoxications par la communication sont devenues plus fréquentes que les maladies liées à l’eau. Elles ne sont ni moins graves, ni moins contagieuses (Ph. AFP)

Dans ce paysage, le Maroc n’est pas épargné. La preuve: ces dernières élections législatives et l’engouement que les réseaux sociaux ont suscité chez un électorat souvent indécis ou frustré. Ce même espace compose les contours d’un débat sociétal généralement vif et intense sur plusieurs chroniques qui défraient l’actualité politique, économique et culturelle du Maroc.

Le chemin emprunté afin de se  forger une opinion est lié naturellement aux sources d’informations qui alimentent les connaissances. Ces sources sont souvent analysées suivant des composantes idéologiques et politiques prédéfinies chez le récepteur. Ainsi, il suffira d’une pseudo-information pour spéculer et déclencher une rumeur. L’inquiétude des bourrages des urnes électorales semble se substituer davantage au risque de bourrage des consciences, et le souci de retrouver l’information est d’ores et déjà une question qualitative plus que quantitative.

Dans ce sens, il est impératif de concevoir des institutions  et des outils gouvernementaux de régulation susceptibles à la fois de couper court aux fausses informations «fake news» qui traînent sur internet, mais aussi de produire une communication virtuelle proactive. Cette «ubérisation» des canaux traditionnels de communication est une opportunité pour toute une génération pour se réconcilier avec l’action politique et relever le niveau du débat public.

Il n’en reste pas moins crucial de filtrer nos opinions pour les isoler de l’instrumentalisation, et cela dans un moment historique de consolidation d’un idéal sociétal marocain et de conception d’un nouveau modèle de développement.

Une étude renversante!

Des équipes de recherche des universités de Caroline du Sud et Indiana aux Etats-Unis ont mené une étude  portant sur le volume des comptes-robots présents sur Twitter. Le résultat sonne gravement: entre 9 et 15% des 319 millions des comptes Twitter sont robotisés et capables même de liker, commenter et publier tout seuls.
Au-delà des conclusions scientifiques et statistiques de cette recherche et son impact sur l’image de marque du géant Twitter, cette étude remet en cause l’essence même de cette démocratie 2.0 et son positionnement en identité d’une nouvelle génération en effervescence sociale.

 

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